BERTHOUD Jean-Marc - Chronologie biblique, chronologies profanes

De Calvinisme
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Introduction

Pour le lecteur de l’Ancien Testament qui porte un regard confiant sur la véracité historique des textes bibliques qu’il étudie, il existe un gouffre insoupçonné immense sous ses pieds. Que voulons-nous dire? Il ne s’agit pas, ici, des quelque trois siècles de critique biblique destructrice de l’intégrité du texte de la Bible juive et chrétienne, critique subjective rationaliste qui, aujourd’hui encore, cherche à miner la validité textuelle de la Sainte Ecriture. Cette critique, aussi irrationnelle que subjective, n’a en fait que repris certaines des tendances essentielles de l’exégèse rabbinique telle que nous la trouvons dans le Talmud, ceci tant dans son orientation intellectuelle et spirituelle que dans ses méthodes. Ce sont des méthodes très semblables que nous retrouvons dans une lecture dite «déconstructionniste» des textes littéraires, qui a envahi l’univers universitaire de l’étude des lettres au troisième tiers du XXe siècle. Dans l’une comme dans l’autre – dans la critique déconstructionniste des textes bibliques comme dans celle des textes littéraires classiques – on voit se déployer une érudition académique qui se prive volontairement des repères stables de la grammaire, de l’histoire et du bon sens, tout ceci évidemment à l’exception du seul jugement fantaisiste du moi, lecteur et créateur du sens du texte. C’est le subjectivisme pur qui devient ainsi la norme absolue de toute lecture, imposant son sens aux textes avec une assurance souveraine2. Non, ce qui nous préoccupe est bien autre chose que les errances que nous venons d’évoquer de la méthode d’exégèse dite «historique-critique».

Si l’on cherche à examiner avec une certaine attention le rapport qui pourrait exister entre le récit historique que nous fournit l’Ancien Testament et l’histoire officiellement reçue du Moyen-Orient ancien telle que nous la fournit l’état présent unanime des recherches historiques et archéologiques en cours, nous sommes placés devant une situation pour le moins surprenante: il n’existe quasiment aucun point de contact entre l’histoire des temps antiques, telle que la relate la Bible, et l’histoire du Moyen-Orient ancien, telle que nous la trouvons dans les publications académiques du monde entier. Ceci est vrai au moins jusqu’à l’apparition de la domination assyrienne du Moyen-Orient au VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Je le répète. Aucun point de concordance n’existe entre l’histoire biblique du peuple d’Israël et l’histoire académique des divers peuples du Moyen-Orient ancien, ceci au moins jusqu’à l’an 800 avant l’ère chrétienne.

Cet état de fait étonnant a suscité deux réactions principales. D’abord, la réaction de savants qui pensent avoir établi de manière indubitable et quasi définitive la non-historicité des récits que nous trouvons dans l’Ancien Testament. Illustrons notre propos par un texte proche de nous, tant par le temps que par l’espace. Il provient du journal gratuit que l’Université de Lausanne met à la disposition de ses étudiants, Allez savoir, dont le numéro de cet été est largement consacré à une relecture non historique de l’Ancien Testament. Le rédacteur de ce journal, Jocelyn Rochat, nous fait part de ses difficultés personnelles face à l’idée du Dieu de l’Ancien Testament,

«(…) dieu vindicatif et colonisateur qui ferait tomber les murailles de Jéricho au son des trompettes, afin de dépouiller ses habitants d’un territoire qu’il destinait à ses adorateurs.»

Il montre ensuite le peu de fondement biblique et historique de son malaise, vu que ces événements n’ont, en réalité, jamais existé hors de l’imagination des auteurs des récits bibliques. Il poursuit:

«Les archéologues qui sondent les terres d’Abraham, de Moïse et du roi David, comme les exégètes de la Bible dont fait partie le professeur Thomas Röhmer de l’Université de Lausanne, vous proposent désormais une autre manière de lire l’Ancien Testament.
»Dans cette relecture (…) le dieu guerrier glorifié dans les premiers livres de la Bible n’engloutit plus les troupes du pharaon dans la mer. Pour la simple et bonne raison qu’un tel épisode est impossible historiquement parlant. Ce dieu colonisateur se voit même offrir un alibi pour la bataille de Jéricho, puisque celle-ci n’a, selon toute vraisemblance, jamais eu lieu.»

Il continue:

«Les archéologues et les exégètes de la Bible nous apprennent enfin que des épisodes dramatiques comme le déluge et les interventions divines dans diverses opérations militaires humaines sont très probablement venues de Mésopotamie et qu’ils ont fini par influencer les rédacteurs de l’Ancien Testament. Bref, pour ces raisons et beaucoup d’autres encore, les archéologues et les exégètes nous prouvent désormais par a + b qu’il n’est plus possible de lire les premiers livres de la Bible à la lettre.»

Et notre rédacteur conclut son éditorial par ces mots enthousiastes: «Et c’est une excellente chose.»3

Voyons ce que nous dit le professeur Röhmer interrogé par ce journal:

«Ces recherches [archéologiques] nous apprennent […] que la fuite d’Egypte de Moïse et de ses 400 000 futurs compatriotes est, dans le meilleur des cas, une sérieuse exagération.
»Les archéologues nous disent encore que le roi David, s’il a vraiment existé, n’a pas régné sur un empire qui allait de l’Egypte à l’Euphrate, comme le dit la Bible, mais plutôt sur un territoire limité à quelques villages en Judée. Quant à son successeur, le très sage Salomon, il ne sort pas indemne de ces études archéologiques. Plus question de lui attribuer les constructions mirifiques que la Bible lui confère, puisqu’on n’en a retrouvé aucune trace.
»Les archéologues nous disent enfin que, et c’est peut-être le plus frappant, la fameuse bataille de Jéricho n’a jamais eu lieu. Parce que la ville n’avait plus de murailles quand le peuple d’Israël s’y est installé, et parce que l’on n’y a retrouvé aucune trace de siège et pas davantage de trompettes.»4

Il ne fait aucun doute que si les datations des fouilles archéologiques en Israël sont bien celles que leur assigne la chronologie officiellement acceptée par l’histoire du Moyen-Orient ancien, les affirmations du professeur Röhmer (et celles des archéologues israéliens sur lesquels il s’appuie)5, ne peuvent guère être niées.

De son côté, William G. Dever qui, depuis plus de trente ans, dirige de nombreuses fouilles sur les sites bibliques au Moyen-Orient, dans un livre qui se veut une défense de l’historicité de la Bible6, en vient à poser de manière assez crue les implications de ces «découvertes» pour les lecteurs de la Bible:

« (…) imaginons que l’ancien Israël n’ait été qu’une fable «inventée» par des juifs qui ont vécu bien plus tard, que la littérature biblique n’ait été que pieuse propagande, comme le proclament certains historiens révisionnistes. Alors il n’y aurait jamais eu d’ancien Israël. Il n’y aurait jamais eu de véritable expérience historique d’un peuple réel, à une époque et dans un lieu réels, dont nous pourrions espérer hériter quelque chose de valide sur le plan historique, encore moins quelque chose de valide sur le plan moral et éthique. L’histoire d’Israël que nous conte la Bible hébraïque ne serait qu’un monstrueux canular, une farce littéraire destinée à induire en erreur des millions d’honnêtes gens, n’était sa dénonciation récente par une poignée de courageux savants.»7

Voici le problème posé.

  • D’une part, nous avons un récit biblique qui se prétend historique et qui, en plus, est très fortement structuré sur le plan chronologique.
  • De l’autre, nous avons des données archéologiques dont les dates fondées sur une chronologie égyptienne, constituée d’après des documents divers du IIIe siècle avant Jésus-Christ par le prêtre égyptien païen Manéthon.

Enfin, aucune concordance précise réelle n’existe entre ces deux séries d’événements. – Aucun événement de l’histoire d’Israël ne correspond à un événement dans l’histoire de l’Egypte qui lui serait contemporain. Ceci est certainement le cas si la chronologie officiellement reçue est correcte.

On peut dresser une variété d’hypothèses à partir de ce constat des données historiques et archéologiques concernant l’histoire du Moyen-Orient ancien, telle qu’elle est actuellement perçue dans le monde académique.

  1. Le récit officiellement accepté est exact et donc l’histoire biblique d’Israël est un mythe.
  2. Les événements décrits par la Bible sont vrais et la chronologie que l’on y trouve est exacte. Il doit en conséquence y avoir des faits correspondants aux faits bibliquement attestés, dans l’histoire égyptienne, par exemple. Si aujourd’hui on ne les trouve pas, c’est que l’on cherche au mauvais endroit historique, parce qu’il y a un décalage important entre la chronologie biblique qui, elle, est historiquement exacte, et la chronologie officiellement reconnue pour l’Egypte ancienne qui, elle, est fausse historiquement.
  3. On peut également essayer de continuer à accepter la chronologie actuellement reconnue et cependant, quand même, chercher à y trouver un accommodement avec les faits attestés par les documents bibliques. C’est la démarche tentée par l’archéologue William Dever, que nous venons de citer, ou encore par l’éminent égyptologue de l’Université de Liverpool, Kenneth Kitchen8. La plupart des professeurs d’Ancien Testament qui croient encore à l’inspiration de la Bible et qui se sentent encore concernés par ce problème ont adopté cette démarche.
  4. On peut, enfin, comme le fait la vaste majorité des spécialistes de l’Ancien Testament, attachés ou non à la véracité historique et théologique de la Bible, jouer au jeu de l’autruche avec la question que nous soulevons ici. Ils semblent préférer, pour éviter le danger intellectuel et spirituel de se confronter à l’historicité ou à la non-historicité des documents de l’Ancien Testament, simplement passer sous silence la question du lien entre l’histoire biblique et les événements de l’histoire. Ils se consacrent à l’exégèse des textes de l’Ancien Testament de manière indépendante – c’est-à-dire virtuelle – par rapport aux réalités du monde de l’histoire des hommes. La religion chrétienne, dans une telle perspective, dégagée des réalités de l’histoire, prend alors, sans même s’en rendre compte, l’allure d’un système gnostique suspendu en l’air, hors de la réalité créée.

Le professeur Dever qui, pour sa part, prétend que «la Bible a dit vrai», postulant une véracité historique pour les documents bibliques de l’ordre de 10%, exprime son étonnement devant le refus général des commentateurs bibliques, toutes tendances rassemblées, de considérer ce qu’il appelle «le problème de la reconstruction historique»9. Citons-le encore:

«Je n’aborde pas ce sujet en critique littéraire de la Bible hébraïque, mais en archéologue et historien. Ainsi n’ai-je point commenté les nombreux ouvrages qui traitent ces textes sous l’angle littéraire. Fait étrange, ces livres, pour la plupart, quelle que soit leur approche, contournent le problème de la reconstruction historique. Ils tendent à se contenter d’être ‹une histoire de la littérature consacrée à l’histoire de l’ancien Israël›, alors que je m’attache davantage à ce qu’Allbright appelle les realia, les faits concrets.»10

L’exception notable à la myopie historique qui caractérise ces commentateurs que nous serions tentés d’appeler gnostiques, tant ils enferment la Bible dans une espèce de ghetto intellectuel coupé du réel, est l’ouvrage merveilleux de deux savants juifs, André et Renée Neher, auteurs de l’irremplaçable Histoire biblique du peuple d’Israël. Dans une affirmation courageuse que nous faisons pleinement nôtre, ils écrivent au sujet de leur ouvrage majeur:

«Ce livre présente l’histoire du peuple d’Israël dans les limites chronologiques de la Bible. (…) il accepte l’histoire biblique comme un tout indivisible. (…) A l’inverse de Renan et de Lods qui sont, à l’heure actuelle [1962] les classiques de l’Histoire d’Israël, les auteurs de ce livre ne reconstruisent pas l’histoire de la Bible sur les ruines de la Bible. La Bible ne se manifeste pas à eux, en tant que document historique, chemin faisant seulement, à titre accidentel et comme par pièces détachées, lorsque la documentation historique extrabiblique ne fournit plus de matière. C’est sur le corps et l’esprit d’une Bible considérée comme un organisme vivant que se développe ici l’histoire. Ce n’est pas une histoire d’Israël à propos de la Bible, mais une histoire biblique d’Israël.»11

Nous devons malheureusement constater que même des savants d’une probité exemplaire, tel Floyd Nolen Jones, cèdent à la tentation d’un biblicisme fermé sur lui-même. Dans sa remarquable chronologie biblique parlant, par exemple, de la date de l’Exode, il écrit:

«(…) ce n’est pas le but de cet ouvrage d’essayer de résoudre les problèmes de chronologie égyptienne ou d’égyptologie se rapportant aux questions en considération. Pour préparer une chronologie correcte du Texte sacré ce n’est ni nécessaire, ni du tout essentiel de connaître les noms des pharaons dont parle le livre de l’Exode.»12

Immanuel Velikovsky, aux travaux duquel nous allons plus loin largement revenir, écrivait très judicieusement à propos des impasses dans lesquelles sont tombées les recherches sur l’histoire du Moyen-Orient ancien et, en particulier, celle des pharaons:

«Pieux, ils ne posèrent pas de questions; instruits, ils déclarèrent que les merveilles racontées dans le récit n’étaient que des événements ordinaires; critiques, ils nièrent l’histoire, l’expliquant comme un mythe d’origine relativement récente.»13

I. La chronologie reçue pour l’histoire du Moyen-Orient ancien

Pour bien comprendre la problématique chronologique qui va maintenant occuper notre attention, il nous faut examiner la manière dont a été établie la datation des événements du monde antique. Commençons par une définition de ce qu’est la chronologie. Floyd Nolen Jones, dans un ouvrage récent intitulé La chronologie de l’Ancien Testament, écrit:

«La chronologie est la science qui cherche à diviser le temps en des intervalles réguliers et à attribuer des dates aux événements historiques, ceci dans l’ordre qui leur est propre. Sans elle, il deviendrait impossible de comprendre la suite des événements de l’histoire, bibliques ou non bibliques. Comme la chronologie est le fondement sur lequel repose l’histoire et le squelette lui donnant sa structure et sa forme, les événements de l’histoire ne peuvent être compris ou avoir un sens, que pour autant qu’ils sont maintenus dans leur séquence temporelle exacte. Si la séquence temporelle est altérée, l’interprétation des événements est déformée et l’on ne peut plus lui faire confiance.»14

Pour les historiens et les chronologues modernes travaillant sur l’histoire du Moyen-Orient ancien, les textes bibliques sont frappés d’un ostracisme intellectuel arbitraire: ils ne sont pas placés sur le même plan de fiabilité que les documents prétendument neutres de la documentation historique non biblique. Ces érudits sont confortés dans ce préjugé défavorable frappant les textes de la Bible par les résultats du travail de la méthode historique-critique en vogue dans les universités. Ce travail critique effectué sur la Bible a déconstruit le texte biblique à tel point qu’il ne conserve plus aucune valeur aux yeux des historiens comme document historique fiable.

Pour structurer l’histoire du Moyen-Orient ancien, nos savants ont donc dû se rabattre sur des données chronologiques extérieures à la Bible. Il s’agit, en l’occurrence, des reconstructions des dynasties égyptiennes élaborées principalement d’après les listes constituées par le prêtre égyptien Manéthon au IIIe siècle avant Jésus-Christ. Nous disposons aussi, pour une période plus tardive, de la liste des rois de Perse établie par le philosophe et astronome grec Ptolémée, au IIe siècle de notre ère. Mais nous ne nous occuperons pas de la période Perse dans cette étude15.

Il faut remarquer, ici, que les peuples du Moyen-Orient ancien étaient, à l’exception d’Israël, tous animés d’une conception cyclique de l’histoire, ce qui explique leur peu d’intérêt pour garder un souvenir exact des événements chronologiquement datés de leur passé. Contrairement au peuple d’Israël pour lequel l’histoire religieuse suivait, non des cycles se répétant, comme c’était le cas chez les peuples païens, mais une direction linéaire, tous les autres peuples du Moyen-Orient ancien se contentaient d’une chronologie approximative. On a ainsi, par un a priori irrationnel, exclu les données les plus sûres pour l’établissement d’une chronologie définissant le cadre de l’histoire du Moyen-Orient ancien et ceci en faveur de données chronologiques souvent difficiles à interpréter, contradictoires et fragmentaires, ouvrant ainsi la porte à de nombreuses incertitudes et à des hypothèses fragiles.

Les listes dynastiques de Manéthon

Les diverses listes dynastiques, attribuées au prêtre égyptien Manéthon vivant au IIIe siècle avant Jésus-Christ, constituent la base de la chronologie officielle de l’histoire du Moyen-Orient ancien16. Voici ce qu’en écrit Roger Henry dans un ouvrage récent intitulé La chronologie synchronisée. Repenser l’histoire antique du Moyen-Orient:

«(…) il est essentiel de comprendre comment cette chronologie s’est formée. Les Egyptiens notaient les événements en fonction des années de règne du monarque alors en vie. Bien que nous groupions les pharaons en dynasties, les Egyptiens ne le faisaient pas. Et bien que nous possédions plusieurs «listes de rois» fragmentaires, elles n’indiquent pas les dynasties parallèles et ne permettent pas de déterminer la durée précise de chaque règne. Pour faire cela, il faut espérer que les inscriptions découvertes sur le terrain puissent couvrir des règnes complets, mais ceci n’est que rarement le cas.»17

Qu’en est-il alors de ces listes dynastiques de Manéthon sur lesquelles les historiens et les archéologues ont construit la chronologie de l’ancienne Egypte puis, par extrapolation, celle du Moyen-Orient ancien tout entier? Sont-elles sûres, fiables, certaines?

Pour nous en faire une idée, écoutons ce qu’en dit W.G. Waddell dans l’Introduction de sa traduction de l’édition classique, établie et traduite par ses soins, des œuvres de Manéthon.

«Ses œuvres, dans leur forme originale, auraient la plus grande importance et valeur pour nous aujourd’hui; mais (…) nous ne pouvons connaître ces écrits que dans les citations fragmentaires, et souvent déformées, qu’ont préservées pour nous Josèphe et les chronographes chrétiens, Africanus et Eusèbe.»18

Nous trouvons d’autres fragments des œuvres de Manéthon dispersées dans celles de divers auteurs grecs. Des remarques de Waddell ressortent les points suivants relatifs à l’Histoire de l’Egypte de Manethon:

  • On ne peut savoir si Manéthon a écrit trois ou six ouvrages.
  • Certains extraits de ces œuvres sont préservés par l’historien juif du Ier siècle, Josèphe.
  • D’autres extraits sont préservés dans des versions fort différentes par les historiens chrétiens des IIIe et IVe siècles après Jésus-Christ, Sextus Julius Africanus et Eusèbe de Césarée.

Waddell écrit:

«Même à partir de la brève description que nous venons de donner, on peut voir que de nombreux problèmes subsistent, et qu’il est en conséquence très difficile d’avoir une certitude quelconque sur ce qui serait authentiquement de Manéthon, ou ce qui est, ou bien usurpé, ou corrompu.»19

Il ajoute que les passages de Manéthon aujourd’hui disponibles ont été tellement manipulés par ceux qui les employaient à des fins d’historiens polémiques,

«(…) que nous ne pouvons plus reconnaître clairement ce qui appartenait à Manéthon et ce qui provient d’adjonctions ultérieures.»20

Parlant des sources des écrits de Manéthon, Waddell écrit:

«On ne peut guère s’attendre à ce que l’Histoire de Manéthon ait une plus grande valeur que ses sources; et les matériaux qui étaient à sa disposition comportent une forte proportion de traditions non historiques et de légendes populaires.»21

Après avoir décrit les écarts étonnants que l’on découvre entre les différentes listes de pharaons figurant sur les monuments et documents égyptiens (Abydos, Karnak, le papyrus de Turin, la pierre de Palerme, etc.) et la difficulté de les réconcilier avec les fragments de listes de dynasties de Manéthon qui sont parvenus jusqu’à nous, Waddell écrit:

«Nous savons que Manéthon a critiqué Hérodote (…) Cependant les Aegyoptica de Manéthon n’ont aucune prétention à être considérés comme une histoire critique de l’Egypte; sa valeur se trouve dans les squelettes dynastiques qu’on y trouve et qui servent de structure aux indices découverts sur les monuments. Elles servent ainsi à fournir les bases essentielles du schéma généralement reçu pour établir la chronologie égyptienne.»22

Il continue:

«Mais le travail de Manéthon lui-même contenait, dès le départ, de nombreuses erreurs; et toutes ne provenaient pas des perversions du texte introduites par les scribes et les réviseurs. On a trouvé la durée de nombreux règnes parfaitement impossible; dans certains cas, les noms des rois et leur ordre de succession chez Manéthon se sont avérés inacceptables à la lumière des preuves provenant des monuments. Si nous devons nous fier aux extraits préservés par Josèphe, l’œuvre de Manéthon ne peut aucunement être considérée comme une histoire authentique de l’Egypte, exacte dans les détails qu’elle relate, comme c’est, par exemple, le cas pour la Chaldaica de Bérose provenant d’une époque ultérieure.»23

Et Waddell de conclure:

«Manéthon introduisit dans une série déjà corrompue de listes dynastiques un certain nombre de traditions populaires dans le style caractéristique des Egyptiens. Les Egyptiens n’avaient en fait pas développé un sens historique véritable, bien que l’œuvre de Manéthon témoigne, dans une certaine mesure, de l’influence que la culture grecque avait pu exercer sur un prêtre égyptien.»24

En terminant, il nous faut faire remarquer le caractère à proprement parler religieux du travail historique et chronologique de ce prêtre égyptien du temple d’Héliopolis, temple dans lequel il introduisit le culte syncrétiste de Sérapis. Comme l’indique un historien moderne, Manéthon,

«(…) connaissait sans doute fort bien l’arbre sacré placé dans la grande salle du temple d’Héliopolis où la déesse Seshat, la patronne des Lettres, avait écrit de sa propre main les noms et les actions des rois. Manéthon ne fit rien d’autre que communiquer au monde grec ce que la déesse avait elle-même noté. Mais il le fit avec un sens bien marqué de la supériorité des sources sacrées des Egyptiens, ceci en opposition consciente à Hérodote qu’il cherchait à contredire.»25

On constate ainsi, non seulement les bases religieuses païennes des chronologies de Manéthon, mais également le caractère incertain, fragmentaire, partiel et souvent contradictoire des listes dynastiques qu’il nous a laissées. Dans une telle perspective, on ne peut qu’admirer la retenue et la modération des critiques émises par l’historien biblique juif André Neher à l’égard d’un système chronologique universellement admiré et cependant fondé sur des bases remarquables par leur incertitude et leur fragilité:

«(…) il y a encore un fait indiscutable [qui est] que les chronologies antiques non bibliques étaient tributaires, elles aussi, de certaines considérations religieuses, ou bien symboliques ou politiques, dont le sens nous échappe encore. Cela est vrai surtout des chronologies assyriennes et, sans doute, également des chronologies égyptiennes. L’homme rationnel du XIXe et du XXe siècle les lit et les interprète avec son esprit, alors que, pour les connaître dans leur sens véritable, il faudrait une clé que nous ne possédons plus. En tout état de cause, ce n’est que dans les périodes les plus basses, celles où, à partir du VIIe siècle avant Jésus-Christ, s’élabore en Egypte un système de comput du temps dont les principes rationnels seront repris par les Grecs, que la chronologie devient sûre. Mais il serait présomptueux de déterminer les dates plus hautes en ne se fiant qu’aux chronologies non bibliques. (…)»26

II. Critique progressive du consensus chronologique officiel pour le Moyen-Orient ancien

Bien que l’écrasante majorité des historiens et des archéologues tiennent la chronologie officiellement reçue, basée sur les listes dynastiques de Manéthon pour étant d’une solidité certaine, des esprits indépendants se sont dressés, ici et là, au cours des derniers siècles, pour critiquer les faiblesses de la chronologie reçue pour l’Egypte, et au travers d’elle, celle du Moyen-Orient ancien tout entier. Nous allons maintenant entreprendre un survol rapide de cette tradition critique non conformiste. Mais, en préambule, faisons deux remarques.

La première – et cela est bien compréhensible, vu la censure académique habituelle à l’encontre des idées non reçues – est le constat du silence officiel quasiment complet à l’égard de ces voix dissidentes.

La deuxième, ici plus surprenante, est que ces critiques du système chronologique en place s’ignorent souvent très largement entre elles. Dans ce domaine, chacun semble vouloir garder pour soi l’originalité absolue de ses découvertes, même si elles ont déjà été faites par leurs prédécesseurs!

Isaac Newton (1700)

Le physicien et mathématicien anglais sir Isaac Newton n’est guère connu pour ses travaux de chronologie ancienne, mais il doit, sans doute, être considéré comme l’ancêtre intellectuel des critiques modernes du système chronologique que nous étudions. Dans un petit ouvrage intitulé The Original of Monarchies, publié pour la première fois en 1963 par l’historien anglais F.E. Manuel27, Newton faisait une critique très sévère des travaux de chronologie de Manéthon et de Bérose. Voici ce qu’en écrit John Crowe dans un article récent :

«Sir Isaac Newton (1643-1727) fut peut-être le premier grand révisionniste des études de chronologie ancienne. En 1700, déjà célèbre pour sa découverte des lois de la gravitation, son génie étant reconnu à travers tout le monde savant, il s’adonna à son intérêt pour l’histoire ancienne. Il démontra que cette histoire avait été indûment prolongée de plusieurs siècles et il fut le premier à affirmer que le pharaon Sesostris d’Hérodote, dont les conquêtes furent les mêmes que celles de Tuthmose III, n’était autre que le Shishak de la Bible [qui prit Jérusalem et emporta les ustensiles sacrés du Temple sous le roi Roboam, fils de Salomon]. Ses travaux offrent un appui important à ceux de Velikovsky. Tandis que des nouvelles preuves archéologiques découvertes depuis son temps ont manifesté des failles dans sa reconstruction de l’histoire ancienne, son examen et son évaluation des sources historiques anciennes méritent toujours un examen attentif de notre part.»28

E.W. Hengstenberg (1840)

En 1840, le grand savant allemand spécialiste de l’Ancien Testament Ernest Wilhelm Hengstenberg (1802-1869) publia un ouvrage intitulé, L’Egypte et les livres de Moïse29. On y trouve une comparaison systématique et détaillée des données égyptiennes du IIe millénaire avant Jésus-Christ, connues à l’époque de Hengstenberg, avec celles du Pentateuque dans les domaines géographique, culturel, économique, religieux, historique, politique et même météorologique. Cette comparaison minutieuse fait paraître de nombreuses concordances précises entre les récits bibliques et les faits de l’époque.

Ernest Havet (1873)

Déjà en 1873, l’historien français Ernest Havet, constatant l’isolement complet des deux histoires anciennes de l’Egypte, celles de Manéthon et de Bérose, avait émis de forts doutes sur la valeur de leurs travaux chronologiques30.

J. Lieblin (1873)

En cette même année, l’égyptologue français J. Lieblin publia en Suède les résultats de ses recherches sur la chronologie égyptienne. Il y avait découvert, en étudiant les listes dynastiques alors à sa disposition, qu’il était impossible de suivre comme telles les listes de Manéthon. Citons un bref extrait des conclusions de ses travaux qui démontrent le caractère souvent parallèle de dynasties considérées par Manéthon (et à sa suite par la chronologie reçue) comme successives:

«Tel est mon classement des dynasties, qui seul peut expliquer les données diverses et les chiffres en apparence contradictoires de Manéthon, du papyrus de Turin et des stèles. Mais on voit qu’en partant de ce principe, il n’est plus possible de regarder toutes ces dynasties, la VIIIe, la IXe, la Xe, la XIe et la XIIe, comme successives. Je ne parlerai pas de la IXe dynastie, dont à présent nous ne savons absolument rien, mais les autres dynasties dont nous nous occupons ici apparaissent dans une lumière assez claire. A moins de renoncer à faire régner l’ordre et la saine raison dans toute cette partie de l’histoire de l’Egypte, on est forcé de convenir que la Xe et la XIe ont dû être contemporaines avec une partie de la VIe et de toute la VIIIe dynastie.»31

Cecil Torr (1896)

En 1896, Cecil Torr, un égyptologue anglais, personnage des plus excentriques et résolument athée, s’est penché avec une attention soutenue sur les listes royales et dynastiques de Manéthon. L’acceptation de la chronologie déduite d’après les documents de Manéthon avait eu des effets surprenants sur la chronologie des civilisations voisines de l’Egypte. En particulier, la découverte de poteries grecques de l’époque mycénienne (du XIIe au VIIIe siècle avant Jésus-Christ), dans le contexte de la célèbre XVIIIe dynastie égyptienne datée officiellement au moins quatre siècles plus tôt (du XVIe au XIIe siècle avant Jésus-Christ), bouleversa complètement la compréhension par les historiens des annales de la Grèce. Une période de ténèbres (d’environ quatre cents ans), privée de tout contenu historique, se serait abattue sur l’histoire grecque depuis la chute de la civilisation mycénienne (celle de la guerre de Troie de la fin du XIIe siècle, selon la chronologie en place) et l’apparition de la Grèce archaïque vers le VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Ce qui avait toujours été considéré comme des périodes historiques immédiatement successives apparaissait soudainement, par nécessité de se conformer à la chronologie égyptienne, séparé par un gouffre de quelque quatre siècles.

Torr définissait sa méthode comme suit:

«J’ai cherché à établir les dates de la seule manière dont elles peuvent être fixées avec certitude: c’est-à-dire en déterminant la vraie succession des rois et la longueur de leurs règnes.»

Comme l’indique Martin Durkin dans son Introduction, Cecil Torr, s’étant soigneusement penché sur les données historiques et archéologiques disponibles à son époque, procéda de la manière suivante:

«[Il] commença avec la conquête de l’Egypte par le roi de Perse Cambyse en 525 avant Jésus-Christ et remonta le cours de l’histoire, règne par règne, jusqu’à l’ascension sur le trône des pharaons d’Amenhemet I. Il en conclut que les règnes de la XVIIIe dynastie ne dataient pas de 1500 ans avant Jésus-Christ, comme on le croyait généralement, mais que (cette dynastie) ne débuta pas plus tard que 1271 avant Jésus-Christ pour se terminer aux environs de 850. »32

Dans ce travail minutieux de remontée du cours de l’histoire, Torr en vint à se rendre compte des nombreux obstacles sur son chemin.

«En fait les évidences sont, en tant d’endroits, si imparfaites que des résultats probants ne peuvent pas être obtenus. (…) Mais il n’y a guère de doute que toute la succession des rois sera un jour fixée ainsi que la longueur de leurs règnes de telle sorte qu’une date précise de chaque événement pourra être établie par rapport au calendrier que nous utilisons.»33

Voici enfin son appréciation de la chronologie officiellement reconnue en son temps (comme dans le nôtre) et qui se base essentiellement sur les structures chronologiques contenues dans les listes de Manéthon:

«Dans la pénurie d’informations provenant des inscriptions ou des sources contemporaines égyptiennes, il reste l’histoire de Manéthon, ou ce qui passe pour tel. Mais ainsi elle n’a guère de valeur. L’original est perdu et toutes les versions existantes se contredisent. (…) En fait, on ne peut même pas savoir ce que Manéthon voulait dire par «dynastie», bien que la répartition des rois d’Egypte en trente dynasties constitue le fondement même de son travail. De toute manière ses affirmations doivent être reçues avec beaucoup de prudence, vu qu’il vivait au temps des rois Ptolémées, époque à laquelle les sources authentiques pour fixer l’histoire ancienne de l’Egypte étaient certainement tout aussi rares qu’aujourd’hui.»34

Mais ce raccourcissement de l’histoire égyptienne et, au travers d’elle, de toute l’histoire du Moyen-Orient ancien, n’a guère eu d’impact sur la chronologie officiellement reçue.

A.S. Yahouda (1935)

En 1935, l’égyptologue et hébraïsant juif A. S. Yahouda publia une étude passionnante sur l’exactitude des récits bibliques de la Genèse et de l’Exode par rapport à ce qui est connu de l’histoire et de la civilisation égyptiennes. Après avoir décrit la déconstruction des récits de la Thora par la méthode de la critique des sources, Yahouda définit son but ainsi:

« (…) il est tout d’abord nécessaire d’établir les preuves décisives de l’authenticité et de l’antiquité des récits de Joseph et de l’Exode. Ces preuves doivent provenir d’une concordance de preuves à la fois archéologiques et linguistiques.»35

Il ajoute:

(…) si, par ailleurs, il est exact que le Pentateuque a son origine dans la période de l’Exode, juste avant le retour des Hébreux au pays de Canaan, il doit alors être possible de découvrir dans la langue dans laquelle ils ont écrit les textes de la Bible des traces des langues des pays où les Israélites ont séjourné, dans la langue hébraïque.»36

Son livre est une description très précisément documentée de la concordance des récits bibliques avec la langue et les mœurs sociales, culturelles et politiques de l’ancienne Egypte. Yahouda découvre également dans l’hébreu du Pentateuque de nombreux échos de la langue égyptienne. Nous pourrions citer bien des rapprochements très éclairants, tant pour la Bible que pour la civilisation égyptienne, mais cela nous empêcherait d’avancer dans notre propos. Citons simplement la conclusion qu’il donne à son Introduction:

«Tout ceci [les preuves nombreuses de correspondances concrètes entre les données de l’histoire égyptienne et le texte du Pentateuque] contribuera à démontrer que la présence d’éléments égyptiens dans le Pentateuque est la meilleure preuve que les livres de Moïse ont bel et bien été composés à cette époque, époque où les Hébreux étaient encore sous l’influence immédiate de leurs relations avec les Egyptiens, comme il l’est clairement affirmé dans le Pentateuque lui-même.»37

Donovan A. Courville (1971)

Jusqu’à présent, nous avons examiné des auteurs qui critiquaient la chronologie reçue pour l’Egypte et le Moyen-Orient ancien, cela sans d’abord tenir compte de la chronologie la plus substantielle, la plus suivie et la plus complète de toute l’histoire du Moyen-Orient ancien – je parle, il va de soi, de cette chronologie contenue dans la Bible qui structure si fortement toute l’histoire du peuple de Dieu. Avec Donovan Tourville, savant de confession adventiste, à la fois théologien, égyptologue et autorité mondialement reconnue en ce qui concerne les animaux marins venimeux, nous nous trouvons devant une perspective différente. Dans son ouvrage classique en deux volumes, Le problème de l’Exode et ses ramifications (1971), Courville se base explicitement sur la valeur des données chronologiques contenues dans le détail du texte de la Bible hébraïque pour rectifier la chronologie officielle de l’Egypte ancienne. Il confronte ainsi de manière systématique le cadre stable de la chronologie biblique aux données diverses à partir desquelles la chronologie universitaire en place a été constituée. Voici sa conclusion:

«La différence par rapport à la chronologie biblique est de l’ordre de six cents ans lors de la conquête de Canaan et de pas moins de six cents ans lors de l’Exode. (…) S’il est vrai que les vues généralement acceptées sont frappées d’une erreur d’une pareille ampleur, une structure chronologique corrigée de l’histoire du Moyen-Orient ancien devrait éliminer les problèmes non résolus ainsi que les anachronismes apparents du système en place et devrait, en plus, ne pas y introduire des problèmes nouveaux.»38

C’est à travers une étude minutieuse, menée pendant une quinzaine d’années sur les données archéologiques de l’histoire de l’Egypte, que Courville en est venu à justifier l’entière véracité historique des faits bibliquement attestés et leur relation organique avec le contexte historique environnant. Nous ne citerons ici qu’un exemple de la manière par laquelle il effectue la correction des erreurs que recèle la chronologie manéthonienne en place.

«Selon la chronologie traditionnelle, la XIIIe dynastie suit directement la XIIe. Mais il n’y a aucune preuve d’une telle affirmation hors des présupposés sur lesquels cette chronologie est fondée.»39

En citant l’historien Winlock40, il constate qu’il y a, pour la période allant de la XIIIe à la XVIe dynastie, plus de noms de rois dans les listes de Manéthon que pour tous les siècles précédents de l’histoire de la vallée du Nil et ceci malgré le fait que ces quatre dynasties ne durèrent ensemble pas plus que deux siècles. Il ressort de l’étude détaillée de cette période de l’histoire égyptienne que pendant ces deux siècles l’Egypte fut divisée en une multitude de petits royaumes dont les noms, cités dans les listes dynastiques, sont les roitelets. Avec son esprit mesuré habituel Courville tire la conclusion suivante de ces faits:

«(…) les rois de la XIIIe dynastie ne représentent que des princes locaux régnant sur leurs petits royaumes provinciaux pendant cette période de désintégration féodale du Royaume d’Egypte. Ils ne représentent pas, en conséquence, des successions de règnes. En d’autres mots, ajoute-t-il, la relation de durée précise entre les noms individuels de la liste de Turin ne correspond pas nécessairement à une suite continue de règnes.»41

Courville a démontré par de telles rectifications dynastiques que la longueur excessive de la chronologie officielle de l’Egypte ancienne peut raisonnablement être réduite de manière à pouvoir retrouver des rapports redevenus à nouveau évidents entre les récits de l’Ancien Testament et l’histoire ancienne, d’abord celle de l’Egypte, puis celle du Moyen-Orient ancien dans son ensemble. Dans ses conclusions, il écrit:

«La nécessité de reconnaître l’existence d’espaces chronologiques vides de tout contenu historique dans une aire géographique particulière est un signe permettant de soupçonner que la chronologie a dû y être indûment étendue. Si de tels vides historiques apparaissent dans plusieurs régions éloignées les unes des autres la probabilité augmente qu’une telle extension infondée de la chronologie requière un réexamen critique des présupposés sur lesquels la structure chronologique générale à toutes ces régions a été construite. L’existence d’un espace temporel de plusieurs siècles vide de tout contenu historique, tant dans l’histoire de la Grèce que dans celle des Hittites, ainsi que pour de nombreux sites spécifiques en Palestine et ailleurs, est un exemple clair de ce que nous affirmons ici.»42

John Dayton (1978)

John Dayton publia en 1978 un ouvrage intitulé Les minéraux, les métaux, l’émail et l’homme qui, en partant d’une étude simple sur la technologie de l’émail, se développe en une critique radicale des datations archéologiques habituelles43. Il découvrit lui aussi dans l’histoire des cultures du Moyen-Orient ancien des périodes où les techniques de l’émail étaient bien connues, périodes qui furent suivies dans l’histoire de l’émail de trous temporels incompréhensibles. Ces interruptions furent à leur tour suivies de nouvelles époques où ces techniques réapparurent de manière soudaine et parfaitement développée. Il proposa un raccourcissement de l’âge du bronze tardif de quelque trois cents ans, d’environ 1200 avant Jésus-Christ à plus ou moins 900 (pour augmenter plus tard sa correction à environ cinq cents ans). Il démontra qu’il n’était pas possible d’affirmer que les Phéniciens cessèrent de fabriquer du verre aux environs du XIXe siècle avant Jésus-Christ pour recommencer vers les 800 ni que les Etrusques quittèrent la région de Troie aux environs de 1150 avant Jésus-Christ pour s’établir en Toscane en 750 seulement44.

Peter James (1991)

Les remarques prudentes mais fermes de D. Courville nous conduisent à une autre tentative, cette fois collective, d’une équipe de cinq archéologues anglais dirigée par Peter James, de l’Université de Londres. Ceux-ci cherchaient à affronter les problèmes chronologiques que l’application de la chronologie officielle posait aux historiens dans leurs efforts de compréhension de l’histoire de la Grèce, de l’Empire Hittite, de l’île de Chypre, de la Palestine et, enfin, de l’histoire égyptienne elle-même. Torr avait déjà constaté les problèmes que la chronologie reçue imposait à l’histoire de la Grèce et à celle de l’Asie Mineure; il s’agissait d’un décalage de plus de cinq siècles entre des époques que l’histoire des Anciens décrivait comme immédiatement successives. Dans un remarquable chapitre intitulé «Re-dater l’Empire des Hittites»45, James examine l’histoire de l’Empire des Hatti ou des Hittites qui s’est étendu entre la Méditerranée et la mer Noire, dans ce que nous appelons l’Asie Mineure, région faisant aujourd’hui partie de la Turquie. Les fouilles en Asie Mineure et dans l’est de la Syrie révèlent de remarquables ressemblances entre la culture hittite et celle qui prévalait sur l’île de Crète, civilisation apparentée à celle de Minos, et qui précéda de peu l’apparition de la Grèce archaïque. Torr avait, contre les datations tardives de la chronologie reçue, confirmé l’opinion traditionnelle des historiens de l’Antiquité, Grecs et Romains, qui dataient ces civilisations des IXe et VIIIe siècles avant Jésus-Christ.

En 1887 furent découvertes les fameuses archives de la diplomatie pharaonique d’El Amarna dans la vallée du Nil où se trouvaient des copies de la correspondance des célèbres pharaons de la fameuse XVIIIe dynastie égyptienne, celle des Amenhotep III, Akhenaton et Tutankhamon, dynastie datée officiellement des XIVe et XIIIe siècles avant Jésus-Christ. Dans cette correspondance, on a trouvé de nombreuses lettres entre les dirigeants de l’Egypte et leurs confrères de l’Empire des Hittites. Un fossé de près de cinq siècles était ainsi révélé entre les données de l’histoire archaïque grecque (qui correspondaient aux styles de la culture hittite (IXe et VIIIe siècles avant Jésus-Christ) et la correspondance diplomatique entre l’Empire hittite et l’Egypte des pharaons de la XVIIIe dynastie datée officiellement des XIVe et XIIIe siècles avant Jésus-Christ.

De plus, en 1906 furent découvertes à Boghazkoy, en Turquie orientale, les archives de la capitale de l’Empire hittite, Hattusa, qui recelaient de nombreuses copies de la correspondance entre les Empires Hittites et Egyptiens. On y trouve des lettres entre l’empereur hittite et Ramsès II, pharaon de la XIXe dynastie. Comme le dit James:

«La découverte de ces documents détaillés [ainsi que ceux d’El Amarna] ne laisse aucun doute sur la chronologie relative de l’Empire Hittite. Elle était maintenant clairement synchronisée avec les XVIIIe et XIXe dynasties égyptiennes et, en conséquence, datée du XVe au XIIIe siècle avant Jésus-Christ, ces dates toujours calculées selon la chronologie officielle. La chute de l’Empire hittite a dû, selon cette chronologie, avoir eu lieu entre 1200 et 1175 avant Jésus-Christ.»46

Mais, de l’autre côté, non seulement avons-nous des correspondances synchroniques entre l’Empire hittite et la civilisation crétoise des IXe et VIIIe siècles, mais aussi avec l’Empire assyrien des IXe et VIIIe siècles avant Jésus-Christ. Plus encore, dans les tablettes découvertes dans les archives de la capitale hittite Hattusa, on découvrit de nombreux écrits dans une langue très proche de l’hébreu, l’ugarit, et même des poèmes dont le style se rapproche de manière étonnante de celui du prophète Esaïe.

Résumons. De nombreux indices pointent vers une date récente pour l’Empire des Hittites. Les synchronismes avec la Crète du VIIIe siècle sont évidents ainsi que ceux avec l’Empire assyrien de la même époque et ceux encore avec la langue et la poésie hébraïques du temps d’Esaïe. Mais la synchronisation la plus forte est évidemment avec l’Egypte des pharaons des XVIIIe et XIXe dynasties. La chronologie universellement en usage fixe ces dynasties dans la période qui va des XVe au XIIIe siècles avant Jésus-Christ. D’où un décalage de quelque cinq siècles entre les deux systèmes de datation. En avançant la chronologie de l’Egypte de quelque cinq siècles, on parviendrait à une synchronisation des dates qui résoudrait tous les problèmes! L’hypothèse couramment admise partout dans les cercles universitaires est celle d’un creux chronologique de cinq siècles, une espèce de «trou noir» non dans l’espace du ciel mais dans la durée du temps, trou dans lequel rien ne se serait passé sur le plan historique et pour lequel il n’y a pas la moindre trace de preuves. On constate ainsi un vide historique entre une prétendue apogée de l’Empire hittite au XIIIe siècle et sa disparition sous les coups de l’Empire assyrien au VIIIe, ceci après des siècles d’inexistence historique. Ce vide commence à paraître sous sa figure véritable, celle d’une réalité purement virtuelle, d’une pure fiction académique.

David Rohl (1995)

Dans un ouvrage qui eut un effet sensationnel auprès du grand public (il fut accompagné d’une série télévisée de haute qualité) mais qui connut le rejet presque unanime de la communauté scientifique des égyptologues chevronnés, l’archéologue et égyptologue de l’Université de Londres David Rohl en vint enfin à proposer au grand public une révision complète de la chronologie en place pour tout le Moyen-Orient ancien47. Bien qu’il tienne à la véracité historique des récits bibliques et qu’il soit venu à la conclusion que la chronologie biblique pouvait donner un sens exact à l’histoire du Moyen-Orient ancien, ce n’est pas à partir de la Bible que s’est développée sa réflexion, mais à partir des anomalies qu’il rencontra lors de ses travaux d’égyptologue sur le terrain. Ce qui le fit beaucoup réfléchir fut de constater que les données concrètes contredisaient de manière flagrante l’ordre successif des rois égyptiens présenté par la chronologie en place.

Je ne citerai ici qu’un exemple. Dans les tombes royales de San (le Tsoan des récits bibliques ou le Tanis des Grecs) se trouve une série de tombeaux royaux dont la construction successive est parfaitement attestée par la structure archéologique des monuments48. Les cartouches royales permettent également d’identifier très exactement les noms des pharaons qui y ont reposé. Mais cet ordre successif manifeste se trouve en contradiction complète avec les listes royales que nous donnent les reconstructions modernes de la chronologie de l’Egypte ancienne. Rohl en vint à découvrir que cette anomalie – où les faits vérifiables sur le terrain contredisent de manière flagrante la chronologie reçue – n’était pas un cas isolé. C’est l’impossibilité de concilier les faits archéologiques découverts par ses recherches avec de nombreux éléments inclus dans le modèle chronologique en place qui l’ont forcé à une révision radicale de la chronologie égyptienne et, par elle, de la chronologie reçue pour tout le Moyen-Orient ancien.

De ce constat, Rohl tirait la conclusion suivante:

«L’ensevelissement du roi Osarkan II à Tanis eut lieu avant celui de Psumennes I. Vu que le premier était un roi de la XXIIe dynastie et que le second roi de la XXIe dynastie, les indications archéologiques provenant de Tanis tendent à confirmer l’hypothèse que les deux dynasties furent contemporaines pour un nombre considérable d’années. L’ordre d’ensevelissement des deux rois indique que le nombre d’années allouées couramment à la Troisième Période Intermédiaire (dynasties XXIe-XXVe) [placées entre le Nouveau Royaume, dynasties XXIe-XXVe, et la Période Tardive, dynasties XXVIe-XXXIe] devrait être réduit d’au moins cent quarante et une années.»49

Tirant les conclusions des corrections rendues nécessaires par une pareille reconstruction de la chronologie égyptienne, Rohl parvint à trouver un nombre impressionnant de synchronisations entre l’histoire de l’ancienne Egypte et celle du peuple d’Israël. En particulier il découvrit des correspondances étonnantes entre l’histoire biblique de Joseph et de ses frères et l’histoire égyptienne50. Il confirmait ainsi très largement la véracité et la fidélité à l’histoire des textes de la Tanach juive, de notre Ancien Testament. Ainsi Abraham, Jacob, Moïse, Josué, Saül, David, Salomon, pour nous arrêter là, apparaissaient à nouveau à leur juste place dans l’histoire du Moyen-Orient ancien51.

Roger Henry (2003)

En 2003, Roger Henry, après vingt-cinq ans de recherches sur les questions qui nous occupent, publia un ouvrage synthétique capital sur la question de la nécessaire, de l’inévitable reconstruction de la chronologie du Moyen-Orient ancien. Voici le titre de cet ouvrage: Chronologie synchronisée. Repenser l’Histoire antique du Moyen-Orient52. A l’arrière-plan de cet ouvrage remarquable se trouvent les recherches d’un savant juif de génie d’origine russe mais dont l’essentiel de la carrière se passa aux Etats-Unis. Il s’agit d’Immanuel Velikovsky, dont les publications, dans le domaine astronomique d’abord 53, puis et surtout dans celui de l’histoire de l’Antiquité (en particulier celle de l’Egypte ancienne)54 se trouvent à l’arrière-plan des travaux de Courville, de James et de Rohl que nous venons rapidement d’évoquer.

Velikovsky constata, d’abord, la présence, dans les documents de l’Antiquité, de nombreuses références à des cataclysmes cosmiques qui auraient bouleversé, à des périodes précises, le fonctionnement du système solaire lui-même. Par ce biais il mettait en question le principe sacro-saint, universellement accepté, du caractère uniforme du fonctionnement à toutes les époques de l’histoire de la terre des lois de la physique. Sur le plan scientifique, ses publications suscitèrent des controverses passionnées entre savants éminents, ou enthousiastes, ou des plus violemment opposés. Un certain nombre de ses prédictions scientifiques dans le domaine de la cosmologie se sont confirmées avec les années.

Velikovsky s’attacha, comme suite toute naturelle de ses travaux, aux problèmes de chronologie qui nous occupent aujourd’hui. Nous examinerons certains résultats de ses recherches dans la prochaine section, nous attachant en particulier à son ouvrage classique, Le désordre des siècles. En publiant ce livre en 1952, l’auteur a fourni les résultats de ses recherches, en particulier pour ce qui concerne la synchronisation entre l’histoire biblique du peuple d’Israël et celle de l’Egypte ancienne. Mais il est fort regrettable que, dans ce livre, il n’expliqua pas clairement les mécanismes correctifs qui lui ont permis d’atteindre les résultats qui le conduisirent à restructurer la chronologie de l’Egypte ancienne pour faire paraître, comme des évidences spectaculaires, les concordances entre de grandes figures pharaoniques et les récits bibliques. C’est seulement dans une série d’ouvrages parus quelque vingt ans plus tard que Velikovsly donna les explications permettant de comprendre comment des erreurs chronologiques si importantes avaient pu ainsi s’imposer à l’histoire officielle du Moyen-Orient ancien.

C’est, entre autres, à l’explication de la méthode de correction chronologique utilisée par Velikovsky que s’est attelé Roger Henry55. Voyons comment il définit le but qu’il se propose:

«Toute la reconstruction de l’histoire ancienne repose sur deux corrections simples de l’histoire égyptienne. La séquence normalement acceptée des dynasties des pharaons égyptiens contient deux duplications et une dynastie parallèle. La liste de dynasties sur laquelle a été façonnée la chronologie égyptienne provient [comme nous l’avons vu] de plusieurs versions incomplètes et souvent contradictoires de l’œuvre d’un Egyptien nommé Manéthon. La réévaluation des listes de Manéthon à laquelle nous procéderons montrera que les XIXe et XXe dynasties du Nouveau Royaume sont des versions égyptiennes des XXVIe et XXXe dynasties connues par les historiens à partir de sources grecques et hébraïques. En plus la XXIe dynastie des «rois prêtres» est parallèle à celle des pharaons égyptiens.»56

Il ajoute la remarque suivante au sujet de l’œuvre de Velikovsky, œuvre qu’il utilise comme pierre angulaire de sa reconstruction chronologique et historique:

«Pour des raisons qui nous paraissent aujourd’hui mystérieuses, Velikovsky a choisi de présenter seulement une partie de sa reconstruction lorsque le premier volume de sa série Le désordre des siècles fut publié en 1952. Ce ne fut qu’en 1973 [cinq années avant sa mort] que le volume suivant de cette série, Les peuples de la mer, fut publié. A cette date [plus de vingt ans après la publication du premier volet de sa reconstruction historique], deux générations de savants conformistes avaient si amplement discrédité Velikovsky qu’on s’est senti justifié d’ignorer cet ouvrage qui expliquait la source du problème [ayant produit de pareilles distorsions dans la chronologie égyptienne].»57

Nous allons maintenant nous tourner vers les résultats des recherches pionnières d’Immanuel Velikovsky.

III. Immanuel Velikovski (1895-1979) et la redécouverte de l’histoire véritable du Moyen-Orient ancien

Bien que Velikovsky fut un juif qui ne croyait pas à l’intervention miraculeuse divine dans l’histoire du monde, il avait cependant un esprit suffisamment indépendant pour refuser aussi bien les hypothèses de la critique biblique qui repoussent la rédaction de la plus grande partie de l’Ancien Testament à l’époque du retour des Juifs de l’exil à Babylone, que les hypothèses chronologiques contraires des archéologues qui donnent à l’histoire d’Israël une telle antiquité qu’il en devient impossible d’en retrouver les traces dans l’histoire, officiellement reçue par l’Académie, de l’Egypte ancienne. Velikovsky s’exprime avec toute la clarté nécessaire sur ces questions fondamentales:

«Durant trois générations, les spécialistes de la Bible prônèrent, à la pleine satisfaction de tous, qu’une grande partie des Ecritures était une œuvre tardive rédigée de nombreux siècles après les dates indiquées par les Ecritures elles-mêmes. Ensuite, au cours des années 1930 avec la découverte de Ras-Shamra, l’estimation fut revue dans une direction diamétralement opposée: les mêmes récits bibliques furent alors considérés comme un héritage de la culture cananéenne, six cents ans plus anciens que les textes bibliques. Cependant, la collecte de matériaux provenant des sources littéraires hébraïques de Ras-Shamra et de l’Egypte nous convainquit que si la réduction de l’âge des textes bibliques, prose et vers compris, fut une erreur, l’actuelle remontée de leur ancienneté en est une autre.»58

Nous allons maintenant voir quelques concordances entre l’histoire de l’ancienne Egypte et l’histoire biblique d’Israël mises en lumière par cet esprit indépendant et particulièrement soucieux d’exactitude. Mais, répétons-le, ses conclusions ne viennent pas d’une application directe de la chronologie biblique à l’histoire de l’Egypte ancienne. Une telle méthode n’aurait pas été adaptée à son but, vu que les données chronologiques de part et d’autres ne concordaient pas. Velikovsky a pris les documents bibliques au sérieux comme documents de l’histoire, ce qui témoigne déjà d’une certaine audace non conformiste. Mais en plus, il tenta de trouver dans l’histoire connue de l’Egypte des événements qui correspondraient à ce que nous relatent les Annales d’Israël, ceci en ne tenant pas compte du schéma chronologique en place. Et à force de chercher il a trouvé de telles concordances, en grand nombre et des plus spectaculaires. Les synchronismes ainsi découverts étaient si remarquables qu’il ne pouvait plus y avoir le moindre doute de l’exactitude des concordances devenues évidentes en dépit de la confusion répandue sur l’histoire du Moyen-Orient ancien par les errements de la chronologie en place.

Les plaies d’Egypte et l’Exode

Après avoir évoqué de manière très réaliste les dix plaies d’Egypte, telles qu’elles sont décrites dans le livre de l’Exode, Velikovsky, qui en donne une explication naturelle mais catastrophiste, attire l’attention du lecteur sur un document égyptien étonnant, le Papyrus Ipuwer59, acquis par l’Université de Leyde, au Pays-Bas, en 1834 et publié en 1846. Avant la publication des ouvrages de Velikovsky, aucune comparaison n’avait été faite entre la Bible et ce document égyptien. L’effet de celle qu’effectua notre auteur en 1952 est saisissant. Ecoutons sa juxtaposition du Papyrus Ipuwer avec le texte de l’Exode:

«Papyrus 2:5-6 – La terre est couverte de plaies. Il y a du sang partout.

Exode 7.21 – Il y avait du sang sur toute la terre d’Egypte.

Ceci fut la première plaie.

Papyrus 2:10 – La rivière est en sang.

Exode 7.20 – Toutes les eaux des rivières furent changées en sang.

Cette eau était dégoûtante et les gens ne purent la boire.

Papyrus 2:10 – Les hommes se refusèrent à goûter – les êtres humains, et avaient soif.

Exode 7.24 – Et tous les Egyptiens creusèrent autour des rivières pour trouver de l’eau; car ils ne pouvaient pas boire l’eau de la rivière.

Dans la rivière, les poissons moururent, mais vers, insectes et reptiles se multiplièrent.

Exode 7.21 – Et la rivière empestait.

Papyrus 3:10-13 – Voilà notre eau! Voilà notre bonheur! Qu’allons-nous faire? Tout est en ruine!»

Les mots suivants relatent la destruction des champs:

Exode 9.25 – Et la grêle écrasa toute l’herbe des prés et cassa tous les arbres des champs.

Papyrus 4:14 – Les arbres sont brisés.

Papyrus 6:1 – On ne trouve plus ni fruit, ni légumes…

Ce présage fut accompagné de feu brûlant. Les flammes couraient sur toute la terre.

Exode 9.23-24 – Le feu courait sur le sol. Il y eut de la grêle et du feu mêlé de grêle, ce qui fut très douloureux.

Papyrus 2:10 – En vérité, portes, colonnes et murs furent consumés par le feu.

Le feu qui consumait la terre n’était pas répandu par la main humaine mais tombait des cieux. Selon l’Exode, ce torrent de destruction poursuivait son œuvre.

Exode – Le lin et l’orge furent frappés: car l’orge était en épi et le lin bouillait.

Papyrus – Mais le blé et le seigle, n’étant pas sortis de terre, furent épargnés.

Mais ce fut la plaie suivante qui provoqua l’aridité totale des champs. D’après le Papyrus Ipuwer et le livre de l’Exode (9.31-32 et 10.15), il fut impossible de fournir à la Couronne son tribut de blé et de seigle. De même, selon

Exode 7.21 – Et les poissons de la rivière moururent.

Il n’y eut plus de poisson pour approvisionner la maison royale.

Papyrus 10:3-6 – La Basse Egypte pleure. Tout le palais se trouve sans revenus. Blé, orge, oies et poissons qui lui appartiennent (de droit).

Les champs sont entièrement dévastés:

Exode 10.15 – Sur toute la terre d’Egypte ne subsistait aucune verdure ni sur les arbres ni dans les champs.

Papyrus 6:3 – En vérité, la semence a péri de toutes parts.

Papyrus 5:12 – En vérité, tout ce qui hier encore était visible a péri. La terre est aussi dénudée qu’après la coupe du lin.»60

Puis Velikovsky évoque la dernière plaie mortelle, celle où furent tués tous les fils aînés des Egyptiens.

«Exode 12.30 – Et Pharaon se leva pendant la nuit, lui, et tous ses serviteurs, et tous les Egyptiens; et ce fut en Egypte une grande clameur: car il n’y avait pas une maison où il n’y eut pas de mort. (…)

Exode 12.29 – A minuit, le Seigneur frappa tous les premiers-nés des Egyptiens, depuis le premier-né du pharaon assis sur son trône jusqu’aux premiers-nés des prisonniers dans leur cachot.

Papyrus 4:3 – En vérité, les enfants des princes sont écrasés contre les murs.

Papyrus 6:12 – Les enfants des princes sont précipités dans les rues.»61

Pour abréger, passons à la destruction du pharaon et de son armée dans la mer Rouge et à la plaie des ténèbres qui l’a précédée.

«Papyrus – Au milieu des désordres sauvages de la nature ‹sa majesté du pays de Shou› rassembla ses armées et leur ordonna de le suivre dans des régions où, leur promit-il, ils verraient de nouveau la lumière: ‹Nous verrons notre père Ra-Harakhti dans la région lumineuse de Bakhit.› Sous couvert de l’obscurité, les envahisseurs venus du désert, arrivèrent aux frontières de l’Egypte: ‹sa majesté de Shou partit combattre les compagnons d’Apopi› dieu féroce des ténèbres. Le roi et ses hommes ne revinrent jamais; ils périrent:

Papyrus – Quand la majesté de Ra-Harmachis (Harakhti?) se battit contre les ‹mauvais› dans ces marais ou ‹Lieu des Tourbillons›, les ‹mauvais› n’eurent pas raison de sa majesté. Mais sa majesté fit un bond dans ce qu’on appelle le ‹Lieu des Tourbillons›.

Et le livre de l’Exode dit:

Exode 14.27-28 – La mer rentra dans son lit… et les Egyptiens en fuyant la rencontrèrent; et le Seigneur culbuta les Egyptiens au milieu de la mer.

Et les eaux refluèrent, et recouvrirent chars et cavaliers et toute l’armée du pharaon qui avait pénétré avec eux dans la mer. Pharaon lui-même périt: 15.19 ‹car lorsque la cavalerie de Pharaon avec ses chars et ses cavaliers étaient entrés dans la mer, le Seigneur fit refluer ses eaux sur eux›. Les sources égyptiennes et hébraïques donnent de l’histoire des ténèbres en Egypte des images quasi similaires. La mort du pharaon dans les eaux tourbillonnantes est semblable dans les deux récits et l’importance de ces similitudes est renforcée car les deux versions signalent que le pharaon périt dans un tourbillon pendant, ou juste après, les jours de profonde obscurité et de violente tempête. Cependant une ressemblance frappante ne signifie pas une identité parfaite. On peut considérer que les deux récits sont similaires à condition de ne pas imputer au hasard les détails trouvés dans les deux versions. On a décrit le pharaon, à la tête de son armée en marche, alors que le grand cataclysme affectait la résidence royale et que la tempête obscurcissait la terre. Il arriva en un lieu ainsi désigné:

Papyrus – Sa Majesté (ici, les mots manquent) se trouva en un lieu appelé ‹Pi-Kharoti›.

On rapporte quelques lignes plus loin qu’il fut projeté avec force. La masse d’eau tourbillonnante le propulsa dans les airs; il s’envola vers le ciel. Il était mort. Le traducteur explique la désignation de ce lieu géographique de la façon suivante: ‹Pi-Kharoti›: ‹n’est connu que par cet exemple›.

Cette tentative d’identifier les versions hébraïques et égyptiennes s’avérera correcte si la localité où périt le pharaon se trouve sur les rives de la mer du Passage:

Exode 14.9 – Mais les Egyptiens se lancèrent à leur poursuite, tous les chevaux et les chars de Pharaon… et ils les rejoignirent alors qu’ils campaient au bord de la mer près de Pi-ha-hiroth (Kiroth).

Pi-Kharoti est le Pi-Kiroth du texte hébreu. C’est le même endroit, c’est la même poursuite. Et c’est une erreur de dire qu’on ne trouve ce nom nulle part, excepté sur le monolithe.»62

B) Les Hyksos – Amalécites

Le manuscrit Ipuwer relate alors l’invasion de l’Egypte, suite à ce désastre, par des barbares asiatiques d’une brutalité destructrice effrayante63. Qui donc pouvaient être ces envahisseurs? Velikovsky démontre d’une part, à travers une documentation abondante et précise, que ces envahisseurs ne pouvaient être que les célèbres rois bergers, les Hyksos. Puis en comparant à nouveau le papyrus Ipuwer avec le Pentateuque et de nombreuses sources arabes, il en vient à la conclusion que ces Hyksos n’étaient autres que les Amalécites rencontrés par les Israélites lors de leur départ d’Egypte et qui pénétraient dans une Egypte incapable de se défendre, ceci au moment même où les Israélites quittaient le royaume des pharaons. Après une analyse fouillée des sources disponibles, Velikovsky tire les conclusions suivantes, tout d’abord sur l’histoire connue des Hyksos-Amu, ces fameux rois bergers qui firent tant souffrir les habitants de l’Egypte:

«Amalécites et Hyksos forment-ils un seul peuple ou deux peuples différents? Pour répondre à cette question, nous mettrons en parallèle les preuves historiques vues dans les pages précédentes [pages 72-104]. Poussé par un gigantesque cataclysme, un peuple nommé Amu ou Hyksos envahit l’Egypte. L’eau des rivières ‹était changée en sang›. La terre tremblait. L’Egypte n’opposa aucune résistance aux envahisseurs. Les occupants furent d’une extrême cruauté; ils mutilèrent les blessés et amputèrent les captifs; ils incendièrent les villes; ils détruisirent sauvagement monuments et objets d’art, ils rasèrent les temples; ils méprisaient les sentiments religieux des Egyptiens.

Ils réduisirent les Egyptiens en esclavage, les écrasèrent de leurs taxes. Ils venaient d’Asie, on les appelaient Arabes, mais ils avaient aussi des traits chamitiques. Ils étaient bergers et excellaient au tir à l’arc: leurs rois furent des pharaons en Egypte; ils gouvernèrent aussi la Syrie et Canaan, les îles de la Méditerranée ainsi que d’autres contrées, et furent sans rivaux pendant longtemps.

Les Amu édifièrent une imposante forteresse à l’est du delta du Nil. Ils appauvrirent le peuple égyptien en ravageant les champs avec leur bétail juste avant les moissons. Deux de leurs rois au moins se nommèrent Apop (traduit avec prudence); ils furent tous deux exceptionnels, l’un au début, l’autre à la fin de la période.

Du Proche au Moyen-Orient, de nombreux pays subirent la domination de ce peuple. Leurs dynasties furent au pouvoir durant cinq cents ans et c’est une armée étrangère qui mit fin à leur règne en assiégeant leur forteresse-résidence sur la rivière. Une partie de la population cernée fut autorisée à quitter la place forte; le lit du torrent fut le théâtre de l’événement crucial du siège et de la prise d’assaut de la citadelle. Le siège déclencha l’effondrement de l’empire des Amu; l’Egypte recouvra sa liberté et les envahisseurs expulsés se regroupèrent au sud de Canaan, dans la place forte de Sharuhen où leur armée résista quelques années encore. Cette forteresse cananéenne fut à son tour assiégée. Le siège se prolongea et, finalement, la cité fut prise d’assaut, ses défenseurs tués et les quelques survivants dispersés. La forteresse perdit toute importance. Après cette date, l’Egypte nourrit contre eux un profond sentiment de haine.»64

Voici pour ce que l’on sait des Amu-Hyksos. Venons-en maintenant à ce que Velikovsky a pu découvrir des Amalécites qu’il identifie avec les Amu-Hyksos:

«Les Amalécites formaient l’autre peuple. Ils quittèrent l’Arabie après une série de plaies et un violent séisme. Nombre d’entre eux furent noyés durant cette fuite par une inondation soudaine qui balaya l’Arabie. Ils croisèrent les Israélites qui abandonnaient l’Egypte ruinée par une gigantesque catastrophe. Au cours de cette tragédie, l’eau de la rivière se teinta de rouge sang, la terre trembla et un raz-de-marée survint. Les envahisseurs venus d’Arabie occupèrent le sud de la Palestine en même temps qu’ils se dirigeaient vers l’Egypte où ils ne rencontrèrent aucune résistance. Apparemment, ces conquérants Amalécites venus d’Arabie avaient du sang hamitique dans leurs veines. Ils possédaient d’immenses troupeaux qui effectuaient leurs transhumances en ravageant les champs les uns après les autres. Ils furent d’une cruauté indescriptible et cela de mille manières: ils mutilaient et amputaient les blessés et les prisonniers, ils volaient les enfants et enlevaient les femmes; ils incendiaient les villes; ils détruisaient les monuments et objets d’art que la catastrophe avait épargnés, ils dépouillèrent l’Egypte de toutes ses richesses. Ils méprisaient les sentiments religieux des Egyptiens.

Les Amalécites construisirent, à la frontière nord-est de l’Egypte, une cité-forteresse d’où leurs chefs devenus pharaons exercèrent leur pouvoir. Leur influence s’étendit sur l’ouest de l’Asie et le nord de l’Afrique et, durant toute la durée de leur suprématie, nul n’entra en compétition avec eux. Ils asservirent les Egyptiens jusqu’à faire d’eux leurs esclaves. Ils édifièrent aussi de petites forteresses en Syrie-Palestine et ils appauvrirent le peuple d’Israël en faisant pâturer périodiquement leur bétail dans les champs. Leur dictature dans le Proche et Moyen-Orient perdura, selon des sources variées durant presque cinq cents ans.

Deux rois Amalécites au moins se nommèrent Agog. Ils furent exceptionnels, l’un régna quelques dizaines d’années après l’Exode, l’autre à la fin de la domination amalécite. Et leur peuple s’associa intimement aux Philistins. La prise de leur forteresse-résidence à la frontière de l’Egypte par Saül, roi d’Israël, signa la fin de leur suprématie. Le lit du torrent (nakhal) fut le théâtre du moment crucial du siège. Mais Saül autorisa une part importante de la garnison à évacuer la citadelle assiégée. Après ce siège et la chute de la forteresse, tout l’Empire amalécite s’effondra, de Havila sur les rives de l’Euphrate jusqu’à ‹l’orient de l’Egypte›. Les survivants se réfugièrent dans les collines du sud de la Palestine où ils édifièrent une cité fortifiée. Mais cette forteresse fut également cernée et, à l’issue d’un siège interminable, fut prise d’assaut. Après quoi, les Amalécites perdirent toute importance. Ils suscitèrent dès lors, dans le peuple d’Israël, une profonde aversion.»65

Velikovsky tire ensuite les conclusions de sa comparaison minutieuse:

«Sur les bases de ce qui précède, on peut conclure sans contestation possible que les Amu des sources égyptiennes et les Amalécites des sources hébraïques et arabes n’étaient pas des peuples différents mais une seule et même nation. Leur désignation est semblable: Amu, ou Omaya, noms fréquemment utilisé chez les Amalécites, étaient synonymes d’Amalécite. Dshauhari (Djauhari), un linguiste arabe du Xe siècle de notre ère, écrivit: ‹D’après la transmission orale, ce nom [Amu ou Omaya] désignait un Amalécite.»

Les Amalécites étaient donc à la fois les Amu et les Hyksos.

«Sans conteste possible, de nombreuses similitudes prouvent cette identité et répondent à une énigme vieille de deux mille deux cents ans: qui donc étaient les Hyksos? En remontant aussi loin que Flavius Josèphe au Ier siècle de notre ère, on constate que cette question était déjà depuis longtemps un sujet de discussion. Les conséquences capitales engendrées par l’identité des Amu-Hyksos et des Amalécites nous ont conduits à exposer et répéter point par point les arguments du présent chapitre. La suite du livre confirmera leur extrême importance.»66

Cette domination des Hyksos sur une Egypte prostrée par le jugement des dix plaies envoyées par Dieu dura plusieurs siècles, ce qui explique l’absence de toute ingérence égyptienne dans la Palestine pendant toute la période des Juges et même jusqu’à la fin du règne de Salomon. Par contre, les Amalécites apparaissent fréquemment pendant l’époque des Juges comme envahisseurs de la Palestine. C’est le roi Saül, note Velikovsky, qui défit les Amalécites-Hyksos et qui délivra l’Egypte de leur joug. C’est sous le successeur de Salomon, Roboam, lors de la division du royaume en deux parties, Juda et Samarie, que toute la puissance de l’Empire de l’Egypte se fit à nouveau sentir sur la Palestine.

Velikovsky tire les conséquences de la reconstruction des relations entre l’Egypte et Israël.

«Nous avons résumé l’histoire des Hyksos et des Amalécites afin de renforcer autant que possible les preuves de leur similitude. Ce n’est pas simplement l’énigme de l’identité des Hyksos qui est mise en jeu mais la structure entière de l’histoire ancienne. Si les catastrophes décrites dans le Papyrus d’Ipuwer et le livre de l’Exode sont les mêmes et si, de plus, les Hyksos et les Amalécites ne forment qu’un seul et même peuple, alors l’histoire du monde telle qu’elle se déroula réellement est totalement différente de celle qui nous fut enseignée.

Pour cette raison, la date exacte de l’Exode est d’une importance capitale: Israël ne quitta pas l’Egypte sous le Nouvel Empire, ainsi que le soutiennent les universitaires, mais à la fin du Moyen Empire.

Toute l’histoire des Hyksos s’étend entre ces deux empires; leur expulsion ne fut ni antérieure, ni similaire à l’Exode. Saül chassa les Hyksos. Leur dernière défaite fut l’œuvre de Joab, officier de David. David vécut au Xe siècle et Saül le précéda sur le trône. Mais comme les érudits considèrent en général que l’expulsion des Hyksos eut lieu en 1580 avant Jésus-Christ, nous nous retrouvons avec une période vierge de presque six cents ans.

Quelle part d’histoire doit être déplacée pour combler ces siècles vierges? Serait-il possible de placer David au XVIe siècle avant notre ère?

Aucun historien, spécialiste de l’histoire ancienne, ne consentirait à modifier l’histoire des rois de Jérusalem d’un siècle, à plus forte raison de six, car cela perturberait toutes les datations et les concepts établis. Les annales bibliques citent la succession des rois de Juda et d’Israël, roi après roi, et donne la durée de leur règne. Si quelques différences ou décalages surgissent ici ou là, dans la double liste des rois de Juda et d’Israël, l’ampleur des écarts diffère et peut porter sur une ou deux décades, mais absolument pas sur des centaines d’années. L’histoire hébraïque est reliée de façon très proche à l’histoire assyrienne. A l’aide de dates communes, le tableau chronologique s’avère si exact que, si l’on hésite devant la date où Sennachérib envahit la Palestine pour la troisième fois en –702 ou –700, en revanche aucun doute ne subsiste quant à l’invasion [totalement impossible!] d’un roi assyrien dans la Jérusalem d’Ezéchiel vers –1280. (…)

L’époque des rois de Jérusalem prit fin lors de l’exil à Babylone quand Nabuchodonosor détruisit Jérusalem en –587 ou –586. Dans la seconde moitié du même siècle, Cyrus le Perse conquit l’empire chaldéen-babylonien. La domination des Perses, roi après roi, et dont la durée de chaque règne fut bien connue des auteurs grecs contemporains, subsista jusqu’à Alexandre le Grand. Où donc pourrions-nous insérer six cents ans? Est-il concevable que six siècles environ aient disparu de l’histoire juive et que cette absence ait provoqué une telle contraction de l’histoire?

Où se situe le moment historique d’un tel gouffre?

Aucune trace de ce vide historique n’existe. Et l’imagination la plus vive ne peut déchirer la succession des années pour créer un espace destiné à des siècles supplémentaires. Par ailleurs, comment l’Histoire pourrait-elle se réduire?

Celle de l’Egypte [dans la chronologie en place] a des bases solides. L’une après l’autre, les dynasties dominèrent en Egypte dès la naissance du Nouvel Empire vers –1580. Leur règne se prolongea jusqu’à l’époque de la suprématie des Perses en –525, consécutive à la victoire de Cambyse, et plus tard jusqu’à l’occupation grecque en –332, succédant au triomphe d’Alexandre le Grand. En conséquence, tout l’espace de temps se trouve comblé par une succession de dynasties et de rois. Non seulement le passé égyptien est établi sans équivoque, mais, de plus, la chronologie égyptienne sert de référence à l’histoire du monde entier.

Les époques des cultures minoennes et mycéniennes de la Crète et de la Grèce continentale sont en parfaite concordance avec la chronologie égyptienne. Les cultures assyriennes, babyloniennes et hittites sont, elles aussi, situées sur le calendrier mondial en fonction de leurs contacts avec l’Egypte historique. Si certains épisodes du passé assyrien et babylonien concernent le peuple juif, on s’aperçoit que l’histoire du pays du Double Fleuve coïncide avec l’histoire juive; par ailleurs, si l’Egypte est impliquée dans certains événements du passé assyrien et babylonien, on constate alors que l’histoire des pays du Double Fleuve coïncide avec celle de l’Egypte.

Or, l’histoire de l’Egypte est décalée de six cents ans en arrière si on la confronte à celle de Juda et d’Israël. Par quel prodigieux, ou plutôt illogique processus, en sommes-nous arrivés là?

Si l’histoire égyptienne est fautive, on peut en déduire qu’elle fut écrite deux fois, et que, par deux fois, les six cents ans furent répétés. En conséquence, la succession des événements survenus chez les autres peuples est fausse. Mais cette déclaration semble présomptueuse et insulte le jugement de nombreuses générations de scientifiques du monde entier qui, tous, étudièrent, analysèrent, écrivirent et enseignèrent l’histoire.

Ces deux alternatives paraissent chimériques: d’une part, la disparition de six cents ans dans l’histoire du peuple juif et d’autre part, la répétition de six cents ans non seulement dans l’histoire égyptienne mais aussi dans celle des autres peuples. Et que Jérusalem en soit au Xe siècle, alors que Thèbes en est au XVIe siècle, relève de l’impossibilité absolue.

Nous ne progresserons que si nous admettons que l’erreur est issue, non pas des faits historiques eux-mêmes, mais des historiens, et qu’en juxtaposant les deux chronologies, siècle par siècle, ou bien nous retrouverons en Palestine les six siècles manquants, ou bien six cents années fantômes seront découvertes en Egypte.»67

Puis Velikovsky explique la manière dont il va procéder pour tenter de résoudre cette énigme:

«J’exposerai les événements consécutifs à l’expulsion des Hyksos-Amalécites, règne par règne et période par période en Egypte et en Palestine, et nous verrons s’ils coïncident, et pour combien de temps.

En avançant à travers les âges, nous serons en mesure d’établir où se trouve l’erreur. Mais avant même de déterminer où se situe cette méprise, nous pouvons conclure à l’extrême confusion des histoires des peuples qui s’aligneraient avec les deux combinaisons.»68

C) La reine de Shaba, Salomon et la prise des trésors du Temple par le pharaon Shishak, sous le règne de roi de Juda, Roboam, fils de Salomon

Fort de cette hypothèse qui opérait une rectification majeure dans la chronologie et l’histoire du Moyen-Orient ancien, en69 plaçant l’Exode non pas,

«(…) sous le Nouvel Empire (…) mais à la fin du moyen Empire»

c’est-à-dire six siècles plus tôt dans la chronologie des dynasties égyptiennes, en faisant avancer l’histoire égyptienne de six siècles, Velikovsky s’exprime dans deux chapitres éblouissants. Dans le premier, il établit l’identité de la reine de Shaba en l’identifiant à la seule femme pharaon de l’histoire de l’Egypte, la reine Hatshepsout. Dans le second, il identifie le pharaon biblique Shishak – qui déroba les trésors du Temple de Jérusalem sous le roi de Judée, Roboam (2 Chroniques 12.2-9) – avec le célèbre fils d’Hatshepsout, Touthmosis III70.

Lors du retour de son pèlerinage à Jérusalem, la reine Hatshepsout-Shaba construisit un temple qui s’appelle le Temple le Plus Splendide de toutes les Splendeurs. Il existe toujours à Deir el Bahari et est construit sur le modèle du Temple de Jérusalem. Elle y réforma le culte en imitation de celui de Juifs et, ce qui nous intéresse au plus haut point ici, grava sur la pierre des murs des monuments érigés par elle pour célébrer sa gloire, le récit imagé de son voyage dans la Terre Sacrée. Les moindres détails de ces bas-reliefs se conforment au récit du périple pharaonique que l’on trouve dans le Premier Livre des Rois. Cette glorieuse XVIIIe dynastie égyptienne ne se place donc pas au XVIe siècle avant Jésus-Christ, mais bel et bien au Xe.

Velikovsky conclut sa remarquable reconstruction historique par ces mots:

«La reconstruction historique proposée ici, en réduisant l’âge du Nouvel Empire de presque six cents ans, situe la reine Hashepsout au Xe et non au XVIe siècle avant Jésus-Christ. Son règne coïncida avec celui de Salomon.»71

Puis, dans le chapitre suivant, il montre que Touthmosis III, fils d’Hatshepsout, devint le plus grand conquérant du Nouvel Empire égyptien. Il régna durant les dernières années de Salomon ainsi que durant le règne de Roboam son fils, roi de Juda. Il conquit la Palestine et se saisit des trésors du Temple de Jérusalem. Velikovsky montre que sur les bas-reliefs de Karnak, où Touthmosis III célébra ses victoires, nous voyons sculptés tous les ustensiles du Temple dérobés par le pharaon conquérant lors de sa prise de Jérusalem. Le détail des objets sculptés sur la pierre égyptienne corrobore clairement la reconstruction proposée par Velikovsky. Ils correspondent très exactement à la description que nous trouvons dans les livres de l’Exode et du Lévitique, des Rois et des Chroniques. Le pharaon d’Egypte qui s’est saisi des trésors du Temple, le Shishak de la Bible, fut en effet Touthmosis III de la XVIIIe dynastie, dynastie à situer historiquement six siècles plus tard que l’on ne le fait habituellement. Velikovsky résume ainsi les conclusions qu’il tire de son analyse historique:

«Dans ce chapitre, la génération qui succéda à la reine Hatshepsout fut étudiée parallèlement à celle qui suivit le roi Salomon. En Egypte, c’était l’ère du pharaon connu dans les livres d’histoire moderne sous le nom de Touthmosis III, en Palestine, c’était le temps de Roboam, fils de Salomon et celui de Jéroboam du royaume du Nord.
»Ces deux pays, l’Egypte et la Palestine, entrèrent en contact. Pharaon envahit Juda et selon les récits à la fois égyptien et biblique ‹conquit toutes les villes›. Il approcha de la capitale nommée Kadesh [ce qui veut dire, ‹ville sainte› en hébreu] dans les annales du pharaon mais appelée à la fois Kadesh et Jérusalem dans les Ecritures.
»La conquête de la Palestine est décrite de façon presque identique dans le livre des Rois, les Chroniques et les annales égyptiennes. Le pays ‹fut dans la confusion›. Après une tentative infructueuse pour se défendre, les forteresses et autres cités se rendirent, les princes et leurs familles se rassemblèrent alors dans la capitale. Avec l’assentiment du roi et des princes, la ville ouvrit largement ses portes, et tous ‹firent allégeance›. Le palais et le Temple furent néanmoins aussitôt pillés, la vaisselle et les meubles emportés en Egypte. La description détaillée de ces objets préservés dans les livres des Rois et les Chroniques cadre parfaitement avec les reproductions gravées sur les murs du temple de Karnak. Les objets sont identiques en nombre, leur aspect et leur élégance sont de la même facture artisanale: autels, bassins, tables, chandeliers, fontaines, vases aux bordures de ‹bourgeons et de fleurs›, tasses en forme de lotus, vases en pierres semi-précieuses et vêtements sacerdotaux, boucliers en or, et portes incrustées de cuivre.
»Sur les bas-reliefs, les captifs symbolisant les villes conquises, ressemblent au peuple de Pount et de la Terre Divine visité par la reine Hatshepsout une génération plus tôt. Ce qui prouve à nouveau combien l’expédition de la reine Hatshepsout avait été pacifique. Parmi les villes acquises par Touthmosis III, certaines avaient été construites par Salomon et Roboam. Elles ne figuraient pas dans la liste de Canaan au temps de la conquête de Josué; cependant, selon la chronologie académique, Touthmosis III précéda Josué.
»On a aussi démontré l’exactitude des textes bibliques faisant référence aux chars en or de Salomon. Ces chars furent rapportés de Palestine en Egypte par le pharaon. Des artisans de Palestine furent aussi employés en Egypte. La Judée devint une colonie et ses sujets furent les vassaux du pharaon. Lors de ses fréquentes expéditions pour collecter les tributs, le pharaon s’empara d’un produit du pays: l’encens; ce qui, soit dit au passage, prouve que l’encens, rapporté de la Terre Divine par Hatshepsout, était bien issu de Palestine. Le pharaon relie en fait les produits de Pount et de la Terre Divine à son voyage en Palestine. Il transplanta même en Egypte les collections botaniques et zoologiques du roi Salomon. Jéroboam, alors qu’il s’était réfugié en Egypte pour échapper à Salomon, épousa Ano, une sœur de la reine. On peut lire son nom sur un vase canope conservé au Metropolitan de New York. Le livre des Rois fait référence à Genoubath, fils de Hadad, roi édomite en exil, né et élevé dans le palais des pharaons aux temps de David et de Salomon. Il est cité dans les annales de Touthmosis III en tant que prince d’un pays soumis à l’impôt par pharaon. L’époque de Hatshepsout correspond donc à celle de Salomon, l’époque de Touthmosis III à celle de Roboam, fils de Salomon, et de Jéroboam, son rival.»72

D) Ras Shamra et El’Amarna

Puis, dans deux chapitres, eux aussi remarquablement documentés, Velikovsky évoque des bibliothèques diplomatiques découvertes d’abord à Ras Shamra en 1928 au nord de la Syrie (pages 199 à 241), puis celle mise à jour, comme nous l’avons vu, quarante ans plus tôt en 1887 à El’Amarna, près de Thèbes, dans la vallée du Nil. Comme nous l’avons déjà vu pour les travaux de James, Velikovsky avait, bien avant lui, identifié les données du site de Ras Shamra, non avec une XVIIIe dynastie égyptienne placée de manière erronée selon la chronologie officielle, de 1500 à 1400 avant Jésus-Christ, mais avec la véritable datation de la XVIIIe dynastie contemporaine de l’art crétois de l’époque, qui va d’environ l’an 1000 à 800 ans avant notre ère, ainsi qu’avec la culture israélite de la même époque, la fin de l’Empire hittite et la montée de la puissance assyrienne. Il résume ses conclusions ainsi:

«Cette recherche s’efforce de faire la lumière sur une erreur excédent plus d’un demi-millénaire dans la chronologie égyptienne classique du Nouvel Empire. Si Akhenaton s’épanouit en –840 et non –1380 [et Amenhopis II et III en –1000 et non en –1500], les céramiques des Mycènes retrouvées dans le palais d’Akhenaton sont plus récentes qu’on ne le pense d’au moins cinq cents ou six cents ans; le Mycénien Récent serait en conséquence avancé de cinq cents ans sur l’échelle du temps. C’est ma conviction que la glorieuse XVIIIe dynastie, le Royaume de David et Salomon, les périodes du Minoen récent débutèrent simultanément autour de 1000 avant Jésus-Christ.»73

Il en est de même pour les fameuses lettres d’El’Amarna provenant du pharaon Amenhopis IV de la fin de la XVIIIe dynastie, mieux connu sous le nom d’Akhenaton le pharaon incestueux et monothéiste. Il en conclut que ce pharaon vécut aux environs de –880 et non six siècles plus tôt, comme on le pense habituellement, et qu’il serait le modèle pris par Sophocle pour la tragédie d’Œdipe74. Velikovsky résume son propos comme suit:

«Mon arme secrète est celle de l’estimation du temps: je réduis de six cents ans l’âge de Thèbes et d’El’Amarna, et je trouve le roi Josaphat à Jérusalem, Ahab en Samarie, Ben-Hadad à Damas. Si ma correction du temps ne m’induit pas en erreur, ils furent bien les rois qui régnèrent à Jérusalem, Samarie et Damas sous la période amarnienne.»75

Il résume ainsi ce que ces chapitres vont chercher à démontrer en détail:

«La vie et les guerres des rois de Syrie et de Palestine durant cette période sont décrites avec force de détails dans les Ecritures et les lettres [d’El’Amarna]; tous ces détails seront placés face à face et comparés, selon leurs sources respectives.»76

De plus, on peut découvrir de nombreuses correspondances entre les lettres de Ras-Shamra, au nord de la Syrie, et celles d’El’Amarna découvertes près de Thèbes.

Pour terminer ce survol trop rapide du travail d’I. Velikovsky, citons quelques-unes de ses conclusions générales:

«En trois chapitres consécutifs, nous avons démontré l’évidence historique de trois générations successives; d’abord en Egypte: Hatshepsout, Touthmosis III, Amenhopis II; et ensuite en Palestine: Salomon, Roboam, Asa; et nous avons trouvé entre eux une correspondance à toute épreuve.
»Il se pourrait que, par accident, une période de l’Egypte ressemble de très près à une autre période et offre ainsi des bases à une fallacieuse coexistence, mais il est tout à fait impossible que trois générations consécutives en Egypte et dans la Palestine voisine, appartenant à deux périodes différentes, puissent présenter des concordances aussi cohérentes parmi tant de détails. Ce qui est d’autant plus saisissant, c’est que le choix de ces trois générations successives en Egypte et en Israël ne fut pas l’effet du hasard, mais nous fut imposé par les similitudes trouvées dans les premiers chapitres et les réflexions qu’elles suscitèrent. Nous avons, dès lors, minutieusement étudié, d’une part, le temps de l’Exode et les siècles ultérieurs jusqu’à Saül et, d’autre part, les derniers jours du Moyen Empire en Egypte et les siècles suivants soumis à la tyrannie des Hyksos, jusqu’à la naissance du Nouvel Empire.»

Et Velikovsky de conclure:

«Ce serait en vérité un miracle si toutes ces coïncidences étaient purement accidentelles.»77

Conclusion

Notre conclusion portera sur une question traitée en filigrane dans toute cette étude, mais que nous abordons enfin ici directement: quelle est la valeur de la chronologie biblique? Nous avons appelé à la barre de l’histoire du Moyen-Orient ancien un certain nombre de spécialistes. Ils nous ont indiqué

  1. les faiblesses internes à la chronologie officielle qui prétend charpenter l’histoire du Moyen-Orient ancien;
  2. les difficultés suscitées par cette chronologie pour l’interprétation des faits de l’histoire du Moyen-Orient ancien;
  3. les synchronismes extraordinaires que l’on découvre dès que la chronologie officielle est corrigée de quelque six cents ans.


En arrière-plan, nous avons pu constater à maintes reprises la sûreté, la fiabilité, la solidité à toute épreuve de la chronologie continue que l’on découvre dans les récits de l’histoire biblique du peuple d’Israël. Ainsi nous terminerons avec quelques mots tirés du beau petit livre de Philip Mauro, Les merveilles de la chronologie biblique.

«Car ce n’est pas une des moindres merveilles du volume sacré que l’on trouve, dans le texte lui-même, une ligne continue d’événements datés qui, commençant avec la création d’Adam, vont se projeter au travers de quarante siècles d’histoire humaine jusqu’à la résurrection de Jésus-Christ et la venue du Saint-Esprit. (…)
»Car la chronologie de la Bible, en contraste avec toute autre chronologie, détient des caractères distinctifs et uniques qui sont si remarquables que l’on peut justement leur attribuer le terme de merveilleux. (…)
»Cette chronologie si merveilleuse a sa propre base, son propre plan, son propre but. Sa base, c’est la Bible elle-même ; son plan est la ligne généalogique, ligne de vie qui s’étend du premier Adam au dernier Adam, du commencement de la vieille création à celui de la nouvelle; et son but est d’amener ceux qui suivent sa progression aux révélations de cette vérité se rapportant à l’œuvre majestueuse de la Rédemption divine et à des leçons pratiques et spirituelles d’une portée immense.»78

  • J.-M. Berthoud est l’auteur de plusieurs livres, éditeur à l’Age d’Homme et directeur de la librairie La Proue, à Lausanne. Cet article reproduit la conférence donnée à Lausanne pour les Rencontres Bible et Monde, le samedi 1er octobre 2005. Copyright, Jean-Marc Berthoud, 2005.

2 Susan A. Handelman, The Slayers of Moses. The Emergence of Rabbinic Interpretation in Modern Literary Theory (Albany: State University of New York Press, 1982); Susan A. Handelman, Fragments of Redemption. Jewish Thought and Literary Theory in Benjamin, Scholem, and Levinas (Indianapolis: Indiana University Press, 1991).

3 Allez savoir! Magazine quadrimestriel de l’Université de Lausanne, n° 32 (juin 2005), 3.

4 T. Röhmer, «La Bible revue et corrigée par l’archéologie» (27-31), Allez savoir, 28.

5 Voyez en particulier: I. Finkelstein et N. Asher Silberman, La Bible dévoilée (Bayard, 2001 et Folio Histoire, 2004).

6 W.G. Dever, Aux origines d’Israël. Quand la Bible a dit vrai (Paris: Bayard, 2005 (2003). Voyez aussi: W.G. Dever, Did the Biblical Writers Know and When Did They Know it? What Archaeology Can Tell Us About the Reality of Ancient Israel (Grand Rapids: Eerdmans, 2001).

7 Ibid., 7.

8 K. Kitchen, On the Reliability of the Old Testament (Grand Rapids: Eerdmans, 2003). Il est frappant de remarquer que dans cet ouvrage de 662 pages, l’auteur, un des plus éminents égyptologues vivants, qui, par-dessus professe des convictions chrétiennes évangéliques, ne semble d’aucune manière se rapporter à aucun élément de l’abondante documentation qui se trouve à la base de notre étude. Voyez également les ouvrages suivants allant dans le même sens: J. Currid, Ancient Egypt and the Od Testament (Grand Rapids: Baker Books, 1997; J.K. Hoffmeier, Israel in Egypt. The Evidence for the Authenticity of the Exodus Tradition (Oxford: Oxford University Press, 1996); C.H. Gordon et G.A. Rendsburg, The Bible and the Ancient Near East (Norton: New York, 1997). Voyez également l’ouvrage collectif édité par D.J. Wiseman, Peoples of Old Testament Times (Oxford: Oxford University Press, 1973).

9 W.G. Dever, op. cit., 11.

10 Ibid., 8.

11 A. et R. Neher, Histoire biblique du peuple d’Israël (Paris: Adrien Maisonneuve,1962), vii-viii.

Un autre auteur juif a pour sa part définitivement démoli la critique du Pentateuch selon la méthode dite des diverses «sources». Il s’agit de l’ouvrage d’U. Cassuto, The Documentary Hypothesis. Eight Lectures (Jérusalem: The Magnes Press, 1961-1941).

Il existe deux histoires plus récentes des peuples bibliques, hébreux et égyptiens, qui elles aussi tiennent compte de manière rigoureuse des documents historiques bibliques. Il s’agit, pour le peuple de la Bible, de D. Rohl, The Lost Testament. From Eden to Exile: the Four-Thousand-Year History of the People of the Bible (London: Century, 2002); et de F. Crombette, Véridique histoire de l’Egypte ancienne (3 volumes) (Tournai: CESHE, 1997).

Plus anciennement, il faut absolument revenir au classique de J. Ussher (1581-1656), The Annals of the World (Master Books, 2003, 1650-1654), point culminant de l’ancienne tradition chrétienne d’étude de la Bible, tant chez les catholiques romains (comme LeMaistre de Sacy dans son merveilleux commentaire de toute la Bible) que chez les réformés, comme H. Bullinger, le réformateur de Zurich.

12 Floyd Nolen Jones, The Chronology of the Old Testament (Master Books), 9. Comme Kitchen, Jones, s’il nomme les spécialistes les plus en vue sur ces questions, omet par contre de mentionner les auteurs allant à contre-courant – et tout particulièrement I. Velikovsky – dont les travaux sont la base de notre étude.

13 I. Velikovsky, Le désordre des siècles (Paris: Le Jardin des Livres, 2005-1952), 34.

14 F.N. Jones, op. cit., 1.

15 Sur cette question, voyez de J. Moorman, Bible Chronology. The Two Great Divides, The Bible for Today. (900 Park Avenue, Collingswood NJ 08108 www.BibleForToday.org), s.d.

16 Nous nous occupons principalement dans cette étude des relations d’Israël avec l’Egypte. Pour ce qui concerne l’Assyrie, voyez: M. Cogan, Imperialism and Religion: Assyria, Judah and Israel in the Eigth and Seventh Centuries B.C.E. (Missoula: Scolars Press, 1974). Pour Babylone et Israël, voyez: D.J. Wiseman, Nebuchadressar and Babylon (Oxford: Oxford University Press, 1991).

17 R. Henry, Synchronised Chronology. Rethinking Middle East Antiquity (New York: Algora, 2003), 13.

18 Manetho, with an English Translation by W.G. Waddell (Loeb Classical Library, Oxford and Harvard University Press, 1997-1940), vii.

19 Manéthon, xvii.

20 Manéthon, xviii.

21 Manéthon, xxi.

22 Manéthon, xxv.

23 Manéthon, xxv.

24 Manéthon, xxv-xxvi.

25 Laquer, Pauly-Wissowa-Kroll cité dans Manéthon, xii.

26 A. et R. Neher, op. cit., xiv-xv.

27 F.E. Manuel, Isaac Newton Historian (Cambridge: Cambridge University Press, 1963).

28 John Crowe, «The Revision of Ancient History – A Perspective» (2001), 7-10, article électronique à consulter sur Internet à l’adresse suivante: www.knowledge.co.uk/sis/ancient.htm

29 E.W. Hengstenberg, Egypt and the Books of Moses. The Books of Moses Illustrated by theMonuments of Egypt (Andover: Allen, Morrill and Wardwell, 1843 (1840). Voyez aussi la réédition récente de l’ouvrage célèbre de E.W. Hengstenberg, Dissertations on the Genuineness of the Pentateuch (Eugene:Wipf and Stock, 2004).

30 E. Havet, Mémoires sur les écrits portant les noms de Bérose et de Manéthon (Paris, 1873).

31 J. Lieblin, Recherches sur la chronologie égyptienne d’après les listes généalogiques (Christiania, 1873), 69.

32 M. Durkin, «Introduction», dans Cecil Torr, Memphis and Mycenae. An examination of Egyptian chronology and its application to the early history of Greece (London: Isis, 1988, C.U.P., 1896), ii-iii.

33 C. Torr, op. cit., 2.

34 C. Torr, op. cit., 2-3.

35 A.S. Yahouda, The Accuracy of the Bible. The Stories of Joseph, the Exodus and Genesis Confirmed and Illustrated by Egyptian Monuments and Language (London: E.P. Hutton, London, 1935), xxvi. Dans une même perspective comparative, voyez Pierre Montet, L’Egypte et la Bible (Neuchâtel: Delachaux et Niestlé, 1959).

36 A.S. Yahouda, op. cit., xxix.

37 A.S. Yahouda, op. cit., p. xxxvii.

38 D.A. Courville, The Exodus Problem and its Ramifications (2 volumes), (Loma Linda: Challenge Books, 1971), xviii-xix.

39 D.A. Courville, op. cit., Tome I, 150.

40 H. E. Winlock, Rise and Fall of the Middle Kingdom, 1917, 93.

41 D. Courville, op. cit., Tome I, 152.

42 Ibid., Tome II, p. 331.

43 J. Dayton, Minerals, Metals, Glazing and Man (London, 1978).

44 John Crowe, «The Revision of Ancient History – A Perspective » (2001), 20.

45 P. James et al, Centuries of Darkness. A challenge to the conventional chronology of Old World archaeology (London: Jonathan Cape, 1991), Ch. VI, 113-141.

46 Ibid., 119.

47 D. Rohl, A Test of Time. The Bible – from Myth to History (London: Arrow, 1995). Voyez également de D. Rohl, Legend. The Genesis of Civilisation (London: Century, 1998), et The Lost Testament. From Eden to Exile: The Five-Thousand-Year History of the People of the Bible (London: Century, 2002). La chronologie de Rohl diffère passablement de celle de Velikovsky.

48 D. Rohl, A Test of Time, Chapter 3, «Les tombeaux royaux de San», 99-117.

49 D. Rohl, A Test of Time, 117.

50 D. Rohl, A Test of Time, Chapter Fifteen, «Joseph the Vizier», 393-452.

51 Pour ce qui en est de la corrélation de l’histoire biblique de Joseph avec l’histoire de l’Egypte, c’est David Rohl qui est le plus éclairant. Il nous faut d’abord comprendre qu’une sécheresse n’aurait aucun sens en Egypte comme source de famine vu que la pluie locale n’a pas d’incidence sur la production agricole qui dépend entièrement des crues du Nil. Il y avait certes sécheresse au Moyen-Orient, ce qui poussa la famille de Jacob en Egypte, mais pas en Haute Egypte, aux sources du Nil, bien au contraire. Rohl dans, A Test of Time (Arrow, 1995, Ch. 15, «Joseph the Vizier», 393-452) montre qu’il y avait des indications marquant les hauteurs des crues maximales annuelles du Nil sur les falaises dominant Semna dans les gorges du Nil dans les Deuxièmes Cataractes du Nil en Haute Egypte où les Pharaons avaient établi de nombreux forts. Selon les mesures faites par Lepsius en 1844 (les gorges se trouvent sous les eaux du Lac Nasser à présent) sous le règne d’Amenemhat III le niveau moyen de crue dans les gorges était de 19 mètres (à la place de 12 mètres en temps normal), ce qui indique un débit d’eau exceptionnel et provoqua une fertilité remarquable grâce à l’augmentation massive des alluvions. Pendant les deux premières décades du règne d’Amenemhat III (selon Rohl, 1682-1641 B.C.) les crues étaient en moyenne de 17 mètres. A partir de la vingtième année d’Amenemhat III et pendant douze années, les crues montèrent à une hauteur moyenne de 21 mètres. Une telle crue devait produire d’immenses inondations en basse Egypte avec des conséquences catastrophiques sur l’agriculture égyptienne. Cela aurait complètement détruit le cycle normal des cultures dans les champs de la vallée du Nil, produisant ainsi une famine durable.

52 R. Henry, Synchronized Chronology. Rethinking Middle East Antiquity (New York: Algora, 2003). Voyez: Emmet J. Sweeney, The Genesis of Israel and Egypt. An Enquiry into the Origins of Egyptian and Hebrew History (London: Janus,1997); The Pyramid Age, (Corby: Domra, 1998).

53 I. Velikovsky, Mondes en collision (Paris: Le Jardin des Livres, 2003-1950) et, Les grands bouleversements terrestres (Paris: Le Jardin des Livres, 2004-1955).

Sur les débats tumultueux suscités dans le monde tranquille de l’Académie par la publication des divers ouvrages de Velikovsky, voyez: Alfred de Grazia, The Velikovsky Affair. The Warfare of Science and Scientism (New York: University Books, 1966); R. Juergens, Velikovsky Reconsidered (Warner Books, 1974-1966); (Editor) C.J. Ransom, The Age of Velikovsky (New York: Delta Books, 1976); H. Bauer, Beyond Velikovsky. The History of a Public Controversy (Chicago: University of Illinois Press, 1984); R. Velikovsky Sharon, Immanuel Velikovsky. The Truth Behind the Torment (Replica Books, 2003); C. Ginenthal, Carl Sagan and Immanuel Velikovsky (New Falcon, 1995); C. Ginenthal et al., Stephen Jay Gould and Immanuel Velikovsky (New York: Ivy Press Books, 1996).

54 Immanuel Velikovsky, Le désordre des siècles, Le Jardin des Livres, Paris, 2005-1952); Œdipe et Akhenaton, Robert Laffont, Paris 1986-1960); Ramses II and his Time, Abacus, 1981-1978); Peoples of the Sea (New York: Doubleday, 1977).

55 Pour une étude approfondie de tout ce débat, voyez l’étude de John Crowe, «The Revision of Ancient History – A Perspective» (2001).

56 R. Henry, op. cit., p. 8.

57 R. Henry, op. cit., 9.

58 I. Velikovsky, Le désordre des siècles, 355.

59 A.H. Gardiner, The Admonitions of an Egyptian Sage from a Hieratic Papyrus in Leiden (Olms Verlag, 1990-1909). Le style de ce papyrus est celui du Moyen Empire.

60 I. Velikovsky, Le désordre des siècles, 45-47.

61 Ibid., 49.

62 I. Velikovsky, Le désordre des siècles, 61-62.

63 Pour une vue traditionnelle des Hyksos, voyez: John Van Seters, The Hyksos. A New Investigation (New Haven: Yale University Press, 1966).

64 Velikovsky, op. cit., 105-106.

65 Velikovsky, op. cit., 104-107.

66 Velikovsky, op. cit., 108.

67 Velikovsky, op. cit., 113-116.

68 Velikovsky, op. cit., 117.

69 Velikovsky, op.cit., 113.

70 Pour une interprétation traditionnelle de la reine Hatshepsout, voyez: C. Desroches Noblecourt, La reine mystérieuse Hatshepsout (Paris: Pygmalion, 2002, J’ai Lu, 2003).

71 Velikovsky, op. cit., 158.

72 Velikovsky, op. cit., 196-198.

73 Velikovsky, op. cit., 202.

74 Velikovsky, Oedipus and Akhnaton (New York: Pocket Books, 1980-1960).

75 Velikovsky, op. cit., 253.

76 Velikovsky, op. cit., 253.

77 Velikovsky, op. cit., 355-356.

78 Philip Mauro, The Wonders of Bible Chronology (Sterling VA: Grace Abounding Ministries, 1987-1933), xi. Nous vous recommandons deux ouvrages modernes, de véritables classiques, consacrés à la chronologie biblique. Le premier est de Martin Anstey, The Chronology of the Old Testament (Grand Rapids: Kregel, 1973. (Cet ouvrage fut d’abord publié en 1913, en deux volumes, sous le titre The Romance of Biblical Chronology.) Le second, plus récent, est de Floyd Nolen Jones, The Chronology of the Old Testament (Master Books, 2005-1993). Pour une étude systématique de la chronologie dans la perspective officielle, voyez: Jack Finegan, Handbook of Biblical Chronology. Principles of Time Reckoning in the Ancient World and Problems of Chronology in the Bible (Princeton: Princeton University Press, 1964, Hendrickson Reprint, 1998).

Sur l’exactitude et le sens profond des généalogies de Jésus-Christ placées au début des évangiles de Matthieu et de Luc, nous vous recommandons l’ouvrage magistral de Jacques Masson, Jésus Fils de David dans les généalogies de Saint Matthieu et de Saint Luc (Paris: Téqui, 1982). Sur l’historicité de la vie de Jésus-Christ, voyez l’ouvrage essentiel d’Arthur Loth, Jésus-Christ dans l’histoire (Paris: Guibert, 2003). Sur la question des généalogies bibliques, voyez les ouvrages suivants écrits dans la perspective traditionnelle: Marshall D. Johnson, The Purpose of the Biblical Genealogies (Eugene: Wipf and Stock, 2002-1969); Robert R. Wilson, Genealogy and History in the Biblical World (New Haven: Yale University Press, 1977). Sur la question des calendriers en usage et son incidence sur la chronologie, voyez Roger Beckwith, Calendar and Chronology, Jewish and Christian. Biblical, Intertestamental Studies (Brill: Leiden, 2001).