BERTHOUD Jean-Marc - Editorial: Désintégration de l'autorité publique

De Calvinisme
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Nous devons aujourd'hui constater les dernières conséquences de l'apostasie de nos sociétés. Il est possible de les observer dans bien des domaines, dans l'enseignement, dans les arts, dans l'économie, etc. et surtout dans la vie et dans l'enseignement des Églises. Prenons un exemple. Il devient évident pour ceux qui observent la vie scientifique de près que la science moderne, qui a donné un tel prestige à la civilisation occidentale, ne pourra survivre à la disparition du terreau culturel chrétien qui lui a donné naissance. Car l'amour de la vérité, l'honnêteté, le travail consciencieux, l'intégrité morale et, avant tout, le cadre stable d'un univers créé, sont indispensables au développement fructueux de la science. Sans parler du fait que la connaissance vient du Seigneur, Créateur, Soutien et Ordonnateur de l'univers et de ses lois: « Christ, en qui sont cachés tous les trésors de la science et de la connaissance» (Colossiens 2 :3). Toute autorité véritable, c'est-à-dire tout pouvoir politique efficace vient toujours de Dieu (Romains 13). Quand les autorités politiques d'un pays se détournent de Dieu et de Ses lois, elles deviennent inaptes au gouvernement des hommes. En se détournant de la Source et de la Norme de leur pouvoir, les autorités établies deviennent incapables de diriger les institutions que Dieu leur a confiées pour le bien de ceux qu'ils doivent gouverner.1I faut ainsi choisir entre l'exercice d'une autorité bienfaisante venant de Dieu et exercée selon les critères de la Loi divine, et l'apparition d'une force politique arbitraire telle que nous l'observons dans les États totalitaires. Nos démocraties ayant renoncé à l'origine divine de l'autorité politique - chez nous le SOUVERAIN n est jamais Dieu mais le peuple - et se fondant sur un état de droit arbitraire retenu par aucune limite quelconque - il n'y a plus de critère pour distinguer le bien du mal. Ne voulant pas non plus appuyer leur autorité sur la seule force, elles se trouvent dans une situation paradoxale: un État monolithique plus puissant que tout ce que le passé a jamais produit, est aujourd'hui dirigé par les hommes politiques les plus faibles et les plus pusillanimes que nos nations aient jamais engendrés. La situation politique de l'Europe est aujourd'hui particulièrement inquiétante. 1992 verra l'unification économique complète du Marché Commun. Ceci créera le marché le plus vaste et le plus riche du monde, L'Europe du Marché Commun pourra rivaliser même avec les États-Unis sur les plans financiers, commerciaux et technologiques. Mais la primauté de l'économie qui a présidé à la construction de l'Europe du Marché Commun (contre l'avis d'Européens de la première heure tels que le comte Coudenhove-Kalergi et l'Archiduc Otto de Habsbourg), a entra7- né de grandes faiblesses. Car la puissance matérielle de notre vieux continent va de pair avec de graves divisions politiques, l'absence de toute vision commune et surtout un fait apparemment inamovible : une faiblesse militaire effrayante. Que peut-on construire de durable sur le sable d'intérêts simplement économiques? La richesse matérielle mariée au vide militaire ne peut que nourrir les convoitises des puissants et provoquer la plus dangereuse des situations stratégiques. A cette situation dangereuse s'ajoute une absence, sans doute, plus grave encore. Il n'existe guère d'hommes d'État sur notre continent qui aient véritablement conscience de la gravité de cette situation et des dangers multiples qui nous menacent. Nos chefs politiques actuels sont, pour la plupart, des politiciens pragmatiques, des hommes dépourvus de convictions et trop souvent sans caractère, intéressés avant tout par la détention du pouvoir et par sa préservation. Ils n'ont pas de vision politique et même s'ils en avaient, on peut douter de leur volonté et de leur ténacité à la mettre en pratique. De tels hommes politiques sont légion et c'est à eux que les destinées de l'Europe sont confiées. Lorsqu'il arrive qu'ils font profession de Christianisme, ils montrent qu'ils ne connaissent guère cette force spirituelle qui est le fruit d'une Foi véritable accompagnée de l'obéissance aux commandements de Dieu. Car la Foi accompagnée d'obéissance permet à celui qui l'exerce de résister à l'opinion, d'œuvrer à contre-courant, et de renverser les obstacles qu'un monde de plus en plus contraire à la volonté de Dieu met sur son chemin. Il devient alors clair que ce que nous appelons la « démocratie » ne peut fonctionner comme régime politique utile au bien de la nation (et non à sa destruction inévitable) que si une forte proportion des citoyens sont des hommes intègres et responsables capables de résister aux prétentions démagogiques de la classe politique en place. Prenons un exemple, celui de la lutte engagée par le Département de l'Instruction Publique et des Cultes dans les écoles publiques du canton de Vaud pour tenter d'enrayer le développement du SIDA parmi notre jeunesse. Au lieu de faire un usage prudent de la puissance de l'État moderne (comme ce fut le cas dans le combat public contre la syphilis avant la guerre) pour limiter la croissance du fléau, nos autorités semblent avoir été paralysées dans leur action par la crainte qu'ils éprouvent de l'opinion publique. L'électorat étant devenu leur dieu, ils ne peuvent que se plier devant les groupes de pression les plus puissants, et surtout devant le plus monstrueux d'entre tous, les médias. La campagne de propagande lancée par le Département dans les écoles pour informer les jeunes des dangers du SIDA a connu trois étapes: (a) des consignes adressées aux enseignants; (b) une exposition destinée aux apprentis et aux gym na siens ; (c) une brochure distribuée à tous les adolescents fréquentant les écoles de l'État. L'ensemble de ces mesures constitue un acte d'incitation de la jeunesse à la débauche par l'État lui-même. Si les lois réprimant ce genre de délits connaissaient un minimum d'application par nos tribunaux, bon nombre des responsables de notre enseignement se trouveraient devant les tribunaux. Mais il est certain que nos magistrats et pédagogues pour la plupart ne cherchent aucunement à corrompre sexuellement la jeunesse de notre canton. Ils ne font que céder devant ce qu'ils imaginent être l'opinion. Ils s'aplatissent moralement et spirituellement face à ce qui est leur dieu, leur idole, le peuple et son prophète infaillible, les média. Ainsi la carence de nos autorités ouvre toute grande la porte aux éléments plus corrompus de notre looi6té, leur permettant d'utiliser la puissance de l'État pour répandre leur pourriture è travers la société toute entière. Il découle de ces considérations que notre plus grand problème aujourd'hui ne provient pas de la puissance démesurée de l'État moderne - quelque gravité que puisse revêtir ce problème - mais de la vanité, de la pusillanimité et de l'imbécillité morale de nos dirigeants politiques. L'autorité morale et politique, le courage et la vision nécessaires pour diriger une nation pour son bien viennent d'abord d'une Foi véritable en Dieu manifestée dans l'obéissance à Ses commandements. Où ces vertus sont absentes la main qui tient le glaive s'affaiblit et le mal prend immanquablement le dessus. La fonction divinement instituée du Magistrat de résister au mal afin d'encourager le bien n'est tout simplement plus exercée. Sur le plan extérieur cette situation nous oblige à poser la question suivante : comment une Europe dirigée par de tels hommes pourra-t-elle résister au Léviathan militaire et psycho-politique au-delà du rideau de fer? Avec le retrait des missiles intermédiaires américains, qui pourra nous protéger de la supériorité écrasante des forces conventionnelles du Pacte de Varsovie? Sans parler de l'illusion de croire que les Soviétiques respecteraient des engagements internationaux contraires à leurs intérêts et le fait que les SS20 désuets sont déjà, apparemment, en voie de remplacement par des armes plus sophistiquées. Avec la perte de caractère de nos élites, avec la disparition de ces vertus que sont l'intégrité, le courage et la lucidité devant le mal, qui saura résister à l'offensive de séduction de Gorbatchev qui, comme le dit le proverbe, sourit de ses dents de devant et mord avec ses molaires? Qui serait prêt à nous appeler à « la sueur, au sang et aux larmes» maintenant que le Secrétaire d'état Shultz accomplit pour l'Europe ce que le Secrétaire d'État Kissinger avait si bien fait pour le Vietnam? Que Dieu nous protège de tels alliés, de tels ennemis! La seule réponse militaire raisonnable à l'isolationnisme américain qui se prépare serait d'armer les divisions allemandes de l'OTAN d'ogive. nucléaires stratégiques à neutron. Mais l'obsession soigneusement cultivée par nos médias des dangers passés aux dépens des menaces les plus actuelles rend l'application d'une telle idée parfaitement invraisemblable. Il se pourrait fort bien que ceux qui affirment que la finlandisation de l'Europe soit déjà avancée aient raison et que nous soyons proche d'une satellisation soviétique en douceur. Certainement nos péchés innombrables contre Dieu et contre les hommes appellent sur nous de tels jugements. Notre espoir est dans la miséricorde de Dieu qui châtie ceux qu'il aime. «Quand le pays est en révolte, les chefs sont nombreux; Mais avec un homme qui a de l'intelligence et de la science, Le règne se prolonge.» Proverbes 28:2