BERTHOUD Jean-Marc - Editorial - La famine de la Parole de Dieu

De Calvinisme
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Jésus la lumière du monde

Le Christ entier dans L’Ecriture entière

Est annoncé, décrit et proclamé

Au monde entier baigné dans Sa Lumière,

Sauvant pas Lui ceux qu’elle a transformés !

Car l’Evangile est de toute évidence

Le grand canal divin nous révélant

En Jésus-Christ, la vie en Sa Puissance

Et Sa Grâce, exauçant ceux l’évoquant.

Combien sied-il à ceux qui l’ont reçue,

Qu’un tel flambeau, d’eux se voie en tous lieux.

POUR QUE D’AUTRES REVIVENT A SA VUE,

Et à leur tour chantent l’amour de Dieu !

Jean Badan

Echichens, 1993

L’homme pécheur, éloigné de Dieu, dans sa quête sans espoir et sans fin d’un Absolu, d’une Vérité, se fabrique arbitrairement un espace sacré et le meuble de ses idoles. C’est ce sacré contrefait que le Dieu saint révélé par la Bible est venu renverser à travers toute l’histoire du salut. Cette histoire de notre salut n’est autre que celle de l’irruption de la sainteté divine (le véritable sacré) dans l’espace et le temps d’une création déchue.

Cette irruption du Dieu véritable dans notre histoire trouva son apogée et sa gloire la plus éclatante dans l’Incarnation du Fils éternel de Dieu qui, au début du premier siècle, assuma notre nature en la personne unique de Jésus-Christ, tout à la fois le charpentier de Nazareth et Dieu le Fils Lui-même, deuxième Personne de la Sainte Trinité. La Bible n’est rien d’autre que le témoignage d’hommes divinement inspirés attestant de manière infaillible cette épopée, cette geste royale de l’entrée de Dieu dans l’histoire des hommes. C’est ainsi que la Bible, la Sainte Ecriture, la Parole Sacrée de Dieu, est le lieu par excellence et la manifestation prééminente du sacré dans notre monde.

C’est pour cette raison que la Bible, au travers des âges, a continuellement fait l’objet d’attaques incessantes de la part de tous ceux qui ne pouvaient supporter le témoignage de la Vérité divine, témoignage divin qui récusait leurs prétentions à établir par eux-mêmes un domaine sacré factice et arbitraire.

  • L’Orthodoxie orientale fut bien rapidement tentée de vouloir substituer à l’autorité de la seule Parole de Dieu, celle des Pères. Lesquels, pourrions-nous demander ? C’est dans les paroles faillibles des Pères qu’elle vint à placer le siège du sacré ici-bas, substituant cette autorité humaine à celle du témoignage que Dieu se rend à Lui-même dans l’Écriture. Comme si l’apostolicité de l’Église se plaçait dans les paroles faillibles des confesseurs de la vérité !
  • L’Église de Rome en vint, elle, à attaquer la catholicité de l’Église en accordant une prééminence quasi divine à son évêque, au Pape. Celui-ci en arriva ainsi à prétendre détenir en sa seule personne toutes les fonctions apostoliques. Il devenait de cette manière le lieu et la source du sacré ici-bas – la hiérarchie romaine, par voie de succession sacramentelle directe, participait en partie à cette vertu. Ce que le Magistère infaillible de Rome décrétait être sacré, l’était ou le devenait. Voilà comment l’Église médiévale multiplia démesurément le sacré. On assista souvent même à la récupération du sacré mythique et factice du paganisme, paganisme que le Christ était venu renverser et abolir. En plus elle y ajouta de nombreuses autres formes de son invention. C’est ainsi qu’au Moyen-Age un sacré de pure fabrication humaine vint à s’étendre à de nombreux aspects de l’espace et du temps. Nommons en quelques-uns : infaillibilité pseudo-apostolique du pape, développement du nombre des sacrements, pouvoir quasi-magique d’une caste sacrée, le clergé, objets sacrés (reliques), jours et lieux saints, etc., etc. Le tout n’ayant en général guère de rapport avec les enseignements de la Bible. Pour ce qui concerne cette dernière, remarquons que l’Église romaine ne diminua jamais, ni n’atténua d’aucune manière, son caractère sacré. Elle en préserva scrupuleusement le texte sacré, mais en plus y ajouta des textes profanes, dits apocryphes, qui n’avaient jamais été acceptés ni par les Juifs, ni par le Christ ou les apôtres. Elle les inséra arbitrairement dans l’Ancien Testament pour étayer certaines de ses doctrines erronées.
  • Mais la Réforme, qui appliqua si violemment la hache et la scie de la Parole de Dieu à cette forêt luxuriante d’un sacré d’origine humaine, se fit iconoclaste et sacroclaste dans le but unique de remettre en pleine lumière cette Sainte Écriture de Dieu. Les Pères de la Réformation ne firent rien d’autre que de travailler au décapage de toutes ces excroissances du sacré. Car les écrits bibliques des apôtres et des prophètes, témoins infailliblement inspirés, avaient pour but de dégager à la vue de tous la sainteté, la beauté et la vérité du témoignage authentique que Dieu se rendait à lui-même et à ses propres oeuvres. Ainsi s’ouvrit, pour un temps hélas trop court, une époque où l’application de cette Sainte Parole à tous les domaines de la vie et des activités des hommes conduisit à la sanctification — à la véritable sacralisation — de toutes les vocations humaines à travers des personnes régénérées par l’Esprit Saint et rendues, du moins de manière partielle ici-bas, capables de conformer en Jésus-Christ leurs pensées, leurs sentiments, leurs actions et leurs institutions aux pensées mêmes de Dieu révélées dans la Sainte Ecriture.
  • Mais l’éclat et la beauté de cette renaissance chrétienne, la splendeur de ce retour aux lumières de la Vérité divine, fut malheureusement d’une durée trop courte. La Réforme passa comme un printemps fugitif et le Protestantisme, marqué par les lumières acides et glaciales d’une critique rationaliste, lame de fond d’une puissant mouvement de révolte de la fin du Moyen Age contre l’Alliance originelle de Dieu avec sa Création, renversa, dans tous les domaines, l’ordre sacré que Dieu avait établi avec ses créatures. Il s’attaqua avec une virulence et une persistance diaboliques au coeur unique du seul sacré authentique rétabli à sa place d’honneur par la Réforme, le témoignage même de Dieu, son Ecriture inspirée. Ainsi s’ouvrit cet âge moderne du refus absolu de tout sacré ne provenant pas de l’homme lui-même. Cette sécularisation protestante du monde en vint à établir en consensus universel d’une solidité de béton l’idée mensongère que Dieu ne pouvait se révéler, ni verbalement, ni intelligiblement aux hommes. Jamais l’Eglise médiévale, jamais l’Eglise romaine d’avant Vatican II, n’eût idée de s’en prendre de cette manière à la source du sacré, à la Sainte Ecriture de Dieu. Certes Rome, en ajoutant au texte de la Bible des livres profanes, pécha, si l’on peut dire, par excès de sacré. Le Protestantisme lui — libéral, moderniste, néo-orthodoxe, démocratique — de la Post-Réforme fit infiniment plus : il abolit, dans la pensée de ceux qui suivirent les seules lumières de la raison critique de l’homme, la notion même d’une Écriture qui serait Sainte, d’un livre au caractère Sacré, séparé des livres profanes par cette inspiration divine dont Dieu aurait visité ses auteurs humains.

Aujourd’hui l’attaque contre la Bible se fait plus profonde, plus radicale, plus insidieuse. Et cette nouvelle agression nous vient du côté le plus inattendu, de la part de ceux qui se sont donné pour vocation même de défendre le caractère inaltérable de cette Ecriture divine. Ceux que l’on appelle aujourd’hui les néo-évangéliques — pour les distinguer des Évangéliques véritables, héritiers et des Pères de l’Église et des Pères de la Réformation — ont, comme d’autres avant eux, trahi le dépôt sacré dont ils avaient la charge.

Le libéralisme sous toutes ses formes (modernisme, néo-orthodoxie barthienne, etc.) a attaqué les soubassements philosophiques et historiques de la Foi. Le libéralisme est d’ailleurs d’un uniformisme désolant. Car, fidèle à la philosophie idéaliste (Descartes, Kant, et presque tous les modernes), le libéral donne plus de crédit aux lumières subjectives de sa seule raison faillible qu’aux réalités de la Révélation divine manifestées tant dans la création que dans l’Écriture. La critique historique et littéraire (la fameuse méthode historico-critique) est devenue l’arme redoutable du combat pour neutraliser l’efficacité puissante de la Parole de Dieu. Ce libéralisme protestant a maintenant acquis un caractère véritablement œcuménique depuis son assimilation officielle par l’Église romaine par les décrets du Concile Vatican II. Il s’attaque aux structures formelles, tant historiques que littéraires, de la Bible. Il s’en prend, bien évidemment, au caractère spécial et aux attributs sacrés de ce livre. Il vise, pourrait-on dire, aux aspects extérieurs de la Parole écrite de Dieu, à sa crédibilité, cherchant à détruire la foi et l’intelligence théologique du peuple de Dieu. L’application cohérente de la méthode historico-critique à l’étude de la Bible a pour effet de rendre toute prédication fidèle au contenu des Ecritures strictement impossible. Une fois cette attaque admise, l’accès à la Parole de Dieu est largement fermé pour ceux qui se soumettent aux méthodes critiques. Mais, dans une large mesure, le texte lui-même demeurait intacte. Preuve en est que l’acceptation d’un tel esprit critique, ayant le pouvoir de dissoudre toute foi chrétienne véritable, ne conduit pas nécessairement à la destruction du texte lui-même dans les traductions qui en sont faites. Il en résulte que nous pouvons sans peine lire et comprendre véritablement la Parole de Dieu dans des versions d’inspiration libérale telles que la TOB ou la Bible de Jérusalem. Ceci demeure vrai malgré toutes les critiques que nous devons inévitablement apporter à de tels travaux. Ce fait est d’autant plus remarquable que la plupart des traducteurs qui ont travaillé à ces versions étaient animés d’un esprit critique coupable à l’égard de la pensée écrite de Dieu dans le texte qu’ils traduisaient. Nous voyons ici également la puissante main de Dieu qui, selon ses promesses, préserve sa Parole des pires attaques de ses ennemis.

Aujourd’hui, avec l’apparition de traductions — peut-on encore utiliser ce terme ? — néo-évangéliques fondées sur les principes développés par certains courants de la linguistique contemporaine, on touche au caractère sacré du texte même de la Bible. Ces traducteurs néo-évangéliques se sont nourris des fumées décevantes et trompeuses d’une linguistique marquée au sceau dissolvant du mépris de tout rapport réel entre le mot et la chose ; entre le Verbe créateur, le verbe humain qui nomme l’objet créé, et la création ; entre la Parole dite par Dieu, sa Parole écrite par des hommes et les réalités spirituelles, morales, intellectuelles, sociales, historiques et scientifiques qu’elle nomme. Pour cette linguistique nominaliste, comme on l’appelle, les noms des choses de l’univers créé sont du ressort exclusif de l’homme qui nomme à sa guise, selon sa fantaisie et sans permanence dans l’usage, tout ce qui rencontre son attention. Car cette pensée foncièrement athée est sans Dieu créateur, sans Dieu qui se révéle intelligiblement. Pour elle il n’y a de permanence ni dans la pensée ni dans la réalité. Elle est évolutionniste pour la nature et, pour la pensée, en constant état de changement. Cette pensée typiquement moderne a cédé entièrement à la tentation du jardin d’Eden, qui fut celle d’utiliser le langage humain sans Dieu et contre Dieu. Avec la bénédiction de la linguistique moderne, c’est l’homme qui, ayant goûté de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, décide de lui-même ce qui est bien et ce qui est mal.

Il n’est alors guère étonnant de constater que l’application de méthodes aussi perverses à la traduction de la Bible en vienne, en toute bonne conscience, à s’attaquer aux mots eux-mêmes du texte sacré. C’est ainsi que des savants néo-évangéliques, naïfs ou inconscients, peu importe, en cherchant à appliquer de telles méthodes à la traduction des Écritures, parviennent à malaxer et à broyer la Parole de Dieu, à dissoudre la Vérité divine entre les deux meules implacables d’une philosophie nominaliste et de sa soeur jumelle, la linguistique moderne.

C’est ainsi qu’on en est venu à la traduction de la Bible par la méthode dite d’équivalence dynamique ou fonctionnelle dont les travaux de Charles Taber et d’Eugène Nida sont des exemples typiques. Ces méthodes sont couramment appliquées par certains traducteurs de la très évangélique Société Wycliffe, association qui se consacre à la traduction de la Bible en des langues non encore écrites. Ce procédé, en mettant l’accent prioritaire, non sur les mots à traduire d’une langue dans une autre, ni au sens précis qu’il faut rendre, mais sur ce qu’on appelle avec élégance “la compréhension contextualisée des récepteurs”, parvient, avec une singulière efficacité, à vider l’Ecriture Sainte de son sens propre et à le remplacer par un sens souvent de l’invention du traducteur.

C’est ce que nous pouvons appeler bibliquement la mondanisation, la sécularisation de la traduction de la Parole de Dieu, et par ce fait de la Parole divine elle-même. Jamais nos libéraux, nos modernistes ou nos néo-orthodoxes, dans leurs rêves de rébellion les plus insensés, n’auraient imaginé pouvoir porter une telle atteinte au caractère sacré du texte biblique. Ce que les libéraux n’ont pas fait nos traducteurs néo-évangéliques l’ont réussi. L’erreur critique des Protestants libéraux, par sa désacralisation de la Bible, fut beaucoup plus néfaste pour le témoignage de la Parole de Dieu que la sursacralisation catholique romaine. Avec crainte et tremblement nous devons reconnaître que les néo-évangéliques de cette fin du XXe siècle ont, à leur tour, par leur sécularisation linguistique, commis un attentat bien plus grave encore à l’encontre de l’Ecriture sacrée du Dieu vivant, que leurs prédécesseurs libéraux et catholiques. Face à une forfaiture d’une telle ampleur, face à une trahison qui vient de si loin et qui, sous la prétention de mieux répandre l’Évangile, détruit le texte de la Parole écrite de Dieu dans les traductions qu’elle propose, nous ne pouvons qu’exprimer notre crainte des jugements de Dieu sur son Église, et nous séparer avec une terreur sacrée d’hommes qui ont osé, avec une audace folle, porter ainsi atteinte aux Paroles mêmes de la vie éternelle.