BERTHOUD Jean-Marc - Editorial - La neutralité active de la Suisse et la crise Yougoslave

De Calvinisme
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Dans la confusion internationale actuelle, les propos d’un ancien diplomate suisse cités par Alain Campiotti dans un article du 27 août l992 du Nouveau Quotidien font un contraste heureux. Quoi de plus sensé que sa suggestion qu’il aurait fallu rechercher dès le début du conflit, à obliger toutes les parties dans la guerre civile Yougoslave — et non seulement la Serbie et le Monténégro — par des contraintes effectives à négocier un réglement qui tiendrait compte des réalités historiques et sociologiques en présence ?

Mais pour qu’un travail aussi délicat de conciliation diplomatique puisse avoir le moindre espoir d’aboutir, il était indispensable qu’il puisse exister un Etat sur l’échéquier international apte à offrir ses bons offices à toutes les parties en présence. C’est ici, comme me le faisait remarquer récemment un ami Yougoslave, qu’apparaît un des éléments de cette tragédie dont on n’a guère relevé l’importance : la disparition de la scène internationale de la politique de neutralité active de la Suisse.

Car, dans un monde qui, après avoir vécu une longue confrontation entre blocs, cherche aujourd’hui à mettre sur pied une politique illusoire de consensus mondial, l’existence d’Etats capables d’inspirer la confiance aux parties engagées dans des conflits nationaux, (inévitables dans un monde déchu), est absolument indispensable à toute recherche de paix. La Suisse a longtemps joué ce rôle si utile d’entremetteur diplomatique discret dans d’innombrables situations conflictuelles et cela pour le bien de la paix dans le monde.

Cet héritage diplomatique si précieux a depuis la Guerre du Golfe malheureusement été jeté aux orties par nos autorités fédérales, ceci dans l’espoir de jouer un rôle plus direct dans l’élaboration du consensus mondial — forcément utopique — qui cherche aujourd’hui si péniblement à se constituer. A la politique des bons offices, qui a fait la gloire de notre diplomatie et donné à notre pays une importance sur la scène du monde sans commune mesure avec son étendue, on a préféré la politique des bonnes places à prendre par tous les moyens et au prix de tous les renoncements. Dans un proche avenir nous verrons — nous le voyons déjà — les effets néfastes pour le rôle véritable de notre pays dans le monde, que produisent les petites ambitions de nos grands politiciens. Evidemment, tout le trésor de confiance internationale accumulé durant tout un siècle par le travail de nos diplomates élaborant avec patience et intégrité la politique extérieure de neutralité active de la Suisse aura été inutilement dissipé par notre nouvelle diplomatie de l’entrisme à tout prix. Mais nous devons aussi nous dire que ce rôle de conciliateur qu’a si longtemps joué notre pays n’est sans doute pas conciliable avec sa déchristianisation radicale.

Il devient, par ailleurs, de plus en plus clair, que ce consensus international en gestation n’est pas aussi pacifique ni angélique qu’il le prétend. Dans cette partie du monde, il est de toute évidence animé d’une volonté de pogrom international à l’intention de la nation Serbe. La culpabilisation moralisante que l’Occident veut à tout prix faire peser sur ce pays — qui devient ainsi le bouc émissaire auquel nous faisons hypocritement porter le poids insupportable de nos vices — ressort très clairement des propos du ministre des Affaires Etrangères de l’Allemagne, cités dans ce même numéro du Nouveau Quotidien. Ecoutons bien ce que nous dit M. Klaus Kinkel : “… en politique, la question cruciale est la suivante: d’où vient la source principale du mal ? La réponse est évidente : à Belgrade !” De tels propos, en donnant un rôle messianique à la politique internationale (extirper le mal !), se doivent de diaboliser une des parties dans cette guerre civile. Ils rendent ainsi impossible, par myopie moralisatrice, toute recherche impartiale du bien commun international et, par conséquent, toute solution négociée au conflit.

En plus, ce jugement implacable contre une seule des parties du conflit est émis par le représentant d’un pays qui porte d’importantes responsabilités dans l’extension du conflit. Car c’est l’Allemagne qui, la première (avec le Vatican), a poussé à la dislocation de la Fédération Yougoslave en insistant sur la reconnaissance internationale de la secession unilatérale de la Croatie et de la Slovénie. Il est utile de rappeler que l’Allemagne n’a guère été connue dans l’histoire de notre siècle comme une des principales sources de bien dans cette partie de l’Europe. Il est, par ailleurs, moralement absurde et porteur d’effrayantes menaces de faire peser toute la responsabilité du mal sur une seule des parties dans une guerre civile. Une mémoire historique un peu plus sensible aurait du inciter M. Kinkel à émettre des propos un peu plus réservés.

N’oublions pas non plus ici que, sous le patronage particulièrement moral des armées du Troisième Reich, les Oustachis Croates d’Ante Pavelic exterminèrent près d’un million de Serbes (sans parler des Juifs et des Tsiganes) dont le plus grand nombre vivaient dans cette Bosnie aujourd’hui mise à feu et à sang et dont une partie est occupée par l’armée Croate de Croatie. Il est aussi utile de rappeler que dans les Balkans, l’idée d’une politique de purification ethnique provient historiquement de cette politique Croate d’extermination des Serbes. C’est avant tout la réactivation contre les Serbes vivant en Croatie (leur pays) de l’ébauche d’une telle politique de purification nationale qui a mis le feu à la poudrière Yougoslave.

Comment alors expliquer la condamnation unilatérale si injuste et si dangereuse de la Serbie par le consensus quasiment unanime des medias et des gouvernements de l’Occident ?

Il est manifeste qu’aujourd’hui nous parvenons à nouveau à un de ces tournants de l’histoire amené par l’accumulation de plus en plus éhontée des vices ouvertement étalés de la civilisation occidentale — drogue, occultisme, corruption à tous les niveaux, avortements assurés par l’Etat et euthanasie larvée, immoralité sexuelle élevée au niveau de vertu, société de plus en plus maffieuse, etc. Cette pourriture morale provoque un sentiment objectif de culpabilité que personne ne veut aujourdhui reconnaître. Cette culpabilité collective d’une civilisation ne peut être effacée hors du sacrifice de Jésus-Christ, bouc émissaire divin du pécheur repentant. Ceux qui refusent, par leur repentance sincère de placer leur confiance dans le pardon de Dieu, finissent toujours par reporter leurs fautes sur un bouc émissaire social, religieux, racial ou ethnique. Cette fois la haine moralisatrice de l’Occident ne se tourne pas contre les Juifs. Mais une fois le sort des Serbes réglé, soyons certains que chrétiens et juifs passeront eux aussi comme de coutume, dans le collimateur de la justification sanglante des bons par la mort des méchants.