BERTHOUD Jean-Marc - La conversion de l'évêque luthérien français à l'Eglise catholique romaine

De Calvinisme
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La « conversion » de l’évêque luthérien français Michel Viot à l’Eglise Catholique romaine et la mystification de l’accord luthéro-romain du 31 octobre 1999 sur la justification Justification par la grâce par le moyen de la foi

Version luthéro-romaine de la fin du deuxième millénaire

Nous confessons ensemble que le pécheur est justifié au moyen de la foi en l’œuvre salvatrice de Dieu en Christ ; ce salut lui est offert par l’Esprit Saint dans le baptême en tant que fondement de toute sa vie chrétienne. Dans la foi justifiante, la personne humaine place sa confiance en la promesse miséricordieuse de Dieu, une confiance qui inclut l’espérance placée en Dieu et l’amour. Cette foi est active dans l’amour ; c’est pour cela que le chrétien ne peut et ne doit pas demeurer sans œuvres. Mais tout ce qui dans la personne humaine précède et suit le don libre de la foi n’est pas la cause de la justification et ne la mérite pas[1].

De la justification

Confession d’Augsbourg, 1530

De même, elles [les Eglises] enseignent que les hommes ne peuvent être justifiés devant Dieu par leurs propres forces, par leurs propres mérites ou par leurs propres œuvres, mais qu’ils sont justifiés sans contrepartie aucune au moyen de la foi, à cause du Christ, s’ils croient qu’ils sont reçus en grâce et que leurs péchés leur sont remis à cause du Christ qui par sa mort a satisfait pour nos péchés. C’est cette foi que Dieu compte comme justice devant lui Rom. 3 et 4[2].
L’événement spectaculaire de la conversion à Rome de l’Inspecteur ecclésiastique luthérien Michel Viot, annoncé par une pleine page du journal catholique français, La Croix le 16 juillet dernier, (information reprise le lendemain par le quotidien parisien, Le Monde), n’aurait guère retenu l’attention de Résister et Construire si Michel Viot ne l’avait pas justifié théologiquement en évoquant le fait qui avait précipité sa décision, l’accord signé le 31 octobre 1999 entre des représentants de l’Eglise catholique romaine et ceux de la Fédération luthérienne mondiale sur « La doctrine de la justification ». Voici ce qu’il répondit à la question suivante du journaliste de La Croix qui le questionnait sur les motifs de son changement de position à la fois doctrinale et ecclésiastique : Comment êtes-vous parvenu à prendre une telle décision ? L’obstacle majeur a été levé le 31 octobre 1999 : ce jour-là les luthériens et les Catholiques signaient ensemble une Déclaration commune sur la doctrine de la justification. Cette question fut à l’époque de Luther, le motif essentiel de rupture. Cet accord représentait donc pour moi une étape historique. Dès lors, je ne voyais pas pourquoi maintenir le schisme[3]. Michel Viot qui est célibataire est connu pour ses positions théologiques assez conservatrices, mais aussi pour son exercice de fonctions très élevées dans la franc-maçonnerie et en particulier dans la Grande loge de France dont il démissionna pour préparer son entrée dans l’Eglise catholique romaine. Qu’en est-il de cet accord luthéro-romain sur la justification, accord qui a eu le bonheur de tant plaire au pasteur Michel Viot ?

I. Le flou dialectique du langage de l’accord

Ce texte n’a absolument pas la clarté de pensée et la netteté de ton des formulations confessionnelles et symboliques de l’Eglise qui cherchent à définir avec la plus grande précision et exactitude, le contenu précis de la foi sur un point ou l’autre où elle est attaquée. Bien plutôt, tant de la part des interlocuteurs catholiques romains que du côté luthérien on semble s’évertuer à patauger dans le flou verbal le plus mou. Pour les auteurs de ces textes, les distinctions si exactes de leurs traditions dogmatiques et ecclésiastiques semblent n’avoir jamais existé.
Ce texte œcuménique – comme beaucoup d’autres productions de ce genre – ressemble bien plutôt à un accord diplomatique qu’à un texte doctrinal où l’on cherche à définir des formulations dogmatiques aussi exactes que possible. Il n’y est guère question de vérité bien que le mot apparaisse deux ou trois fois au pluriel. L’accord recherché semble bien plus horizontal que vertical, intéresser plus les hommes que Dieu. Par contre certains mots apparaissent avec une régularité impressionnante. Parmi les plus significatifs sont : dialogue, dépassement, commun et consensus.
Ces indications n’ont rien d’arbitraire, car dans ce texte nous nous trouvons en présence d’un exercice de dialectique hégélienne appliquée à la théologie. Le dialogue, entre la thèse catholique traditionnelle sur la justification et l‘antithèse luthérienne, permet le dépassement des deux positions apparemment antithétiques (le principe de non-contradiction prend au passage un rude coup) pour aboutir à un consensus commun, tel que le définit de manière toute provisoire ce document et qui doit maintenant unir les deux confessions dépassant de manière dialectique les positions anciennes. Mais il ne s’agit que d’une nouvelle étape dans la marche vers un accord éventuel complet entre les parties séparées. Il est à remarquer que ce type de dynamique de pensée est propre à la fois à la praxis marxiste et à la fabrication de la vérité qui est le travail essentiel qui s’accomplit dans les loges maçonniques. Il n’est guère difficile de comprendre qu’un ancien haut dignitaire franc-maçon tout fraîchement débarrassé de ses responsabilités dans la Grande loge de France se soit trouvé si à l’aise avec un tel document.

II. Retour vers la seule autorité ecclésiale légitime : l’Eglise catholique romaine

Ce document, malgré quelques cas où la désignation d’église est attribuée aux luthériens, a tendance à reconnaître le statut d’église à part entière à la seule Eglise catholique romaine. Cette attitude traditionnelle de l’Eglise romaine est devenue beaucoup plus évidente avec le document Dominus Jesus où la volonté dominatrice ancestrale de cette institution apparaît en toute clarté.
La lecture attentive de l’ensemble du texte montre que les signataires romains n’ont en réalité fait aucune concession à leurs interlocuteurs luthériens quant aux grandes doctrines liées à la justification qui ont suscité une si vive opposition et de si violents anathèmes de la part du Concile de Trente.

  • On y trouve toujours la même confusion entre la Justification et la Sanctification.
  • On y trouve toujours la même incompréhension du caractère purement extrinsèque de la Justification du pécheur, transaction dans laquelle il n’a aucune part et qui se passe uniquement entre le Père et le Fils ; le Père exerçant sur son Fils le juste jugement que nous méritions tous. Incomparable manifestation d’amour divin pour des créatures sans mérites.
  • On n’y trouve pas le mot seul, « Justification par la foi seule », vu que la Justification reste confondue avec la Sanctification.
  • La Justification y serait communiquée par le sacrement du Baptême.
  • La Justification pardonne les péchés et rend juste.

Il semble bien que dans ce document ce soit l’ambition d’atteindre l’unité institutionnelle qui prime très largement sur la quête de la vérité théologique, telle que Dieu nous l’a infailliblement révélée dans la Bible.
Par contre sur tous ces points, les Luthériens font des concessions invraisemblables. Ils ne comprennent plus, ni l’importance doctrinale et spirituelle des questions débattues ni même leurs propres textes confessionnels. Il semblerait que Dieu les ait affligés d’un aveuglement pour mieux les livrer à leurs ennemis traditionnels. Serions-nous devant le désaveu de Dieu face à la promotion pendant plus de deux siècles par cette église des inepties et des erreurs mortelles de cette critique rationaliste de la Bible qui a infesté presque toute la Chrétienté ?
A aucun moment dans ce texte il n’est fait clairement mention de l’œuvre de la croix de Golgotha comme lieu où se serait effectivement accomplie la justification des impies que nous étions tous. L’infusion de la grâce qui procure au Chrétien la sanctification, œuvre qui débute par la régénération est constamment confondue avec l’imputation de la justice qui est, elle, le fondement de la justification. Cette imputation, qui consiste en le transfert de notre péché sur le Christ et de sa justice sur nous, n’est jamais affirmée, et encore moins expliquée de façon claire. La façon dont s’effectue notre justification au moyen de cette double imputation n’est pas non plus expliquée. A aucun moment ce texte nous montre comment il se fait qu’un pécheur puisse être trouvé juste par Dieu.
En fait l’Evangile fait entièrement défaut à ce document.
Il n’est pas difficile alors de comprendre comment un haut dignitaire de la franc-maçonnerie française, tout haut fonctionnaire luthérien qu’il puisse être, se soit trouvé aussi à l’aise avec un document aussi peu chrétien. L’ère des taupes spirituelles serait-elle vraiment close ?

Notes et références

  1. Eglise Catholique – Fédération Luthérienne Mondiale, La doctrine de la justification. Déclaration commune, Cerf, Paris, 1999, p. 69.
  2. Philipp Melanchthon, La Confession d’Augsbourg et l’Apologie, Cerf, Paris, 1889, p. 55.
  3. La Croix, 16 juillet 2001, p. 16.