BERTHOUD Jean-Marc - Note sur la subsidiarité

De Calvinisme
Aller à : navigation, rechercher

On a parfois rapproché le principe catholique de subsidiarité de celui développé par le théologien, et homme d’Etat hollandais de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, Abraham Kuyper. Cet enseignement fut fortement développé par son successeur, le philosophe calviniste Hermann Dooyeweerd. Il s’agit de la doctrine de la souveraineté de chaque institution (ou ordre de pensée) dans son propre cercle.

Mais, malgré des ressemblances certaines, surtout dans les effets sociaux de ces deux doctrines, elles témoignent d’orientations très différentes.

Pour la doctrine sociale catholique (fortement influencée ici par Aristote) le principe de subsidiarité assure la relative autonomie des corps intermédiaires entre l’individu et le grand tout, l’Etat ou entre les Eglises locales et l’Eglise catholique romaine. Il s’agit d’une conception pyramidale et totalisante de la société. Cette doctrine a cours dans la conception romaine de l’Eglise: toute autorité ecclésiastique découlerait d’un point central et totalement souverain, le Pape.

Pour la vision réformée de la société, Dieu accorde à chaque institution légitime et indépendante une sphère, un cercle d’action et une autorité qui dérive pas nécessairement d’une autorité terrestre supérieure, mais de Dieu lui-même, duquel découle directement tout pouvoir ici-bas. Car toute autorité (pas seulement celle de l’Etat) provient de Dieu (Romains XIII). Certes la famille, l’école, l’Eglise locale, l’entreprise, font partie d’ensembles plus grands avec lesquels ils entretiennent des rapports variés. Ils sont tous, par exemple, soumis, de manière certes variable, aux lois de la société à laquelle ils appartiennent. Mais ils ne peuvent en aucune manière être considérés simplement comme des corps intermédiaires (comme le veut la doctrine catholique de subsidiarité) entre l’individu et l’Etat, tenant leur légitimité institutionnelle d’un pouvoir terrestre supérieur. Il s’avère même qu’une autorité première, le canton suisse par exemple, puisse déléguer unepartie de son autorité à un organisme plus vaste, la Confédération Hélvétique. De même cette autorité supérieure, qu’est la famille, peut déléguer certains de ses droits (éducatifs par exemple) à une institution de son choix, tout en gardant le droit de reprendre cette autorité déléguée.

Une vision pyramidale de l’autorité sociale telle que celle qu’implique le principe de subsidiartité dont on parle tant en ce qui concerne le Traité de Maastricht, contient des germes certains de totalitarisme. Il va sans dire que la perspective réformée une telle vision institutionnelle plurielle de la vie sociale (on pourrait dire fédéraliste) qui affirme l’autonomie sociale des diverses institutions dont est faite la société, ne peut être confond avec un pluralisme idéologique. Cette conception plurielle le la légitimité finale des institutions doit à son tour être soumise et couronnée par l’autorité, placée au-dessus de toutes les institutions humaines (Eglise et Etat compris), de la loi souveraine de Dieu révélée dans toute la Bible, Ancien et Nouveau Testament, ordre suprême établi par Dieu pour sa création.