BERTHOUD Pierre - Couple et famille

De Calvinisme
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Si nous considérons les dix commandements que le Seigneur donne à son peuple sur le Mont Sinaï par l'intermédiaire de Moïse, nous en trouvons deux, et même trois, qui concernent le couple ou la famille. C'est dire leur importance dans la perspective biblique:

  • le cinquième commandement « Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel ton Dieu te donne »,
  • le septième commandement « Tu ne commettras pas d'adultère »,
  • et nous pourrions ajouter le dernier commandement « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain ».

Situation de la famille aujourd'hui

Nous vivons une époque déterminante sur plus d'un plan, tout particulièrement en ce qui concerne les relations humaines, le couple et la famille. Il suffit de voir révolution du statut matrimonial, depuis 1965, pour en être convaincu. Nous le savons tous: le mariage en tant que tel - le passage devant le maire - est en baisse. Nombreux sont nos contemporains qui ne l'envisagent même plus. A cela s'ajoute un nombre croissant de divorces. On a cru pouvoir trouver, dans la cohabitation, une solution aux problèmes qui pouvaient exister à l'intérieur d'un couple, à cause de l'institution du mariage. On constate aujourd'hui que les cohabitants se séparent eux aussi très fréquemment et qu'on va même de plus en plus vers une relation occasionnelle, du moment, de l'instant, chacun habitant de son côté. Sur un autre plan, nous constatons depuis 1965 une baisse considérable de la natalité, à tel point que les dirigeants politiques s'occupent maintenant de faire face à cette hémorragie. On assiste aujourd'hui à un regain de la natalité en France. Mais il faut être prudent et vigilant. Parallèlement à cet éclatement du couple, nous sommes confrontés à un affaiblissement de la famille en tant que .cellule de base de la société humaine. Beaucoup de gens ne voient pas du tout pourquoi ils auraient à créer une cellule familiale en entrant dans une relation durable telle que le mariage. Le nombre des divorces a eu des conséquences catastrophiques, de sorte que le tissu social de notre pays est dans un état de déchirure dramatique. On pouvait lire dans un journal récent le titre suivant: « L'enfant déchiré» ? Un enfant est le signe de l'unité d'un couple. Nécessairement, si ce couple est déchiré, c'est aussi l'enfant qui est divisé, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur sa personnalité et son avenir. Tableau biblique de la famille Dans la perspective biblique, la famille est la cellule de base de la communauté humaine. Cette famille est fondée sur la réalité d'un couple durable. Avec les secousses qui ébranlent le couple et la famille, c'est l'ensemble de la communauté sociale qui est menacé. D' où, le malaise que nous ressentons tous. A la lumière de la Parole de Dieu, toujours actuelle, nous pouvons redresser la situation à la fois à l'intérieur de nos vies et à l'intérieur de nos sociétés. Le cinquième commandement que nous avons évoqué, constitue le lien entre la première partie du décalogue et ce qui suit. Il affirme avec force la centralité de la famille dans les relations humaines et sociales. C'est par l'intermédiaire des parents que l'enfant ou les enfants qui naissent dans cette cellule de base vont découvrir l'image de Dieu leur Père. A travers l'instruction et l'éducation que les parents vont donner, les enfants - qui feront partie de la société à venir - vont découvrir la nature véritable de ce Dieu qui les a créés, entourés qu'ils sont depuis leur tendre enfance de cette affection dont ils ont tant besoin pour croître et mûrir. Sans le lien conjugal, il n'y a pas de famille. C'est ce que vient nous rappeler le septième commandement, qui n'est pas un commandement négatif. Il affirme l'importance du mariage et du couple par rapport à la famille. Le couple précède la famille et la famille n'est qu'un supplément à la vie du couple. La création d'un couple n'est pas seulement une affaire privée concernant deux individus. Dans l'éthique individuelle et sociale d'Israël, elle est, au-delà des sentiments et des passions, une affaire sociale et civile. Ce commandement suppose tout l'enseignement de la Genèse selon lequel la sexualité est un don de Dieu au couple reconnu légitime (Genèse 1 et 2). Par ailleurs, l'être humain est un être « avec ... » Il n'est pas appelé à vivre dans la solitude la plus totale par rapport à son voisin, par rapport à son prochain, mais il est fait pour la relation avec l'autre; avec le tout Autre mais aussi avec le vis-à-VIS, avec celui qui est son compagnon de chemin. Mais l'être humain n'est pas seulement un être « avec», il n'a pas seulement une vocation communautaire: il est invité, selon l'ordre de Dieu à entrer dans une relation « homme-femme». La nature de ce rapport est celui de la similitude. L'homme et la femme sont égaux devant Dieu. Ils sont appelés à se rencontrer l'un l'autre. L'homme et la femme sont appelés à la communication l'un avec l'autre. Ils sont appelés à remplir cette solitude fondamentale que tout être humain éprouve en lui-même. Mais s'il y a similitude dans ce rapport, égalité entre l'homme et la femme, il y a aussi différenciation, altérité, complémentarité. Il n'y a pas d'unité réelle sans différence. En effet, la diversité est essentielle au niveau des relations humaines. Or, dans le couple, c'est cela que la Genèse nous invite à découvrir: la réalité de cette égalité dans la diversité et de cette complémentarité dans l'unité. Enfin, la Genèse nous rappelle aussi qu'à l'intérieur de cette relation il y a toujours un ordre, il existe une fonction, une responsabilité exercée dans la diversité et selon les charismes que le Seigneur a donnés. Ceci est vrai à l'intérieur même de la Trinité - nous l'avons vu tout à l'heure dans les Ephésiens - cela est vrai aussi à l'intérieur du couple. Il y a une hiérarchie de fonction qui n'entame en rien l'unité et l'égalité fondamentale, et qui n'est pas un appauvrissement mais au contraire une richesse qui va pouvoir nourrir le couple et lui permettre de vivre vraiment dans la paix, dans la concorde et dans l'harmonie. La Genèse affirme aussi que le contexte dans lequel on doit vivre sa vie de couple est bel et bien le mariage. Et quand je dis le mariage, je parle de l'institution du mariage qui seule s'enracine, non pas dans des habitudes sociales ou dans des explications qui seraient d'ordre psychanalytique, mais dans l'intention de Dieu. Dieu veut le couple et il veut le couple institué, le couple « mari-femme », donnés l'un à l'autre sous le regard de l'autorité compétente. Certes le couple a une dimension personnelle, qui invite à l'intimité, à l'amour toujours renouvelé, à une communion toujours plus grande, à une passion toujours plus sereine. Mais l'institution du mariage invite aussi le couple à s'engager devant les hommes et devant Dieu. Le mariage se doit d'être sanctionné par l'autorité responsable de l'ordre social. C'est un contrat, une alliance par laquelle un homme et une femme s'engagent sans contrainte à mener une vie commune et à s'unir, devant les hommes mais aussi devant Dieu. C'est ce qui nous permet d'introduire la dernière dimension qui nous est là évoquée dans la Genèse et qui sera développée tout au long de la Parole de Dieu: la dimension spirituelle du mariage ou si vous voulez, sa dimension chrétienne. Dans la mesure où le mariage encourage à l'unité (spirituelle, culturelle, intellectuelle et physique) la présence du Christ au cœur de la relation conjugale ne peut qu'apporter une dimension nouvelle et approfondie. Écoutons encore à ce sujet ce qu'évoquent de nombreux passages du Nouveau Testament. Vu à la lumière de ce que le Christ nous donne dans sa Parole, le mariage est d'abord un charisme: c'est un don de Dieu. Ce n'est pas simplement un don de la création mais c'est aussi un don de l'Esprit. Nous avons besoin dans nos couples, nos communautés, de cette réalité. L'Esprit du Dieu vivant nous appelle à cette vocation extraordinaire qu'est le mariage. Celui-ci est un reflet du mystère du salut, de l'unité entre Christ et l'Église. Avons-nous vraiment suffisamment médité cette vérité? Nos couples sont-ils réellement le reflet du mystère du salut, de cette réconciliation que Dieu a accompli en Jésus-Christ en faveur des humains? Nos couples sont-ils vraiment le reflet de l'unité en Christ? ou de l'unité que le Christ apporte à l'Église, à la communauté humaine? Sont-ils une image de cette réalité-là? Ensuite le Nouveau Testament nous dit que le mariage est une alliance plénière - non pas partielle mais totale et entière. Elle est exclusive. Il n'y a pas, dans la Révélation Biblique, de mariage communautaire. Il se limite à un homme et à une femme. Elle est durable: non pas pour un instant, non pas pour un temps mais pour le temps de la vie. C'est une alliance durable, plénière et exclusive entre deux enfants de Dieu. Le mariage est encore un choix libre et conscient devant Dieu, devant le Christ qui est le Seigneur de nos vies. Le mariage suscite un comportement qui encourage à la solidarité et à la fraternité chrétiennes. En effet, dans le couple, non seulement les chrétiens sont-ils appelés à l'unité mais aussi à la solidarité réciproque, à la fraternité réciproque. Par là même, ils encouragent la fraternité et à la solidarité dans la vie de l'Église. Et enfin le mariage est une invitation que Dieu adresse à un couple de collaborer à son œuvre créatrice et salvatrice. Créatrice puisque c'est à partir du couple que va naître la famille, les enfants. Salvatrice puisque c'est dans l'éducation chrétienne des enfants que le peuple de l'alliance va grandir, que le peuple de l'Église va croître.

Construire la famille

C'est ainsi que ce couple, dont je viens de brosser très rapidement les traits, va bâtir ensemble cette cellule de la communauté humaine: la famille, la maison, comme l'appelle l'Ancien Testament. Le couple va bâtir une maison, une maisonnée, une famille. Que pouvons-nous dire de cette famille? Tout d'abord qu'à l'intérieur de cette famille, il y a des créatures de Dieu. Nous pouvons donc affirmer à nouveau qu'entre parents et enfants et membres de cette famille, il y a égalité de nature fondamentale. Tous sont créatures créées à l'image de Dieu. Il faudra donc veiller à ce que toute action, toute communication, toute entreprise menées dans cette cellule de base soient menées dans cette perspective-là, dans le respect des créatures existantes la constituant. Si tous sont créés, si tous sont créatures, il y a cependant, à l'intérieur de ces familles, de ces communautés humaines, de ces cellules de base des hiérarchies de responsabilités, qui n'excluent pas les égards et le respect mutuel. D'où l'importance, au cœur même de la famille, de la solidarité et de la fidélité. C'est ainsi que les enfants doivent honorer les parents 1 Et que signifie honorer les parents sinon de les louer, de les aimer, de les respecter? De même les parents doivent éviter d'irriter les enfants, de placer sur leur route des embûches qui les fassent trébucher, de provoquer des désastres dont les conséquences seraient de longue durée, même irrémédiables. Je pense en particulier à un incident de la Bible qui a eu, dans la vie d'une famille, des conséquences catastrophiques. Il s'agit de l'infidélité de David, ce grand roi, ce type du Christ. Si vous prenez le temps de relire l'histoire de David dans les livres de Samuel, vous constaterez une chose tout à fait étonnante: la première partie de son règne se vit dans la paix, la concorde et l'harmonie, aussi bien au niveau de son État qu'au niveau de sa famille; aussi bien au niveau politique que personnel. Or, à un moment donné - vous vous en souvenez très bien et je ne vais pas vous rappeler cela dans les détails - il y a cet événement de l'infidélité, de l'adultère de David avec Bath Shéba. Non seulement de l'adultère de David mais aussi du meurtre du mari de Bath Shéba, parce que David a découvert que Bath Shéba était enceinte à cause de lui. A partir de ce moment-là, aussi bien sur le plan de la vie de famille que sur le plan de la vie politique, il va y avoir désastre sur désastre. D'abord cet enfant qui est né de la relation adultère meurt. Ensuite il y eut l'inceste commis par Amnon avec sa sœur Tamar. Puis le meurtre d'Amnon par Absalom, un autre fils de David. Et ensuite le souci créé par Absalom qui convoite et menace le pouvoir politique de son père. Réfléchissez donc à l'effet de l'infidélité de David sur la pensée et la mentalité de sa famille, de ses enfants. Pensez donc au respect bafoué: les enfants qui apprennent que leur père a commis non seulement l'adultère mais aussi un meurtre pour essayer de couvrir son méfait. Imaginez les répercussions psychologiques et affectives à l'intérieur de cette famille et les conséquences que cela peut avoir. Vous verrez qu'à ce niveau-là, l'Ecriture Sainte est d'un réalisme cru, saisissant. Je pense qu'il serait important de méditer ce genre de situation, de voir la relation de cause à effet entre un certain nombre d'événements qui se passent à l'intérieur des vies des familles des fidèles de nos Églises. Les effets sont liés à ces causes premières. Peut-être que cela nous aiderait au sein même de notre vie familiale à mieux centrer nos relations. Il est donc important que les parents n'irritent pas leurs enfants comme il est important que les enfants honorent leurs parents, les aident, les respectent et prennent soin d'eux. Ajoutons que s'il y a égalité devant Dieu, s'il y a"hiérarchie dans les responsabilités, la communication à l'intérieur de la famille est fondamentale, essentielle, primordiale. Il faut absolument veiller non seulement à la communion mais aussi à la communication. Il est important que les membres d'une famille se parlent, qu'ils partagent leurs pensées, leurs joies, leurs inquiétudes, leurs soucis, leurs projets et qu'ils apprennent à s'apprécier en tant qu'êtres humains créés à l'image de Dieu.

Caractère vivant de la famille

Je voudrais rapidement évoquer maintenant les caractéristiques de la famille, cellule communautaire de base dans notre société. Tout d'abord disons de cette famille que c'est une réalité dynamique. On pourrait la comparer à un mobile en équilibre: chacun exerce sa fonction, son rôle. Ce n'est pas quelque chose de statique mais de dynamique, en mouvement, qui se développe, qui parfois se trouve devant des obstacles, des difficultés, qui doit faire face à ses problèmes et doit grandir et persévérer dans r amour et la vérité de Dieu. Nous pourrions dire aussi bien que c'est une entreprise-pilote. En elle s'incarnent pour la première fois, pour la plupart d'entre nous, des relations humaines. C'est une entreprise-pilote où nous allons apprendre à vivre les uns avec les autres. La société, l'entreprise industrielle, la vie entre les humains n'est-ce pas aussi une question de relation? Si l'apprentissage ne se fait pas dans la cellule familiale où se fera-t-il? Heureusement, Dieu a prévu d'autres communautés pour pallier au manque. Mais quand même, cette famille est là pour être une entreprise-pilote qui incarne nos relations humaines. La famille c'est encore un centre de formation. C'est un thème qui revient sans cesse dans l'Ecriture. Un centre de formation par rapport aux relations humaines, mais aussi par rapport à la vérité. N'est-ce pas dans la famille que les enfants apprennent tout ce qui concerne la Vérité de Dieu? Ses hauts faits? N'est-ce pas dans la famille que les enfants apprennent toute la réalité et la richesse de la Vérité révélée: c'est bien un centre de formation, un relais de la Vérité. C'est aussi un centre de contrôle éducatif. Peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles on s'acharne contre la famille aujourd'hui (en particulier dans les sociétés et les visions politiques qui veulent faire fi de la famille). Car la famille bien comprise, lorsqu'elle est réellement ce centre de formation et d'éducation, devient aussi un centre de contrôle éducatif, un lieu de résistance et de non-soumission aux mensonges qui peuvent se véhiculer dans notre monde. Il est important qu'elle soit un contrôle éducatif. Nous devons nous aussi chercher sans cesse à veiller à ce que nos communautés de familles soient un lieu de réflexion et d'interrogation par rapport à ce que nous recevons tous les jours, de tous les côtés, que ce soit à l'école ou devant le petit écran, ou encore dans les journaux. Combien de fois, vous qui êtes parents, avez-vous eu l'occasion de discuter de tel ou tel film, de telle ou telle information, de tel ou tel événement qui a paru sur le petit écran, avec vos enfants pour essayer de leur inculquer une mentalité vraiment fidèle à l'Evangile de JésusChrist? Si vous ne le faites pas, le monde le fera et un jour vous serez étonnés de voir que vos enfants ne sont plus dans la même ligne que vous et ne reconnaissent plus la personne et l'œuvre de JésusChrist. Ce ne sera pas étonnant: leur mentalité aura été formée ailleurs. Ajoutons encore que la famille est un abri face aux intempéries de la vie. Un abri nécessaire. Nous vivons dans un monde déboussolé qui s'est complètement désorienté. Voilà un havre, un abri: c'est la famille. Non pas pour se réfugier en soi-même-mais pour trouver les forces pour faire face à la réalité, aux engagements de la vie que nous avons dans la société des hommes. Si ce n'est pas dans la famille, où sera-ce? Sera-ce dans nos communautés humaines, dans nos communautés d'Eglises? Peut-être; mais avant tout l'Église doit encourager et bâtir ces familles afin qu'elles soient des familles fortes, enseignées dans la Parole de Dieu. Qu'elles soient vraiment des abris face aux intempéries qui peuvent les menacer et menacer la société humaine 1 Enfin la famille est un musée de souvenirs. L'histoire est importante, en particulier l'histoire de la famille, l'histoire de l'individu. Mais l'histoire de l'Église aussi et l'histoire de la nation à laquelle nous appartenons. Or c'est dans la famille que nous pouvons découvrir tout cela. Si souvent aujourd'hui tant d'individus sont déracinés, tant d'enfants ne savent plus à quel saint se vouer et cherchent dans des paradis artificiels un sens à leur vie. C'est peut-être justement parce que, dans leur famille, ils n'ont plus ce musée de souvenirs, ce lieu où ils peuvent entendre parler de leur histoire familiale individuelle, de l'histoire du peuple auxquels ils appartiennent, du peuple de l'Église et de la nation qui est la leur. Assurément le couple et la famille occupent une place centrale dans la perspective chrétienne.

Dieu premier servi

Mais cette étude serait incomplète si je n'ajoutais pas un dernier point: le couple et la famille, aussi importants soient-ils ne sont pas des fins en soi. Aujourd'hui nous avons découvert l'importance du couple et de la famille et beaucoup de choses se font à ce niveau-là, mais nous ne pouvons pas reconstituer la famille telle quelle, sans autres considérations, comme par enchantement. D'abord il est important de redéfinir le couple (et c'est l'œuvre de l'Église et des chrétiens) par rapport aux ordonnances de Dieu, vivre sous le regard du Seigneur et selon son enseignement, voilà ce qui donne sens au couple et à la famille. Nous vivons à une époque de bien-être matériel qui normalement aurait dû faciliter la mise en œuvre de couples et de familles nombreuses. Or que constatons-nous? Avec le développement du bienêtre matériel, la famille se réduit et le couple est menacé. Il ne suffit pas de réaffirmer l'importance du couple et de la famille pour que tout reparte à nouveau. Encore faut-il donner un sens à cette famille, à ce couple, à l'individu qui les compose. Sans cela il n'y aura pas de renouveau et de réforme à ce niveau dans nos sociétés. Par ailleurs, - et il est important de le souligner - s'il est vrai que le couple et la famille sont fondamentaux dans notre vie d'Eglise et dans notre vie sociale et nationale, nous avons chacun à chercher et à rechercher la volonté de Dieu et la vocation qui est la nôtre. Car nous savons bien, par l'Évangile de Jésus-Christ, dans la nouvelle alliance que tous ne sont pas appelés à cette vocation-là. Il y en a qui sont appelés à vivre la réalité du célibat à la gloire et à l'honneur de Dieu au sein de la nouvelle alliance. Une dernière chose: le couple et la famille ne peuvent pas prendre le dessus par rapport à Dieu et à la volonté du Seigneur. Je dirais qu'il y a là une interpellation d'une importance fondamentale. Je vous rappelle les deux textes lus dans l'Évangile de Marc lorsque Jésus s'est trouvé devant ses parents, sa mère et ses frères, et qu'ils ont voulu le distraire de la volonté de Dieu. Il a posé cette question terrible: « Oui est ma mère? Qui sont mes frères? » ... La volonté de Dieu est prioritaire, fondamentale. Elle est première. La réalité du couple et de la famille ne pourra être vécue dans toute sa plénitude, dans toute sa richesse et toute sa profondeur que si nous comprenons réellement que le Seigneur est le Maître de toute chose et qu'il nous appelle à faire partie de cette famille dont Il est le Père et dont nous sommes les enfants: c'est-à-dire la famille de l'Église. Elle est aussi épouse de Jésus. Elle est celle qui doit se donner à son mari, à son Seigneur afin que le Seigneur produise en elle son fruit et que son fruit soit abondant! Que le Seigneur nous aide, sur les chemins qui sont les nôtres, en ces temps difficiles pour le couple et pour la famille, à marcher dans la fidélité! Qu'il nous aide lorsque nous sommes abattus et découragés, à trouver en Lui l'espérance renouvelée. Qu'il nous aide à comprendre que ce qui est important ce n'est pas de vivre parfaitement la vie du couple et la vie de famille mais de Le laisser présider notre vie de couple et notre vie familiale. Alors les choses pourront progresser et évoluer et un renouveau pourra se manifester et naître dans la réalité de nos vies. Puissions-nous entendre et recevoir cette parole et marcher dans la fidélité et l'espérance avec cette assurance qu'il nous accompagne, qu'il est notre force, notre refuge et notre bouclier!

Pierre Berthoud est le Doyen de la Faculté libre de théologie réformée d'Aix-en-Provence, où il enseigne l'Ancien Testament.

  • Prédication donnée lors de la Conférence UEMP à Paris en novembre 1986. Les sous-titres sont de la rédaction.

Textes bibliques: Genèse 1: 26-28,2: 18·24; Deutéronome 6: 20-25; Proverbes 5: 15-21,6: 20-24; Ephésiens 5:21-6:4; Marc 3:31-35,10:26-31.