BERTHOUD Pierre - La révélation: où trouver Dieu aujourd’hui?

De Calvinisme
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Quel Dieu?

Aujourd’hui, on postule l’existence de l’être plutôt que du non-être. Ainsi, par exemple, l’exposition de vitraux contemporains consacrés au thème de la Genèse qui s’est déroulée en 2000 à Aix-en-Provence. Sur l’affiche de l’exposition composée à partir d’un vitrail créé par Dominique Masset intitulé «Préambule de la Genèse», on pouvait lire cette phrase des plus significative «Pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien?» Cette question nous invite à réfléchir au «pourquoi» de ce quelque chose, c’est-à-dire à l’origine de cette réalité et au sens qui l’habite. Cette interrogation en rejoint une autre, celle du dernier grand tableau de Paul Gauguin intitulé «Que sommes-nous? D’où venons-nous? Où allons-nous?» (Musée d’Art de Boston). Cette fois-ci, le célèbre artiste pose les questions de l’origine, du sens et de la finalité de la destinée humaine.

Si quelque chose existe, quelle en est la nature? La perspective humaniste et matérialiste conduit à postuler que l’ultime réalité est infinie et impersonnelle et qu’elle se définit essentiellement en termes de matière ou d’énergie. Cette conception est aussi inhérente à l’hindouisme qui s’apparente, à bien des égards, au panthéisme. Mais comment alors rendre compte de la complexité de l’univers qui ruisselle d’intelligence et du caractère unique de l’homme qui se distingue des autres créatures? Le désespoir qu’exprime l’œuvre magistrale de Gauguin montre qu’il n’a pas trouvé l’universel qui aurait pu lui apporter sens et sérénité. En revanche, la perspective que proposent les Ecritures présente l’Etre infini et personnel comme l’ultime réalité. Celle-ci offre une réponse à la question des origines qui tient compte de l’unité et de la diversité du réel et met en valeur la dignité de l’être humain puisque ce dernier est créé à l’image de Dieu. Certes, il existe une distance infinie entre le Créateur et la créature, cependant, comme Dieu, l’homme est un être personnel. Doué d’intelligence et de créativité, c’est un être libre et responsable doté d’une conscience morale. Il pense et communique, aime dans la fidélité et choisit en vue d’agir. Ce rapprochement audacieux permet aux auteurs bibliques d’utiliser des anthropomorphismes en tant que métaphores pour parler de Dieu et de le concevoir à l’image de l’homme. C’est précisément le mystère de la Trinité qui permet de mettre en valeur le caractère personnel de Dieu et de concevoir une relation intime avec lui dans laquelle communication, communion et amour sont des composantes essentielles. En refusant cette doctrine, l’islam et le judaïsme mettent l’accent sur l’unité de Dieu et soulignent ainsi sa transcendance et sa majesté au détriment de son caractère personnel.

Blaise Pascal fournit un bon résumé de notre propos dans son Mémorial: «Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus-Christ.»

Le Dieu vivant se dévoile dans la création

Ce Dieu vivant a pris l’initiative de créer toutes choses y compris l’être humain par sa seule parole. L’univers n’est pas une extension de la divinité et celle-ci ne se confond pas avec l’énergie de l’univers. La création a donc une existence propre tout en dépendant de Dieu et en étant soumise à sa providence. Ainsi, celle-ci permet-elle de distinguer entre la cause première et les causes secondes. Si rien n’échappe à la volonté souveraine de Dieu, tout «se déroule selon les règles qui régissent les causalités à l’intérieur du domaine créé» (L. Jaeger). Dès la première page, la Bible affirme la non-autonomie de la création tout entière. L’être humain vit dans le monde de Dieu et l’ensemble de la réalité invite le terrien à tourner son regard vers son ultime vis-à-vis (Ps 19.1-7; Rm 1.19-20). L’analogie entre l’œuvre d’art et la création est ancienne. On la trouve, par exemple, dans un beau passage du livre de la Sagesse qui engage une polémique contre l’idolâtrie et la divinisation des éléments de la nature: «Insensés vraiment, tous ces hommes qui ont ignoré Dieu, et à partir des biens visibles n’ont pas connu celui qui est; n’ont pas reconnu l’artiste (l’artisan) dont ils contemplaient les œuvres…» (Sg 13.1). Cette pensée est d’ailleurs reprise par l’apôtre Paul lorsqu’il écrit: «En effet, ce qui chez Dieu est invisible – sa puissance éternelle et sa divinité – se voit fort bien depuis la création du monde, quand l’intelligence le discerne par ses ouvrages» (Rm 1.20). Ce Dieu, à la fois tout autre et si proche, en se manifestant aux êtres humains les invitent en fait à le chercher (Ac 17.25-28). Cela suppose que, sans un point de référence infini, l’homme ne peut donner un sens durable à son existence. Lorsqu’il cesse de croire en Dieu, souligne G.K. Chesterton, le terrien ne croit pas en rien, mais en autre chose. Il rejoint ainsi saint Augustin dans une prière qu’il adresse à Dieu: «Vous nous avez créés pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il se repose en vous» (Les Confessions I.1). En se dévoilant ainsi, le Seigneur de l’univers et de l’histoire rappelle au terrien qu’il est un vis-à-vis responsable. Il est donc inexcusable puisqu’il ne peut faire appel à son ignorance (Rm 1.20, 21).

Où trouver Dieu?

Cependant cette révélation est insuffisante pour surmonter la rupture entre le Créateur et la créature. En effet, les passages cités plus haut qui évoquent la folie, l’inquiétude et la faute, témoignent d’un dilemme au cœur de l’existence de l’homme. A ce sujet, le diagnostic de l’Ecclésiaste est pertinent: «Dieu a fait l’homme droit, mais il a cherché à raisonner beaucoup »1 (Ec 7.29, BC). On pourrait paraphraser: «a poursuivi ses propres pensées et projets» et s’est ainsi émancipé de la sagesse de Dieu. Le péché consiste à vouloir être sa propre finalité, la mesure de toutes choses, alors que la vocation humaine est d’assumer pleinement sa destinée devant le Créateur. Le dilemme du terrien n’est donc pas métaphysique, lié à l’être, mais moral, lié à l’usage ultérieur de la liberté humaine. Tel est le sens profond du récit de la faute en Eden (Gn 3; Rm 5.12-21). Le péché est incompatible avec la sainteté de Dieu (Es 6.5) et son influence destructrice touche tous les aspects de la personne et de la vie humaines. Sans une intervention divine spécifique dans les domaines de la connaissance et de l’existence, il n’y a aucune issue vraie et durable:

  • Dans la première sphère, la révélation est le moyen privilégié par Dieu pour corriger l’impact néfaste du péché. L’intelligence obscurcie de l’homme a besoin de l’apport de la communication divine pour établir un diagnostic et identifier un remède.
  • Dans la seconde sphère, la rédemption est le moyen privilégié par le Seigneur pour corriger les conséquences désastreuses d’un style de vie qui s’oppose à sa Sagesse-Loi.

Plus qu’un témoignage, les Ecritures sont la révélation, en paroles et en actes, du salut que Dieu a choisi de dévoiler progressivement aux hommes et dont l’accomplissement est en Jésus-Christ, «l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde» (Jn 1.29).

A la question posée: « Où trouver Dieu aujourd’hui?», la réponse de Jésus de Nazareth garde toute son actualité: «Je suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi» (Jn 14.6). Mais plus important encore est d’être trouvé par Dieu, car c’est la grâce du Seigneur et l’illumination du Saint-Esprit qui sont à l’origine de notre quête et lui permet d’aboutir. L’Eglise, corps du Christ, a pour ministère de le proclamer à la croisée des chemins comme au cœur des cités. Il en va de la vie de nos contemporains qui vivent à l’ombre de la mort.


  • P. Berthoud est professeur d’Ancien Testament et d’Apologétique à la Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence. Cet article a déjà paru dans le journal Réforme, n° 3162, 9-15 février 2006.

«Bien des subtilités» (NBS); «a tout compliqué» (BFC).