EDGAR William - Méditation - Le Psaume 87

De Calvinisme
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Un des principaux défis de notre temps est, à l’évidence, la mondialisation. Celle-ci est une épée à double tranchant. D’une part, la mondialisation présente des avantages certains: un échange plus libre, entre les hommes, des idées, des produits. Il est clair qu’une des raisons, non négligeable de la défaite du communisme en l’an 1989 est l’action des médias, grâce auxquels les populations derrière le Rideau de fer ont pu découvrir les conceptions et le style de vie de celles qui vivent en démocratie. En ce qui concerne l’évangélisation, nous pouvons discerner quels avantages considérables existent désormais et nous féliciter du libre accès au message de l’Evangile, de la facilité des voyages, de l’échange des idées théologiques.

Pourtant, d’autre part, les inconvénients de la mondialisation sont bien réels. Un grand danger existe, celui d’un alignement sur un niveau culturel des plus bas. MacDonald est partout et la culture qu’il représente – l’Américain que je suis n’en est pas fier – est quasi universelle. Il en va de même pour la musique «hip hop» représentée par Lunatic, Mafia K1 Fry, La Brigade, Secteur Ä, etc., qui est aussi bien répandue. Certes, tout n’est pas mauvais, mais il est permis de se demander si la mondialisation ne nous contraindra pas tous à déguster en matière de culture populaire ce que quelques-uns, seulement, d’entre nous jugeront bon. On estime que les nouveaux colonisateurs seront ceux qui savent manipuler les moyens de communication, les outils électroniques, bref ceux qui seront doués et les plus rapides face à l’innovation de la technique. Aujourd’hui, n’en arrivons-nous pas à nous sentir souvent presque trop en contact les uns avec les autres... ? J’ai bien dit «en contact» et non «en communion». Car le courriel, les S.M.S., le téléphone portable, tous ces modes de communication nous tiennent un peu en laisse. Ils nous rendent par trop accessibles.

Le Psaume 87 commence par une pensée tout à fait israélienne: la célébration de Jérusalem! Fondée sur ces montagnes saintes, c’est la ville de Dieu. L’Eternel aime jusqu’à ses portes! Cherchez le Seigneur Dieu, et vous le trouverez... dans la sainte ville. C’est là, en effet, que Dieu est venu et s’est manifesté dans sa bonté, dans sa sainteté, par sa présence personnelle. En un mot, c’est à Jérusalem que Dieu vient rencontrer son peuple, ses élus, ses bien-aimés.

L’histoire de la rédemption, chacun le sait, est une progression entre le Jardin d’Eden et la ville sainte. Il est bon de se souvenir que le ciel n’est pas principalement un lieu rural, paisible, mais bien une ville. Dans certains types de piété, on retrouve Dieu à la campagne. Au XVIIIe siècle, les philosophes parlaient de l’état de nature. J.-J. Rousseau imaginait que la vraie éducation était dispensée en forêt, entre un guide sage et un élève curieux de toutes les choses présentes autour de lui. Dans l’Ecriture Sainte, en revanche, le lieu le plus heureux, c’est une ville; pas n’importe quelle ville, mais celle où l’Eternel vient lui-même pour bénir et pour déployer sa gloire.

Le Psaume 87 nous frappe également par la vision de la mondialisation qu’il nous offre. Comme «cantique de Sion», il est proche des Psaumes 46, 48, 76. Mais le Psaume 87 a de loin la portée la plus internationale. On y trouve la rencontre entre le particulier et l’universel. Le psalmiste célèbre Sion (autrement dit, Jérusalem), cette ville, cet endroit particulier où, précisément, on trouve une extraordinaire diversité de population! En effet, la religion de l’Ancien Testament n’aurait jamais dû rester étroitement israélienne, et encore moins nationaliste. Et, chose frappante, cette religion non seulement rayonnera jusqu’aux extrémité du monde, mais elle accueillera même les ennemis des Juifs. Voyons cela de près (v. 4): l’Egypte (c’est-à-dire Rahab, en hébreu) et Babylone, les grands adversaires des Juifs sont «nés» dans cette ville. Il est même dit, à leur sujet, qu’ils sont «parmi ceux qui connaissent le Seigneur». Impensable, estime le Juif irréfléchi, mais c’est pourtant vrai. Et la liste s’allonge: sont également citoyens de la ville sainte les Philistins, les ennemis de David; la ville de Tyr, cette puissance dont Jézabel, la fille de leur roi Ethbaal, épousa Achab pour former ce couple qui troubla Israël au temps d’Elie; et est encore nommée l’Ethiopie, l’alliée de l’Egypte. C’est un peu comme si l’on nous disait qu’à l’avenir, nos amis les plus proches seraient les Coréens du Nord, Téhéran, et même… Las Végas!

Le Psaume l’affirme: tous ces peuples sont nés dans cette ville sainte, le lieu de rencontre avec le vrai Dieu, l’Eternel, le Seigneur des Seigneurs. Nous découvrons ainsi, dans l’Ancien Testament, un enseignement sur la nouvelle naissance. Et, plus important, une prophétie concernant l’Eglise du Christ. Car, dans le peuple de Dieu que nous sommes, le nouvel Israël, sont compris les païens, voire les ennemis de Dieu, voire vous et moi. N’est-ce pas impensable que les Gentils soient sur la liste? Et pourtant, Jésus commande aux apôtres de faire de toutes les nations (les ethnies, les païens) des disciples. Les peuples sont inscrits dans le livre de Dieu, le livre de la vie. Pour les Juifs à l’époque de la venue du Christ, c’était là chose inconcevable. Car, pour eux, Dieu n’était que le Dieu d’Israël selon la chair, alors qu’il est le Dieu de tous les croyants. Le Psaume 87 l’annonce et cela est confirmé par l’œuvre de l’apôtre Paul, qui ira jusqu’aux extrémités de la terre pour déclarer la bonne nouvelle aux nations.

Il est clair, je le répète, qu’il y a des non-Juifs qui habitent dans la ville de Dieu. Cela n’est pas dû au hasard. Les non-Juifs y sont par la volonté de Dieu et, même, à cause de l’amour de Dieu. Le même Dieu qui «aime les portes de Sion», aime aussi les pécheurs. Et, c’est lui, le «Très-Haut», qui affermit cette ville ainsi peuplée. Tous ses habitants y sont nés et y sont inscrits, parce que c’est Dieu qui les dénombre. L’amour de Dieu, qui produit cette nouvelle naissance, n’a rien de vague. La grâce de Dieu n’est pas banalisée. Elle est bien définie. Car c’est Dieu lui-même qui rédige le saint registre, le livre de vie, dans lequel, vous et moi, nous figurons.

Et voici encore quelque chose d’étonnant. Ces sauvés sont comparés à une troupe de choristes. Ces musiciens sont des washirim, ceux qui chantent, et des queholelim, ceux qui jouent de la musique. Quelle est leur devise? «Toutes mes sources sont en toi». Le thème de ce cantique résume tous les aspects de l’alliance de la grâce. Les fidèles de Dieu, en effet, «se rassasient de l’abondance de sa maison, et [il] les abreuve au torrent de [ses] délices, car auprès de [lui] est la source de la vie» (Ps 36.9-10). Selon les Chroniques, la chorale chantait à la louange de la gloire de Dieu, du Dieu vivant qui daigne remplir son temple. A combien plus forte raison devons-nous chanter la gloire de Dieu qui habite dans sa sainte Eglise, par le Saint-Esprit!

Vous le voyez, le message évangélique est vraiment universel, parce que concrètement localisé. Notre religion n’est pas ce sentiment vague de spiritualité qui envahit notre modernité. Une théologie de la mission ne se rendra pas plus accessible en amoindrissant son contenu, en le ramenant au ras des pâquerettes. Au contraire, c’est en nous approchant de «la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades d’anges... de Jésus, le médiateur d’une nouvelle alliance», que nous pourrons rejoindre cette grande chorale, qui chante le cantique nouveau, devant le trône du Seigneur Dieu, qui est digne de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance (Hé 12.22-24; Ap. 5.11).

L’humanité cherche éperdument un sens à la vie. Elle cherche la vraie communion. Elle cherche le transcendant, le Tout-Autre. Elle le cherche dans l’idéologie de la mondialisation. Loin de trouver son chemin, notre humanité tombe, selon l’expression de Jacques Attali, dans le nomadisme. L’homme contemporain n’arrive pas à réussir sa vie, à trouver sa vocation, parce qu’il ne sait pas où trouver la réponse à ses aspirations. Or, c’est dans la ville sainte, la ville que Dieu aime, le seul endroit où les citoyens sont chez eux, vraiment chez eux, par la grâce du Père céleste, qui les place là, chacun étant inscrit sur le registre de la ville. Et quand les nouveaux arrivants sont introduits, ils se trouvent embauchés dans la plus grande chorale de tous les temps. Et, durant l’éternité, ils chanteront la louange de celui qui en est digne, du Dieu trois fois saint. A lui soit la gloire au siècle des siècles, Amen.