WELLS Paul -La persévérance des saints, une doctrine controversée

De Calvinisme
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La doctrine biblique de la persévérance cherche à répondre aux questions posées, sur le plan exégétique, par des textes comme Hébreux 6, mais les plus grands problèmes sont d’ordre pratique. L’expérience montre que nombreux sont ceux qui, ayant un jour confessé le nom de Christ, reviennent sur leur profession de foi, parfois de façon dramatique, et adoptent des idées ou, le plus souvent, un comportement éthique très éloignés du christianisme. Cette triste réalité appelle des explications.

Le mot «persévérance» est lui-même quelque peu ambigu. Il suggère l’idée erronée que le croyant aurait la capacité de poursuivre sa marche dans la foi grâce à ses forces personnelles. Le départ pris, la persévérance serait un élément normal du cheminement chrétien.

En théologie réformée, cependant, la notion de persévérance n’implique pas que la continuation dans la grâce va de soi ou qu’elle dépend des efforts et de la volonté humaines. Elle n’est pas liée à l’état intérieur de l’âme régénérée. La persévérance provient non pas de la personne qui confesse sa foi mais de Dieu qui montre ainsi sa fidélité. Le croyant, dans l’état d’imperfection qui est le sien, est tout aussi susceptible de succomber à la tentation qu’Adam avant la chute. La persévérance ne doit rien aux efforts humains et doit tout à l’activité de Christ envers les siens. Elle est «persévérance des saints», ce dernier mot rappelant qu’elle est, avant tout, une œuvre du Saint-Esprit donné par le Christ vivant.

La doctrine de la persévérance dans sa formulation réformée ne s’accorde pas non plus avec l’idée qu’il serait possible de vivre dans le péché et d’être sauvé. Cela a toujours été vigoureusement combattu. Une vie marquée par un état habituel de péché manifeste que la personne concernée n’a pas été régénérée par le Saint-Esprit. On reconnaît la nature d’un arbre aux fruits (de l’Esprit) qu’il porte.

La persévérance comme doctrine est un des éléments de compréhension de la nature du salut. Elle exprime l’assurance que les personnes qui ont été vraiment acceptées en Christ, c’est-à-dire appelées et sanctifiées par son Esprit, ne peuvent pas être déchues, finalement, de la grâce de Dieu. L’œuvre de la grâce que Christ a commencée en elles se poursuivra, malgré les chutes, jusqu’à son achèvement. La persévérance ne doit rien aux œuvres des croyants; elle exprime leur «préservation» par Christ, dont aucune de ses brebis ne sera arrachée de ses mains (Jn 10.1-18).

En vérité, le mot «préservation», qui renvoie à l’action de Christ, serait plus adéquat que celui de «persévérance», qui accentue davantage l’action du croyant1.

1. Définition de la persévérance

La définition que propose la Confession de foi de Westminster est difficile à améliorer étant donné sa précision et son contenu biblique2:

«Ceux que Dieu a acceptés en son Bien-Aimé, qu’il a efficacement appelés et sanctifiés par son Esprit, ne peuvent déchoir de l’état de grâce ni entièrement, ni définitivement; mais ils y persévéreront certainement jusqu’à la fin et seront éternellement sauvés.»3 (XVII.1)

Quel croyant lisant ce texte ne souhaiterait pas qu’il soit vrai pour lui-même et pour ses proches? Personne ne pense que déchoir de la grâce «entièrement et définitivement» soit un sort à envier. En y réfléchissant, on espère que c’est là une possibilité… impossible.

Cette définition ne néglige pas les difficultés qui jalonnent le pèlerinage chrétien. Bien au contraire, elle tient compte du projet qu’a l’adversaire de détruire l’assurance du salut, qui est le fruit de la persévérance, en ébranlant la confiance du croyant en la possibilité de la persévérance. La Confession décrit avec réalisme la situation:

«A cause des tentations de Satan et du monde, de la prédominance de ce qui reste en eux de corruption, et de leur négligence des moyens de sauvegarde, les saints peuvent tomber dans de graves péchés et y demeurer un certain temps; ils provoquent de la sorte le déplaisir de Dieu et attristent son Saint-Esprit; ils en viennent à se priver, en quelque mesure, de leurs grâces et de leurs soutiens; ils ont le cœur endurci et la conscience meurtrie; ils blessent et scandalisent les autres et ils appellent sur eux-mêmes des jugements temporels.» (XVII.3)

Que faut-il entendre par l’expression «un certains temps» de cette citation? Il est impossible de répondre à cette question. On peut seulement être assuré qu’il sera limité et que ceux qui tombent, en s’endurcissant, connaîtront un temps de redressement et de restauration dans la grâce. Puisque Christ persévère avec les siens, leurs chutes ne sont pas irrémédiables et leur persévérance est certaine. C’est pourquoi il serait peut-être sage, lorsque le mot «persévérance» est utilisé, d’y joindre, au moins mentalement, le qualificatif «finale». G.C. Berkouwer commente: «La persévérance des saints est liée de façon irréductible avec l’assurance de la foi, par laquelle le croyant fait face à l’avenir avec confiance – non avec l’idée que tous les dangers ont été enlevés, mais avec l’assurance qu’ils seront vraiment vaincus.»4

2. Trois conceptions

Le développement de la doctrine chrétienne de la persévérance a été marqué, dans l’histoire, par trois conceptions.

  • La première prend au sérieux la possibilité, pour un croyant, de ne pas persévérer dans la foi. On la trouve dans les traditions pélagienne, arminienne, wesleyenne ainsi que dans l’enseignement de groupes tels que l’Armée du Salut. Cette conception est très souvent rattachée à une idée inadéquate sur la relation qu’il y a entre la justification et la sanctification, à un refus de voir le lien entre l’élection éternelle de Dieu et la certitude du salut, ou entre la régénération et l’expérience chrétienne.
  • La théologie luthérienne, après Melanchthon, a été marquée par une notion de l’accomplissement de l’alliance dépourvue de l’aspect eschatologique. La grâce restaure l’homme en son état initial de justice et, à l’image du premier homme, il peut rechuter. Ainsi le salut tendrait à être une anthropologie centrée sur l’expérience de la justification, la persévérance dépendant de la continuation dans la foi. L’exhortation «celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé» (Mt 10.22) «laisse entendre que beaucoup de chrétiens ne persévéreront pas dans la Foi… le croyant ne peut persévérer dans la Foi qu’à condition d’user fidèlement des moyens de grâce institués par Dieu»5.
  • Pour le catholicisme romain, la persévérance est enracinée dans la foi de l’Eglise. Elle dépend de la réceptivité du croyant qui ne résiste pas face aux moyens de grâce. «Les vertus humaines acquises par l’éducation, par des actes délibérés et par une persévérance toujours reprise dans l’effort, sont purifiées et élevées par la grâce divine… Les enfants de notre mère Eglise espèrent justement la grâce de la persévérance finale et la récompense de Dieu leur Père pour les bonnes œuvres accomplies avec sa grâce en communion avec Jésus.»6

Dans ces trois cas, comme dans la théologie réformée, il existe un lien théologique complexe entre la nature de l’alliance, l’anthropologie et la doctrine du salut, qu’il n’est pas possible d’expliciter dans le cadre de cette présentation.

Du point de vue historique, un grand débat protestant à ce sujet a eu lieu au XVIIe siècle dans l’échange qui s’est établi entre John Goodwin7, auteur de l’ouvrage La rédemption rachetée (Redemption redeemed), et John Owen, qui y a répondu de façon magistrale par La doctrine de la persévérance des saints (1654)8. Contre la doctrine de la persévérance, Goodwin a avancé quatre arguments, deux d’ordre théorique et deux d’ordre pratique9. A partir d’Hébreux 6.1-8 et 10.26-39, Goodwin conclut à la réalité de l’apostasie et à la possibilité, pour le croyant, de déchoir de l’état de grâce. Il considère que son point de vue est soutenu par le fait que de nombreux fidèles, jadis zélés pour le Seigneur, sont devenus indifférents. Pour Owen, le fait de l’apostasie et celui de la rétrogradation de nombreux professants ne prouvent pas qu’ils étaient croyants mais que, au contraire, ils ne l’ont jamais été! Tous ceux qui professent «la vraie religion» ne sont pas régénérés et une sainteté temporaire et extérieure n’est pas la preuve d’un changement profond de nature d’une personne. Owen soutient son argument par une exégèse détaillée des passages indiqués. Il note que chaque fois que l’Ecriture mentionne un Hyménée ou un Philète, elle ajoute une précision telle que «pourtant la solide base posée par Dieu subsiste, scellée par ces paroles: le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent» (2Tm 2.17-19).

Owen explique la doctrine de la persévérance dans le contexte global du salut et l’interrelation des doctrines qui le concerne. La persévérance dépend de la nature inchangeable de Dieu, de ses promesses et de son plan éternel, de l’unité intégrale du plan de salut et de la nature de la grâce. L’alliance de grâce dépend de l’œuvre de Christ et c’est son Esprit, le Paraclet, qui effectue la persévérance des enfants de Dieu, en demeurant avec eux pour toujours (Jn 14.16).

Pour répondre à Goodwin, Owen formule un syllogisme:

  • Les élus ne peuvent déchoir de la grâce (Jn 10.27-29).
  • Certains qui ont professé la foi s’en détournent.
  • Ceux-ci ne sont pas de vrais croyants, élus par la grâce10.

3. Les arguments paraissant contredire la persévérance

Certains ont affirmé que la persévérance est la négation de la liberté humaine. Tel est l’argument opposé à l’enseignement biblique de la grâce irrésistible de Dieu, formulé de façon classique dans le quatrième canon du Synode de Dordrecht. Dans l’Ecriture, la liberté n’est pas quelque chose d’abstrait, une simple possibilité. La vraie liberté est liberté-de et liberté-pour, celle de l’autodétermination de l’homme qui, fidèle à l’alliance, fait le choix de la sainteté dans le service du Seigneur.

La persévérance serait-elle une doctrine qui encouragerait la licence? Cet argument se trouve parfois dans des textes arminiens ou méthodistes, qui voient une opposition entre la persévérance et la recherche de la perfection. Il convient de se rappeler que la théologie réformée, qui affirme fortement la persévérance, accorde à la Loi de Dieu, dans la sanctification, une place plus importante que d’autres théologies. La persévérance, pour elle, n’existe pas en dehors de la pratique du «troisième usage de la Loi» qui, lui, n’existe pas en dehors de l’action de l’Esprit dans la vie renouvelée du croyant.

Les textes bibliques qui semblent contraires à la doctrine de la persévérance sont les suivants11:

  • Des exhortations contre l’apostasie (Mt 24.12; Col 1.23; Hé 2.1, 3.14; 1Jn 2.6).

Ces exhortations encouragent plutôt à un examen de soi afin de vérifier si on est dans la foi. Elles n’enseignent pas qu’il est possible de ne pas persévérer, mais elles servent à renforcer la volonté de persévérer. Elles ne disent pas que l’apostasie d’une personne régénérée est possible; elles dénoncent le caractère sérieux du péché.

  • Des cas d’apostasie «prouvée» (1Tm 1.19-20; 2Tm 2.17-18, 4.10; 2P 2.1; Hé 6.4-6). Rien ne prouve qu’il s’agisse là de vrais croyants ayant eu la foi qui sauve et qui sont tombés. Dans l’Ecriture, il y a des exemples de «faux chrétiens» qui professent la vraie foi mais sans être dans la foi (Rm 9.6; 1Jn 2.9; Ap 3.1). La parabole qui souligne le contraste entre le sort des deux maisons, à la fin du Sermon sur la montagne, ne concerne pas une distinction entre le croyant et le non-croyant, mais la différence entre la réalité et l’apparence, et le danger d’écouter la parole sans la recevoir et la mettre en pratique. (Mt 7.24-27)

Comme le dit H. Bavinck: «On se trompe si on infère des admonitions de l’Ecriture une perte totale de la grâce. La certitude du résultat ne rend pas les moyens superflus, mais elle leur est, dans l’ordre de Dieu, indissolublement liée.»12

4. La théologie réformée prend ces problèmes au sérieux

Une théologie digne de ce nom est non seulement théorique, mais aussi vraisemblable, étant donné notre connaissance des réalités humaines et psychologiques (même si celles-ci ne constituent pas une norme). La doctrine de la persévérance présente deux difficultés que la théologie réformée, à la suite d’Owen, a cherché à résoudre:

  • La difficulté de la foi temporaire (2Tm 2.17)

Arminius suggère qu’il est possible de perdre la grâce. Son argument est subtil. Il affirme dogmatiquement qu’il est impossible pour les croyants, tant qu’ils le restent, de perdre leur salut. S’ils «tombent», ils perdent, naturellement, leur statut de croyants et, ainsi, leur salut.

Contre la théorie synergiste, Calvin avait déjà développé la thèse qu’il est possible d’avoir une foi psychologique ou temporaire. L’homme naturel peut bénéficier, par la grâce générale, de la lumière de l’Esprit13. Les non-régénérés peuvent également connaître, dans leur nature commune, une mesure de grâce spéciale, qui suscite une foi temporaire, mais qui ne sauve pas (le cas de Saul, par exemple)14. Calvin fait cette constatation non seulement par rapport à l’Ecriture, mais aussi par rapport à l’expérience. Il refuse la distinction scolastique entre la foi «formée» et la foi «informe», qui est sans valeur, car la vraie foi ne peut pas être séparée d’une vraie certitude et d’une disposition spirituelle bien orientée15. La foi temporaire est celle de Luc 8.13. Il ne lui semble pas faux d’affirmer que les non-régénérés puissent avoir une impression confuse de la foi (une image de la croyance et non la réalité de la foi) par une opération du Saint-Esprit inférieure à celle qui existe dans une vraie régénération qui réoriente toute la vie. Les élus, eux, ont une pleine confiance que Dieu est leur Père, ce qui est tout à fait différent d’une vague croyance.16 Pour Calvin, la vraie foi est indestructible et porte en elle l’assurance de sa réalité. Comment savoir si notre foi n’est pas une foi temporaire? En regardant constamment vers Christ17.

  • Le problème de la rétrogradation (ou backsliding)

A certains moments, des croyants peuvent aller très loin dans le péché. Salomon, David, Moïse, Pierre en sont des exemples parmi les saints. Dans les cas de rétrogradation, ou bien il est manifeste que les sujets n’avaient jamais eu la vraie foi, ou bien il y a une restauration après une période de «passage à vide» spirituel. Pierre est renouvelé (Lc 22.32); David est un saint véritable avant et après son péché (selon Ps 51.11-12). Le principe de la grâce peut être étouffé momentanément et la communion avec Dieu affaiblie à cause du péché.

Dans ces périodes de rétrogradation, deux attitudes peuvent être notées:

  • Si la personne est à l’aise dans le péché, il est probable qu’elle n’a jamais vraiment connu la grâce de la régénération. Si elle n’est pas attristée par son péché, même «au creux de la vague», c’est là un signe d’un état d’«irrégénéré». Aucun saint ne peut vivre longtemps et allégrement dans le péché et s’y sentir à l’aise, s’élever contre la Loi de Dieu et ne pas détester ce qu’il fait. Le croyant qui tombe dans le péché, à cause de sa conscience de croyant, ne le fait pas sans en éprouver un certain dégoût et, éventuellement, une remise en question.
  • Si le croyant considère ces périodes à vide comme des occasions de s’examiner à la lumière de la miséricorde divine et de se repentir, sa vie spirituelle paraît authentique.

5. La persévérance, l’œuvre du Christ et la prière

La doctrine de la persévérance – c’est le grand mérite d’Owen de l’avoir souligné – devrait être cohérente avec les doctrines qui décrivent les autres aspects du salut associés à l’œuvre du Christ.

Certains relient la persévérance à l’élection, à la nature de l’alliance ou à l’union avec Christ. Il existe, certes, une cohérence entre ces doctrines et celle de la persévérance. Est-il possible de concilier une vision élevée du salut et la certitude que l’on peut en avoir avec la faiblesse et les chutes qu’expérimentent les croyants? La nature du pécheur est de faire confiance à ses forces et la vraie spiritualité est celle qui est consciente de ses faiblesses. Le chrétien se sait faible et, pour cette raison, Christ est central pour lui.

Face à ces interrogations interviennent l’intercession de Christ et l’œuvre de l’Esprit. C’est dans une prière de supplication que la réalité de la faiblesse du fidèle concorde le mieux avec une vision élevée du salut. La persévérance, comme toutes les doctrines de la grâce bien comprises – de l’élection à la glorification – encourage moins l’orgueil que l’humilité. La grandeur de la doctrine réformée de la persévérance est de souligner que le chrétien continue de vivre dans la faiblesse et malgré elle. Cette expérience le vérifie et encourage la vraie prière.

Il convient donc d’établir un lien entre la persévérance et la foi en Christ, l’intercession de Christ et l’œuvre de l’Esprit en nous qui fait jaillir nos prières18. En effet, un argument important en faveur de la persévérance est centré sur l’efficacité du ministère actuel de Christ comme Médiateur.

i) Le fondement de la persévérance est le mérite de Christ, le salut qu’il a accompli et qui lui donne comme un droit de propriété sur ses enfants. Les pécheurs sont acceptés en Christ, qui a payé le prix de leur pardon. L’œuvre de Christ couvre tout péché, elle est totalement efficace (Hé 9.12, 10.12, 14). Etant justifiés par la justice «déclarative» de Dieu, il est impossible que l’enfant de Dieu redevienne «injuste» devant Dieu. Il en est ainsi, non à cause de ses œuvres, mais à cause de Christ. Ses enfants sont à lui. Comment pourrait-on imaginer le contraire sans porter atteinte à la gloire de Christ et dévaloriser la justice accomplie en lui? Le Père entend toujours le Fils quand il prie pour son peuple (Jn 11.4; Hé 7.25; Rm 8.34; Jn 17.20, 24; 1Jn 2.1). L’intercession de Christ est son activité constante.

ii) L’Esprit de Christ demeure dans le cœur de ses enfants comme un sceau (Ep 1.13-14; 2Co 1.22). Le sceau confirme l’alliance et rend certain, inéluctable, son accomplissement par les deux parties unies par contrat. Christ a conclu l’alliance qu’il ratifie, pour nous, par le sceau de son Esprit. Ce serait porter atteinte à l’Esprit, sa souveraineté et sa sagesse, que d’imaginer qu’il puisse commencer une œuvre efficace pour l’abandonner par la suite. Si tel était le cas, où serait la fidélité de Dieu à ses promesses, promesses reçues par ceux qui entrent dans l’alliance par la foi en Christ? L’Esprit implante dans les vrais croyants le principe de la vie éternelle (1Jn 3.9; 1P 1.23).

iii) La communion, qui rend participant de la vie de Christ, est le lien entre le sceau de l’Esprit et son intercession pour les siens. Christ comme intercesseur est paraclesis; l’Esprit est le Paraclet donné. La prière est louange et, plus important, elle concrétise le caractère efficace et réel du salut. Elle est l’instrument de la persévérance. Christ intercède pour ses enfants, mais il œuvre aussi par l’Esprit qui est en eux. C’est pourquoi la persévérance est très souvent liée à la prière (1Th 5.17; Col 4.2; Ep 6.18; 2Tm 1.3; Rm 12.12).

La prière n’est ni mécanique, ni mystique; elle nourrit l’Eglise en Christ. Elle est la conversation avec lui par l’Esprit et le média de son intercession en nous. La prière est croyante (Jc 1.6, 5.15). La persévérance n’est pas concevable sans elle. Karl Barth va jusqu’à dire que Dieu est «conditionné» (Bestimmung) par la prière de la foi19. L’absence physique de Christ, c’est la présence de l’Esprit. La paraclesis s’accomplit par le Paraclet (Jn 14.6). Avec l’Esprit qui les défend, les croyants ont la consolation de Christ, qui intercède pour eux.20 Ainsi les enfants de Dieu:

  1. sont conduits par l’Esprit (Rm 8.14);
  2. ont la «mentalité» de l’Esprit (Rm 8.5);
  3. reçoivent l’Esprit qui témoigne à leur esprit (Rm 8.16);
  4. bénéficient de son intercession (Rm 8.27).

Dans ces passages, les faiblesses des fidèles constituent le cadre de l’action de l’Esprit. La prière n’abolit pas ces faiblesses en tant que telles. Mais l’Esprit vient assister et soutenir, ouvre les perspectives encourageantes de la gloire à venir (Rm 8.19). Ainsi, par elle, la persévérance s’accomplit dans l’espérance, aidée par la continuité dans la prière21.

La persévérance n’est donc pas une attitude quelconque; elle fait partie d’une communion personnelle vivante avec Dieu, qui inclut des paramètres en tension: la faiblesse, l’Esprit, la prière, la persévérance. L’Esprit languit dans les cœurs où il apporte la consolation, car il connaît ses faiblesses, et il plaide pour les enfants de l’alliance.

Conclusion

La persévérance, loin d’être une simple conséquence logique d’autres doctrines de la foi, est enracinée dans l’œuvre de l’Esprit qui intercède en nous de la part de Christ. Elle n’est pas la négation des incapacités ou des faiblesses des fidèles, dues au péché qui demeure toujours en eux. Elle est impossible sans la prière dans l’Esprit. La persévérance renvoie constamment à la fontaine de la grâce.

S’il convient d’insister sur les faiblesses des croyants, il serait malsain de leur conférer une place primordiale dans la vie spirituelle. La fausse humilité du dénigrement de soi que l’on voit chez certains mystiques ascètes est peu souhaitable. Cette fausse humilité peut être, en réalité, un orgueil dissimulé qui se glorifie en la chair.

La persévérance liée à l’intercession de l’Esprit ne peut pas non plus se muer en théologie de la gloire. Elle est plutôt une théologie de la faiblesse qui se glorifie en la croix de Christ. La croix, parce que Christ, dans sa faiblesse, est devenu notre force, en abolissant la raison de notre faiblesse, notre péché. «La grâce de Dieu règne par la justice… aussi le croyant ne reçoit pas la promesse d’être sauvé dans le péché mais du péché.»22


  • P. Wells est professeur de théologie systématique à la Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence et éditeur de La Revue réformée.

Un point souligné de façon répétée dans le livre classique de G.C. Berkouwer, Faith and Perseverance (Grand Rapids: Eerdmans, 1958).

2 Parmi les textes bibliques cités sur la persévérance, il y a Jn 10.27-29; Rm 11.29; Ph 1.6; 2Th 3.3; 2Tm 1.12, 4.18; Jr 32.40.

3 Les Textes de Westminster (Aix-en-Provence: Kerygma, 1988), 33.

4 Berkouwer, op. cit., 11.

5 J.T. Mueller, La doctrine chrétienne (Bruxelles: Ed. des Missions Luthériennes, 1956), 493, 496. Le luthéranisme confessionnel cherche à se distinguer du calvinisme, considéré déterministe, et du synergisme indéterministe.

6 Catéchisme de l’Eglise catholique (Paris: Mame/Plon, 1992), § 162, 1812, 2008, 2016.

7 John Goodwin (1594-1665), à ne pas confondre avec le plus célèbre Thomas Goodwin (1600-1680), qui était membre de l’Assemblée de Westminster.

8 J. Owen, Works, XI (Edimbourg: Banner of Truth, 1966), 1-666.

9 Un compte rendu se trouve dans J.R. Beeke, The Quest for Full Assurance. The Legacy of Calvin and his Successors (Edimbourg: Banner of Truth, 1999), 165-173. Aussi, S. Ferguson, John Owen on the Christian Life (Edimbourg: Banner of Truth, 1987), 261-269.

10 J. Owen, op. cit., 113ss, cf. Beeke, ibid., 168.

11 Pour une discussion des données exégétiques concernant la persévérance, voir H. Blocher, La doctrine du péché et de la rédemption*** (Vaux-sur-Seine: Edifac, 1983), 412-423.

12 H. Bavinck, Gereformeerde Dogmatiek, IV, 254, cité par H. Blocher, ibid.

13 J. Calvin, Institution chrétienne, II.ii.16.

14 Ibid., II.ii.17.

15 Ibid., III.ii.8.

16 Cf. W. Grudem, Systematic Theology (Grand Rapids: Zondervan, 1994), 794ss.

17 Ibid., III.ii.24.

18 Berkouwer, op. cit., chap. 5.

19 K. Barth, Kirchliche Dogmatik, II. i, 574, cité par Berkouwer, op. cit., 130.

20 En effet, «défenseur en justice» exprime mieux que «consolateur» l’œuvre de l’Esprit comme parakletos. Cf. S. Romerowski, L’œuvre du Saint-Esprit dans l’histoire du salut (Cléon d’Andran: Excelsis, 2005), 225 ss.

21 Cf. S. Bénétrreau, La prière par l’Esprit (Cléon d’Andran: Excelsis, 2004).

22 S. Ferguson, op. cit., 269.