BERTHOUD Jean-Marc - Considérations sur quelques questions théologiques actuelles

De Calvinisme
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Considérations sur quelques questions théologiques actuelles. L’Abbé Billecocq : « Les catholiques modernistes ont-ils la foi ? » (Encyclique Pascendi) ; Dr Xavier Dor : « Le Rosaire que l’extrême gauche trouve insupportable. »

Noël 2017
L’entretien du Dr Xavier Dor sur le rapport entre les Droits de l’Homme, le culte de l’homme, individuel et étatique, et l’avortement est en tout point remarquable. La seule embûche insurmontable à franchir ici, pour celui qui s’appuie sur la Bible, est le rosaire d’ouverture adressé, non pas à Dieu, mais à Marie[1]. Les réflexions qui suivent concernent essentiellement les propos de l’abbé Billecocq sur la lettre encyclique Pascendi de Pie X[2].
Par le mot « nature », l’abbé Billecocq entend en fait l’ordre de la création, ordre attaqué en premier lieu par la pensée « moderniste ». Il en va de même pour l’avortement que combat le Dr Dor : c’est la nature humaine de la créature structurée à l’image de Dieu dès le commencement par le Créateur qui est niée par l’avorteur homicide. Cette nature spécifique et immuable est propre, non seulement à l’homme, mais à chaque créature et c’est elle que nie le procédé d’atomisation scientifique et mathématique du cosmos par la science moderne. Il faut ajouter que ce modernisme, l’homme déterminant lui-même la vérité, n’est autre que celle du choix de l’autonomie par Adam dans le jardin d’Éden. Il est donc aussi ancien que la chute, même si ses effets ont connu aujourd’hui une démultiplication très remarquable. Cette démarche d’une autodivinisation de l’homme se trouve très bien décrite par l’abbé Billecocq (ceci à la suite de Pie X) dans la deuxième partie de ce cours.

Cependant, il faut l’affirmer avec force, la foi dans la Parole de Dieu doit redresser même la pensée naturelle. Si l’ordre de la nature lui-même n’a pas été aboli par la chute de l’homme, par contre la nature créée a été faussée par le péché. I Corinthiens 10 : 1-7 – texte particulièrement cher à Thomas d’Aquin – nous appelle à ramener à l’obéissance du Christ toute pensée humaine – naturelle ou révélée – faussée par l’orgueil de l’homme. Le modernisme est donc comme une démultiplication du péché originel, de cet immense orgueil de vouloir « être comme Dieu », selon la promesse mensongère du Serpent. Cette démultiplication nouvelle des effets du péché d’Adam a son origine dans la tradition nominaliste du XIVe siècle : d’abord l’hyper réalisme de Duns Scot ; puis l’atomisation individualiste et empirique du nominalisme de Guillaume d’Occam, sa négation radicale des universaux. Il s’agit de la source de la pensée moderne, au caractère intrinsèquement agnostique, incapable de connaître ce qui est vrai. Car une pensée véridique ne saurait exister sans l’usage de ces universaux dont est nécessairement structurée, tant l’ordre de la création lui-même – éléments chimiques, genres, espèces, familles biologiques, etc. – que la pensée juste qui cherche à lui correspondre. Comme le fruit de l’arbre de la connaissance autonome du bien et du mal, notre péché originel moderne renouvelé et démultiplié, cherche à déterminer, lui aussi par lui-même, les premiers principes de la nature et de la connaissance du bien et du mal, démarche en opposition complète aux normes immuables établies une fois pour toutes par Dieu dans l’ordre immuable de sa création.

Le fruit de ce mouvement, qui prit un essor nouveau après la mort de Thomas d’Aquin, est la nouvelle philosophie moderne à la fois antinaturelle – car dressée, par sa négation des formes substantielles, contre l’ordre de la création – et subjective et antidivine – car centrée sur l’homme devenu l’originateur de la vérité. Le renouveau du désordre de la pensée autonome originel, se développa (sous sa forme moderne) avec la démultipicaton maladive des universaux propres au système spéculatif de Duns Scot, manie d’une construction purement logique détachée du frein normatif d’un quelconque contrôle de la réalité, qu’il s’agisse ici de la soumission de la raison humaine aux réalités stables de l’ordre de la création ou à celles du contenu de sens de la révélation canonique infaillible des Saintes Écritures. Aux XVe et XVIe siècles ce courant passa par des penseurs, aussi divers sur d’autres points que Laurent Valla (1407-1457), Rudolph Agricola (1444-1485), Desidérius Érasme (1466-1536), Pierre de La Ramée (1515-1552) et René Descartes (1596-1650), à Descartes et ses successeurs. Les sciences dites « modernes », qui prirent leur essor victorieux dès le début du XVIIe siècle, ne sont que l’aboutissement de ce courant sceptique spéculatif fut porté par un engouement, à la fois prodigieux et maladif, de la culture européenne dès l’essor du XIVe siècle, pour l’exactitude chiffrable des mathématiques comme source et norme de tout véritable savoir exact[3]. Mais il faut tout de suite ajouter, et cela l’abbé Billecocq semble bien l’oublier, que la science moderne construite sur la base d’une négation des causes finales et formelles, c’est-à-dire de Dieu et de sa Parole conceptuellement compréhensible – pensée doctrinale exprimant en des universaux vrais, les dogmes – est le fruit inévitable de cette philosophie nominaliste.

Il faut certes s’attaquer avec force et précision à la philosophie moderne ; ici Pie X a certainement raison. Mais il nous faut tout d’abord nous en prendre à la vision de la réalité qui se trouve être le soubassement épistémologique, ontologique et cosmologique véritable de cette erreur philosophique : le monde de la science moderne qui est perçu comme étant foncièrement et structurellement – cela non pas dans un seul de ses aspects (ce qui ne serait pas faux), mais dans toutes ses modalités – mathématique. C’est cette vision du monde, celle d’un cosmos, d’un système de l’univers faussé – car décrit d’une manière dangereusement partielle – construit par Descartes, Galilée, Bacon, Newton, Laplace, Einstein et tutti quanti, qui se trouve à la base du « modernisme » philosophique et théologique que critique si justement Pie X et, à sa suite, l’abbé Billecocq. L’acceptation de la vision d’ensemble d’un monde perçu essentiellement sous sa forme mathématisable va conduire à une vision de l’univers sans finalité et sans sens, qui n’est autre que le cosmos – le système du monde – qui se trouve à la base du libéralisme moderniste[4]. Si l’on accepte cette vision scientifiquement tronquée – une perception « réductionniste » – de l’univers, on ne pourra jamais véritablement abattre la vision philosophique fausse qui en découle et qui la fonde. Le modernisme n’est donc pas seulement le fruit d’une philosophie fausse, mais également, et avant tout, celle d’une vision fausse de la science, science qui se fonde uniquement sur les causes matérielles et efficientes et qui ne peut en conséquence que nous donner une vision de la réalité de l’univers à la fois « matérielle » (c’est-à-dire conçue en des termes uniquement mesurables) et « efficace » (c’est-à-dire technologiquement opérante).

Le fruit en est l’utilitarisme, socialiste ou capitaliste, pragmatique et hédoniste, système totalement immanent, sans transcendance[5], vision « économiste » de la réalité qui règne sans conteste partout aujourd’hui, avec, ici et là, quelques exceptions : Charles Dickens (1812-1870), Urbain Olivier (1810-1888), Georges Bernanos (1888-1948), Gustavo Corçao (1896-1978), Nicolás Gómez Dávila (1913-1994), Eugenio Corti (1921-2014) et surtout, le plus clairvoyant de tous, Alexandre Soljénitsyne (1918-2008). Il est intéressant de noter que l’un des moments capitaux du combat de ce dernier débuta par le renoncement aux privilèges que lui fournissait sa formation en mathématiques et en physique – même dans cette charachka pour scientifiques du Goulag où il se trouvait – comme modèle d’un ordre exclusif du cosmos et de la vie humaine réduits à la seule quantification.

Il faut donc d’abord – avant de s’attaquer à la philosophie moderne – bien comprendre que le modèle au sein duquel cette pensée délétère cherche à trouver sa raison d’être n’est autre que celui d’un univers prioritairement (et souvent uniquement) perçu comme mathématisable. C’est donc sur une impasse intellectuelle inéluctable que se fonde le technocosme, si bien analysé par Jan Marejko[6] et au sein duquel nous vivons tous.

Le problème n’est donc pas le fait que l’homme soit limité par les phénomènes, les choses connues par le moyen de notre sensibilité (comme le disent Pie X et l’abbé Billecocq), mais qu’il limite la source de toute vérité qu’aux seuls phénomènes conçus comme étant essentiellement – et souvent même – exclusivement mathématisables. Mais le monde connu par nos sens – et non par cette science mathématisante platonisiante construite sur le fondement du modèle imaginaire[7] fait d’abstractions quantifiables et expérimentalement vérifiables – est porteur en lui-même d’un sens qui va bien au-delà du seul aspect mesurable de la réalité. C’est bien le cas pour ce petit rouge gorge qui picore les miettes de pain que Rose-Marie vient poser sur notre balcon, ou ce merveilleux petit écureuil roux qui se donne le plaisir d’enterrer ses noix – réserve pour l’hiver – dans les pots à fleurs de notre balcon.

Si l’on restreint – par une sorte d’impérialisme culturel noétique – la seule connaissance vraie à l’exactitude du chiffrable, on en arrive à une connaissance des phénomènes qui n’est plus capable de s’articuler sur le sens plénier véritable des divers aspects (ou modalités) de la création. C'est de la grande diversité de significations des phénomènes dont nos sens témoignent que nous révèle la Bible, la philosophie réaliste modérée d’Aristote et de saint Thomas et aussi d’Herman Dooyeweerd. C’est bien là ce que le sens commun issu de notre expérience courante de tous les jours nous apprend, expérience que l’on prétend, bien à tort, « naïve ». C’est de cette diversité de sens, dont nous parlent les phénomènes qu’expriment les plus hautes manifestations du langage humain, l’art littéraire à ses plus hauts sommets.
Par exemple, la distinction qu’établit l’abbé Billecocq (à la suite de Pie X) entre nature humaine universelle propre à tous les hommes et individualité propre à chaque être humain (constituant un être particulier unique de son espèce) est parfaitement exacte. Cette unité dans la diversité est compatible avec la connaissance sensible des phénomènes individuels, situés comme ils le sont tous en tant qu’individus, dans l’universalité qui leur est propre au sein du monde créé. C’est, par contre, une incompatibilité entre universaux et individualités que Kant est venu à imaginer pour ce qu’il nomme, les phénomènes. Pour lui, ces phénomènes n’existent en fait intellectuellement que dans leur conceptualisation scientifique quantifiable, donc jamais dans leur réalité concrète de formes substantielles individuelles perceptibles par nos sens. Cependant, c’est par la contemplation très attentive des phénomènes concrets individuels que nous en tirons, par l’usage conjoint de nos sens et de notre intelligence, la connaissance des universaux, universaux inscrits, dès le commencement, dans la nature même des êtres stables crées par Dieu. Car ce n’est qu’à l’intérieur d’un tel cadre – celui des universaux réels – cadre à la fois créationnel et conceptuel, universel et individuel, que nous pouvons connaître, par l’usage approprié du langage (et non par celui des seules mathématiques), chacun des êtres particuliers crée par Dieu dans la diversité stable de ce sens spécifique qui est propre à chacun.

Par contre, une telle compréhension véritablement « scientifique », à la fois intellectuelle, morale, spirituelle et sensible, est largement inassimilable par la description atomique et mathématique de la réalité, modèle de pensée devenue aujourd’hui la norme dominante de la culture mondiale. C’est bien un tel modèle réducteur, d’une pauvreté affligeante de sens, que nous fournit le morcellement atomiste du réel, puis sa reconstruction expérimentale, volontariste et artificielle. C’est le fruit nécessaire de la méthode de la science moderne : résolutive (réduire la réalité créée en ses plus simples éléments) et compositive (sa reconstitution technique humaine en un artéfact artificiel)[8].

L’exposition de l’abbé Billecocq est certes brillante, mais elle manifeste une déficience certaine par rapport à la connaissance scientifique de la nature que nous propose cet ennemi mortel qui fonde sur elle toute la philosophie moderne et, par ricochet, le modernisme théologique et spirituel lui-même.

La source de cette faiblesse se trouve dans le refus par Pie X lui-même d’opposer (ou même de contraster) la vision scientifique quantitative des phénomènes (qu’étudie la science moderne) aux phénomènes très différents propres à la science qualitative ancienne, principalement aristotélicienne (propre aussi aux auteurs bibliques), fondée sur la vision du sens commun des hommes, celle d’une sensibilité intelligible des phénomènes. Au lieu de distinguer le sens contraire de ces deux réalités dénommées sous le même terme unique de phénomène, Pie X effectue bien plutôt un amalgame entre les deux usages de ce seul mot. Tous deux, selon lui, proviennent du témoignage des sens, ce qui est, pour le moins, une simplification abusive et, en fin de compte, une erreur philosophique et théologique fondamentale aux conséquences imprévisiblement dramatiques.

De cette confusion de deux réalités très différentes sous un même vocable, celui de phénomène, s’ensuit l’évacuation de la possibilité même d’une discussion réaliste concernant les fondements véritables de la philosophie moderne – et donc du Modernisme religieux – qui se situent dans la vision mathématique et expérimentale très particulière des « phénomènes ». Celle-ci ne saurait en aucun cas être identifiée aux perceptions du monde – celles provenant du sens commun – qui acceptent comme véridiques et intelligibles les témoignages significatifs si variés que nous livre notre sensibilité.

Pour Kant, le phénomène matière est compris dans les termes de la science atomisante moderne, science située de la tradition mathématisante platonicienne non accessible à nos sens et hors de toute connaissance de sa forme substantielle directement perceptible par eux. Dans la perspective scientifique moderne, il n’est pas possible – en conséquence de son nominalisme implicite – d’accéder à la nature des choses (leurs universaux) par l’observation sensible de la forme substantielle des phénomènes, car, pour elle cette observation dite des « sens » doit être strictement circonscrite par la méthode quantitative expérimentale. L’observation de la nature ne se rapporte donc pas ici à une connaissance véritable du monde sensible, mais à celle des structures mathématiques, invisibles aux sens et uniquement quantifiables, de la création de Dieu.

La forme, le noumène, c’est-à-dire le sens des choses, ne peut donc d’aucune manière se fonder, pour Kant, sur les phénomènes intellectuellement perçus par les seuls moyens de la méthode scientifique atomisante, car elle est destructrice des formes substantielles sensiblement et intellectuellement connaissables à tous. Cette connaissance scientifique des phénomènes est donc dissociée de l’intelligence normale des hommes qui, elle, se fonde sur la méditation des formes substantielles accessibles à l’intelligence par le moyen des évidences sensibles.

Il devient donc évident pour Kant que les phénomènes, perçus par la méthode mathématique, ne peuvent nous parler du sens que possède, à tous les niveaux de l’ordre créationnel, le monde des formes substantielles ordonné et structuré de manière stable par Dieu, cela dès le commencement de la création. 

Il y a donc un malentendu, tant chez Pie X que chez l’abbé Billecocq, par rapport aux deux sens, quantitatif et qualitatif, que comporte leur usage abusif double du mot phénomène :

  • dans l’ancienne science qualitative (celle des formes substantielles), la connaissance des phénomènes se fondait sur la méditation des créatures matérielles par une intelligence nourrie de la connaissance du monde à travers le témoignage digne de confiance des sens ;
  • dans la nouvelle science quantitative (celle du seul mesurable), le phénomène se fonde sur l’intelligence mathématique des lois hypothétiques définissant les principes invisibles (à nos sens) de la nature.

En fait, pour cette science mathématisante nouvelle, l’un des axiomes méthodologiques essentiels consiste à affirmer que les phénomènes perceptibles directement par nos sens ainsi que les formes qu’ils révèlent sont trompeuses, et ne sont donc pas dignes de confiance.

Pour Kant, Dieu n’est pas connaissable par l’intelligence parce qu’il ne peut en aucun cas apparaître de manière significative dans les phénomènes, vu que ceux-ci sont perçus uniquement à travers l’appareil méthodologique de la science moderne. Dans une telle perspective, celle d’un cosmos clos – fermé sur lui-même vu que la cause finale et la cause formelle sont exclues de la méthode présidant à la connaissance des phénomènes – la création ne peut, de quelque manière que ce soit, conduire l’intelligence vers son Créateur ; il en va de même pour la Bible qui ne peut pas non plus, être considérée comme révélation objective de Dieu, à la fois conceptuelle et écrite, vu qu’échappant (en grande partie) aux phénomènes mesurables, elle ne peut qu’être considérée que comme un phénomène arbitraire ; il en va évidemment de même pour ce qui concerne l’Incarnation de Jésus-Christ qui ne peut être envisagée comme la manifestation de Dieu Lui-même dans la chair, vu qu’une pareille réalité est un phénomène scientifiquement inconnaissable. Car pour Kant les phénomènes ne sont pas, par leur nature même, connaissables de manière sensible, qualitative ; ils sont de l’ordre du seul mesurable et ne sont donc connaissables que dans les limites de cette dimension.

Car c’est le système scientifique sur lequel Kant fonde sa philosophie qui est lui-même inadéquat et même faux dans sa prétention réductionniste à rendre compte de toute la réalité. C’est cette idole qu’il faut commencer par attaquer. Mais Kant est méthodologiquement incapable de le faire. Et Pie X et l’abbé Billecocq ne peuvent, eux non plus, le faire de manière pleinement adéquate. Il n’y a chez eux en fait que la moitié d’un remède, aussi brillante et utile que puisse être leur argumentation ! Le poète et critique littéraire anglo-américain, T. S. Eliot (1888-1965) a très utilement perçu cette révolution, d’abord philosophique puis scientifique, comme constituant le fondement de la révolution culturelle moderne. Il y voit la dissociation, devenue explicite dès le début du XVIIe siècle, du sens (la forme, quantitative, mathématique), de la sensibilité (la matière directement accessible de manière qualitative à nos sens), par la nouvelle méthode scientifique. Car cette dernière remplaçait la connaissance intellectuelle qualitative des formes substantielles par des abstractions mesurables – sans doute, légitimes-en leur ordre, celui de la physique mathématique – puis par une philosophie du monde, du cosmos, de l'univers s’inspirant de cette vision tronquée des phénomènes.

Il s’agirait, à notre sens, de la démultiplication à l’infini des effets du péché originel. Le premier homme, en prenant du fruit défendu de la connaissance du bien et du mal, en vint à établir de manière volontariste – c’est-à-dire indépendamment de Dieu – ses propres normes pour la connaissance du monde. Il refusa ainsi de se soumettre aux normes divines – les premiers principes métaphysiques établis par Dieu lui-même ainsi que les normes de la Loi divine. Il refusa de recevoir de Dieu le sens des formes substantielles établies par le Créateur dans les structures de la création elle-même. Cet homme autonome, l’homme révolté, rejeta ainsi les moyens que Dieu lui avait donnés pour connaître l’ordre hiérarchique complexe de l’univers. Avant la chute, les sens d’Adam nourrissaient son intelligence de la substance formelle de ce qu’il recevait par ses sens de l’ordre du monde. Cette sensibilité, étroitement associée à son intelligence, constituait un mariage harmonieux qui lui permet de discerner le sens de l’ordre vrai et stable de toutes choses dans l’univers.

L’abbé Billecocq ne parvient pas ici à établir le lien entre son analyse du scepticisme philosophique et la force intellectuelle qui exerce sa domination sur le monde moderne, celle d’une perspective nominaliste atomisante du réel qui ne peut qu’appeler immanquablement au scepticisme épistémologique. La philosophie « moderniste » en vient, à son tour, à conforter le statut culturellement dominant de la science expérimentale mathématique moderne comme explication, par elle-même adéquate, de l’ordre de la création.

Si cette vision du monde est la seule que nous pouvons avoir des phénomènes, Kant a sans aucun doute raison : la pensée ne peut pas passer des phénomènes mathématisables à leur sens sensible, artistique, moral, spirituel et céleste.
La lecture spirituelle de la lettre de la Bible (reçue selon le sens propre du Saint-Esprit, son Auteur premier), la réalité de tous les jours et le sens commun ne nous disent-ils pas tous –, et cela de manière unanime – que les phénomènes sensibles les plus ordinaires sont porteurs aussi (par leur forme analogique, symbolique, métaphorique, spirituelle) d’un sens spirituel céleste ? C’est de là que nous proviennent les paraboles bibliques, les symboles des prophètes ainsi que ceux de l’auteur de l’Apocalypse, en fait le sens imagé de toute la Bible. La littérature d’imagination qui utilise images métaphores, symboles réalistes – Urbain Olivier, Léon Tolstoï, Eugenio Corti, Alexandre Soljénitsyne, etc. – nous livrée ici un enseignement tout à fait semblable.

Il y a un point qu’il nous faut ici relever. La forme pénètre la matière elle-même ; la matière est bel et bien adaptée à la forme. Ce ne sont pas des identités absolument, dissociées, divergentes. Ce qui pourrait mieux expliquer l’intelligence propre aux animaux.

Considérations ecclésiastiques actuelles

C’est ce genre de réflexion philosophique et éthique, largement réaliste, rationnelle et biblique chez des catholiques traditionalistes (à une époque où ils n’étaient pas encore excommuniés par Rome) qui m’a toujours intéressé. À Lausanne il gravitait autour du cercle de réflexion civique animé par Jean de Siebenthal et du Centre de Documentation Civique de l’Avenue Dapples. C’était notre combat opiniâtre contre l’avortement au début des années 1970 qui nous a permis de découvrir ce milieu, vision qui fut confirmée par les discours publics de Mgr Marcel Lefebvre au début de cette même décennie, déclarations qui étaient alors largement répercutées par la presse et la radio.

Mais je suis aussi toujours resté attentif aux erreurs traditionnelles de l’Église de Rome, tel qu’elles étaient perçues par la théologie réformée classique, les luthériens fidèles, les évangéliques attachés à la Bible et surtout les orthodoxes qui refusaient, depuis des siècles, les nombreuses innovations doctrinales romaines, tout à la fois infaillibles et contradictoires, casuistique politico-ecclésiastique si opposée au principe de non-contradiction, aux enseignements de la Bible et même à une très grande partie de ce qu'ils appellent la Tradition. 

C’est ce grand témoin orthodoxe chrétien, Vladimir Guettée, qui, avec bien d’autres, tel un Justin Popovic, théologien serbe d’envergure patristique, furent alors pour nous les sources d’une grande lumière. Il nous faut ainsi reconnaître que c’est la casuistique romaine jésuite, voulant à tout prix prouver son erreur par ses sophismes contradictoires, qui fut l’une des sources les plus importantes du désastre moderniste du vingtième siècle. Mais l’erreur fondamentale et indéracinable de la Rome pontificale demeure celle d’être devenue intrinsèquement incapable de reconnaître ses fautes, théologiques comme ecclésiales ; c’est cela qui la rend incapable de se REFORMER à la lumière de la l’ordre de la nature, de la révélation divine, de la Personne, divine et humaine, et de l’exemple de Jésus-Christ Lui-même, car son Magistère demeure à ses yeux immuablement infaillible, ceci en dépit de toutes les contorsions intellectuelles, spirituelles, politiques et morales qu’elle se permet pour justifier, chaque fois à nouveau, les nouvelles doctrines erronées qu’elle s'invente.

Thomas d’Aquin, dans la ligne de l’Église ancienne, mettait (malgré les diverses déviations particulières parsemées à travers son œuvre immense) la tradition ecclésiale sous l’autorité de l’Écriture, d’où son célèbre Sola Scriptura, seu doctrina sacra, comme le démontre de manière si décisive, Florent Gaboriau[9]. Les Orthodoxes refusent dans le système romain les innovations bibliquement inacceptables, telles, le filioque, le purgatoire, la grâce créée, la transsubstantiation, l’Immaculée Conception de Marie et sa prétendue assomption au ciel, l’Église romaine comme prolongement du Christ total, tant Dieu qu’homme, le Magistère infaillible de l’Église papale, et surtout la prétention du pape à la suprématie sur toutes les Églises du monde ainsi que sur les rois de toute la terre, puis, enfin, son infaillibilité autodivinisatrice.

On pourrait ici ajouter cette succession apostolique infuse par l’action d’un « Saint-Esprit » agissant ex operate operato (« de par l’action opérée »), ce qui est la grande mécanique, à la fois spirituelle et politique, de la Rome papale. En tout cela Dieu est, dans les faits, appelé à se soumettre au pouvoir ecclésiastique de la succession hiérarchique de l’Église romaine, suscitant une grâce créée qui aurait été transmise infailliblement par Dieu au prétendu vicaire du Christ et, passant ainsi à travers de toute la hiérarchie romaine, aboutirait au prêtre de paroisse, devenu lui-même – comme l’affirmait le curé d’Ars – de par son usage des sacrements, « un petit Christ » sur terre. Cette cléricature, à elle seule, constituerait, selon Rome, l’Église spirituellement agissante. Dans le sacrement romain de l’absolution, par exemple, à l’issue de la confession du pénitent, le prêtre romain lui dit : « Je te pardonne », formule de pardon ecclésial qui fait si justement horreur aux Orthodoxes, eux qui, pour leur part, ne se permettraient jamais de prononcer de telles paroles blasphématrices – car divinisant l’Église –, mais qui ne peuvent que proclamer de la part de Dieu : « Que le Seigneur te pardonne ». Le prêtre ou le pasteur, pour le chrétien orthodoxe et catholique véritable, n’exerce jamais directement les pouvoirs divins du Fils de Dieu fait homme ! La foi n’est pas pour lui l’exercice d’une telle mécanique ecclésiale infuse !

Partout c’est l’homme – Église ou Individu – qui se met à la place de Dieu, comme c’est tout aussi bien le cas pour le théologien libéral « humaniste » que pour le comité collectif des critiques de la Bible qui s’imaginent, avec leurs inventions textuelles (parfois tirées au sort !), établir rationnellement (et même par vote majoritaire démocratique) les limites infaillibles d’un texte fixé canoniquement – et pour toujours préservé – par Dieu le Saint-Esprit Lui-même. Ainsi, qu’il s’agisse de l’Humanisme individuel des protestants, libéraux ou néo-orthodoxes barthiens, ou le Culte de l’Homme ecclésial « collectif » des catholiques romains, traditionnels ou modernistes, c’est l’Homme qui se met constamment à la place de Dieu.

La vérité est du seul ressort des trois révélations divines : celles

  • a) de l’ordre créé reçu de manière modeste et humble,
  • b) de la Bible canonique (Loi et Évangile) lue dans la crainte de Dieu et
  • c) celle, suprême, de l’Incarnation du Fils de Dieu.

Le Saint-Esprit Lui-même continue cependant à être providentiellement actif à travers l’histoire et, s’Il n’agit plus de manière à donner de nouvelles révélations canoniquement « infaillibles » à l’Église, Il intervient pourtant constamment au sein des divers milieux chrétiens pour conduire et éclairer Son Église dans une lecture toujours plus attentive, fidèle et obéissante de la Bible. Ceci explique la démarche du théologien fidèle aux Écritures qui n’accepte ni ne refuse aucun bien, aucune vérité, pour le seul fait de son appartenance ecclésiastique. Examinez toutes choses, nous dit Saint Paul, à la lumière de l'Écriture, refusez alors l’erreur et retenez ce qui est bien, cela dans la communion sainte de l’Église véritable de tous les temps. Voilà un mot d’ordre prometteur du plus grand bien, tant à l’Église de Jésus-Christ qu’au monde dans lequel son Seigneur l’a placée et dont elle est, et doit être, à la fois le sel et la lumière.

Cela permet aussi au théologien fidèle d’exercer de manière intellectuelle la vertu de justice et de reconnaître à quel point Dieu a pu employer certains enseignements d'hommes faillibles, tel un Pie X (1835-1914) par exemple, pour fermer la bouche aux modernistes ; ou, pour prendre un autre exemple, à utiliser un cardinal jésuite Robert Bellarmin (1542-1621), pour boucler la morgue d’un Galileo Galilée (1564-1642) qui fut si justement condamné par le Saint-Office pour avoir affirmé l’existence d’une vérité double : celle d’abord des mathématiques pour la nature ; puis celle des saintes Écritures pour le seul surnaturel. C’est, pour avoir mis les mathématiques au-dessus de la Bible dans le domaine des choses « naturelles », que la Rome catholique condamna si justement Galilée et non pas pour la nouveauté de ses hypothèses scientifiques audacieuses. À cette époque les puritains d’Angleterre ne parvinrent pas, en fait, à percevoir le danger, en venant même à adhérer en masse à la Société Royale de Londres, grande promotrice de cette science nouvelle privée de causes finales et formelles, c’est-à-dire sans Dieu et sans le sens créationnel ultime de toute la création. C’est bien ce que font aussi aujourd’hui les libéraux protestants et les catholiques modernistes, ainsi que de nombreux « fondamentalistes » évangéliques, adulateurs d’une « religion réduite aux limites de la raison » – c’est-à-dire de la science expérimentale moderne (Locke et Kant) – adorateurs qu’ils sont, souvent bien sûr sans s’en rendre compte, d'une science privée de sens et dépourvue de Dieu.

Mais il est évident que, malgré les clartés dans le combat chrétien qui peuvent nous parvenir de l’enseignement de figures telles Thomas d’Aquin, du cardinal Robert Bellarmin ou de Pie X, les erreurs du système romain sont bien trop nombreuses et graves pour qu’un chrétien qui cherche à être fidèle au dépôt de la Foi puisse adhérer à une Église à la fois, irrationnelle en bien peu biblique, Église en continuelle évolution, mais qui ose, malgré le cumul de ses innombrables mutations, toujours se prétendre infaillible.

De tels sophismes sont le propre d’une casuistique romaine traditionnelle, sophistique que pratique depuis longtemps, par un « modernisme » romain de tous les temps, cette fausse église qui se permet de justifier, avec une impudente constance, l’erreur. Une pareille obstination dans un irrationalisme hérétique est, nous dit l’Écriture de manière impérative, digne des anathèmes de tous les temps et doit à tout prix être évitée.

Mais il ne s’agit pas non plus ici de défendre mordicus, sans réserve aucune, la tradition d’une dénomination chrétienne ou d’une autre qui serait, par la Providence divine, la nôtre. Loin de là ! Car, en s’attachant aux éléments fidèles de notre propre héritage, à l’ordre de la création, à la sainte Écriture, à la Bible canonique, Ancien comme Nouveau Testament, à la loi comme à la grâce et, par-dessus tout, à la Personne, à la fois divine et humaine, de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, on ne saurait prétendre n’avoir rien à apprendre des autres. Puis, en reconnaissant que la perfection ecclésiale n’est pas le propre à l’Église de Jésus-Christ ici-bas – car dans sa nature pécheresse elle demeure bipartite (comme l’enseigne si justement Tyconius) – notre mot d’ordre doit être celui de nos pères réformateurs : Semper ecclesia reformanda. Ce mot d’ordre des plus bibliques, tout à la fois catholique et orthodoxe, le cardinal Pie de Poitiers et Pie X lui-même, l’ont traduit par une formule admirable : « Tout restaurer dans le Christ » : Omnia instaurare in Christo (Éphésiens 1 : 9-10), ce qui peut, dans une certaine mesure, s’exprimer en notre langue par une autre formule, elle aussi toujours bien actuelle : « Résister et Construire ». Il s’agit d’une position qui cherche exprimer la catholicité de la complétude doctrinale et de l’équilibre orthodoxe des dogmes qui sera toujours, par conséquent, difficile à tenir et aussi parfois mal comprise par les chrétiens les plus zélés et, par ailleurs, au travers de leur propre héritage, souvent les plus fidèles à Jésus-Christ. Terminons par les paroles que l’Ange puissant adressa à l’apôtre Jean, tout à la fin du livre sublime, l’Apocalypse de Jésus-Christ :

Puis il me dit : Ne ferme pas d’un sceau
les paroles de la prophétie de ce livre !
Car le temps est proche.
Que celui qui est injuste soit encore injuste,
que celui qui est souillé se souille encore,
que le juste pratique encore la justice,
et que celui qui est saint soit encore sanctifié !
Voici : je viens bientôt,
et j’apporte ma rétribution
pour rendre à chacun selon son œuvre.
Je suis l’Alpha et l’Omega,
le premier et le dernier,
le commencement et la fin.
Heureux ceux qui lavent leurs robes,
afin d’avoir droit à l’arbre de vie,
et d’entrer dans les portes de la ville !
– Dehors les chiens, les magiciens, les débauchés,
les meurtriers, les idolâtres
et quiconque pratique le mensonge !
– Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange
pour vous attester ces choses dans les Églises.
Je suis le rejeton et la postérité de David,
l’étoile brillante du matin !
L’Esprit et l’épouse disent : Viens !
Que celui qui entend dise Viens !
Que celui qui a soif vienne ;
que celui qui veut,
prenne de l’eau de la vie gratuitement !
Je l’atteste à quiconque entend
les paroles de la prophétie de ce livre :
Si quelqu’un y ajoute, Dieu ajoutera (à son sort)
les plaies décrites dans ce livre.
Et si quelqu’un retranche des paroles
du livre de cette prophétie,
Dieu retranchera sa part de l’arbre du livre de vie
et de la ville sainte, décrits dans ce livre.
Celui qui atteste ces choses dit :
Oui, je viens bientôt.
Amen !
Viens, Seigneur Jésus !
Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous !
(Apocalypse 22 : 10-21)

Jean-Marc Berthoud, Lausanne, les 20 et 25 décembre 2017 et le 8 janvier 2018


Notes

  1. http://www.medias-presse.info/ce-rosaire-pour-la-vie-que-lextreme-gauche-trouve-insupportable/84782/?utm_source=OxiMailing&utm_medium=e-mail&utm_campaign=mpi-226
  2. https://www.youtube.com/watch?v=PqoDLqyzwE8
  3. Amos Funkenstein, Théologie et Imagination du Moyen Âge au XVIIe siècle, Presses Universitaires de France, Paris, 1995 [Édition originale : Theology and the Scientific Imagination from the Middle Ages to the Seventeenth Century, Princeton University Press, Princeton, 1986] ; George Molland, Mathematics and the Medieval Ancestry of Physics, Variorum, Aldershot, 1995 ; Paul Lawrence Rose, The Italian Renaissance of Mathematics. Studies on Humanists and Mathematics from Petrarch to Galileo, Droz, Genève, 1975 ; Fernand Brunner, Science et réalité, Aubier, Paris, 1954 ; E. A. Burt, The Metaphysical Foundations of Modern Science, Doubleday Anchor Books, New York, n.d. [1932] ; Jacques Maritain, Le songe de Descartes, Corréa, paris, 1932 ; E. Denissoff, Descartes, premier théoricien de la physique mathématique, Publications Univesitaires de Louvain, Louvain, 1970 ; William R. Shea, The Magic of Numbers and Motion. The Scientific Career of René Descartes, Science History Publications, Canton, 1991 ; Tobias Dantzig, Number the Language of Science, The Free Press, New York, 1954 [1930] ; Karl Menninger, Number Words and Number Symbols, The M. I. T. Press, Cambridge, Mass., 1969 [1958] ; M.-L. Guérard des Lauriers, La mathématique. Les mathématiques. La « mathématique moderne » ; Paul Bouscaren, La sophistique des ensembles mathématiques, Itinéraires, Paris, Numéro 156, Septembre-octobre 1971 ; Marc Balmès, L’énigme des mathématiques. La mathématisation du réel et la Métaphysique, Deux volumes, Peter Lang, Berne, 2003 ; James Nickel, Mathematics : Is God Silent, Ross House Books, Vallecito, 2003 ; Michel Siggen, La science a-t-elle réponse à tout ?, Edifa-Mame, Paris, 2007.
  4. Voyez d’Olivier Rey, Une question de taille, Stock, Paris, 2014 ; Quand le monde s’est fait nombre, Stock, Paris, 2016.
  5. Sur cette vision utilitariste de notre monde moderne voyez de Charles Dickens, Temps difficiles, Folio, Paris, 1985 et Mohammed El Shakankiri, La philosophie juridique de Jeremy Bentham, L.G.D.J, Paris, 1970 ; Gustavo Corçao, Le siècle de l’enfer, Éditins Sainte Madeleine, Paris, 1995 ; Nicolás Gómez Dávila, Les Horreurs de la démocratie, Éditions du Rocher, Paris, 2003 ; Le réactionnaire autentique, Nicolás Gómez Dávila, Éditions du Rocher, Paris, 2005.
  6. Jan Marejko, La Cité des morts. L’avènement du technocosme, L’ Âge d’Homme, Lausanne, 1993.
  7. Amos Funkenstein, Théologie et imagination scientifique : Du Moyen Age au XVIIe siècle, Presses Universitaires de France, Paris, 1995.
  8. Voyez Jean-Marc Berthoud, « Les divers ordres de la connaissance et la Bible : méthodes scientifiques et exégèse biblique », Création, Bible et Science. Les fondements de la métaphysique, l’œuvre créatrice divine et l’ordre cosmique, L’Âge d’Homme, Lausanne, 2008, pp. 309-321.
  9. Florent Gaboriau, Au seuil de la Somme. Un quiproquo chez Thomas d’Aquin ?, Éditions fac2000, Paris, 2000 ; L’Écriture seule ?, FAC-éditions, Paris, 1997 ; Thomas d’Aquin à la croisée du siècle, L’Âge d’Homme, Lausanne, 2013, etc.