BERTHOUD Jean-Marc - Le prophète comme sentinelle de Dieu : Différence entre versions

De Calvinisme
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Version du 6 novembre 2019 à 12:23

Ézéchiel 3 : 12–27[1]

Le titre de la prédication de ce matin, consacrée au troisième chapitre du livre d’Ézéchiel, versets 12 à 27, est le suivant : Le prophète comme sentinelle de Dieu. Lisons notre texte.

L’Esprit m’enleva, et j’entendis derrière moi le bruit d’une grande rumeur. Bénie soit la gloire de l’Éternel, du lieu de sa demeure ! (J’entendis) le bruit des ailes des animaux, battant l’une contre l’autre, le bruit des roues auprès d’eux et le bruit d’une grande rumeur. Un esprit m’enleva et m’emporta. J’allais, irrité et furieux, et la main de l’Éternel agissait sur moi avec puissance. J’arrivais à Tel-Aviv, chez les déportés qui demeuraient près du fleuve du Kebar, et dans le lieu où ils demeuraient ; là je demeurai sept jours accablé au milieu d’eux.

Au bout de sept jours, la parole de l’Éternel me fut adressée en ces mots : Fils d’homme, je t’établis comme sentinelle sur la maison de l’Éternel. Tu écouteras la parole qui sort de ma bouche et tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : Oui, tu mourras ! si tu ne l’avertis pas, si tu ne parles pas pour avertir le méchant (de se détourner) de sa mauvaise voie et pour lui sauver la vie, ce méchant mourra dans son injustice, mais je te réclamerai son sang. Mais si toi, tu avertis le méchant, et qu’il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa mauvaise voie, il mourra dans son injustice, et toi, tu sauveras ta vie. Si un juste se détourne de sa justice et fait ce qui est pervers, je mettrai un piège devant lui, et il mourra ; si tu ne l’as pas averti, il mourra dans son péché. On ne se rappellera plus les actes de justice qu’il a faits, et je te réclamerai son sang. Mais si toi, tu avertis le juste pour que le juste ne pèche pas, et s’il ne pèche pas, oui, il vivra, parce qu’il a été averti, et toi, tu sauveras ta vie.

Là encore la main de l’Éternel fut sur moi, et il me dit : Lève-toi, sors dans la vallée et là je te parlerai. Je me levai et sortis dans la vallée ; et voici que la gloire de l’Éternel s’y tenait, telle que je l’avais vue près du fleuve du Kebar. Alors je tombai là face contre terre. L’Esprit entra en moi et me fit tenir sur mes pieds. L’Éternel me parla et me dit : Va t’enfermer dans ta maison. Et toi, fils d’homme, voici qu’ils mettront sur toi des cordes, avec lesquelles ils te lieront : tu ne sortiras pas au milieu d’eux. Je collerai ta langue à ton palais, pour que tu sois muet et que tu ne puisses pas les reprendre, car c’est une famille de rebelles. Mais quand je te parlerai, j’ouvrirai ta bouche, pour que tu leur dises : Ainsi parle le Seigneur l’Éternel. Que celui qui écoute, écoute, et que celui qui ne prend pas garde, ne prennent pas garde, car c’est une famille de rebelles.

(Ézéchiel 3 : 12-27)

Introduction

Quelques mots d’introduction pour commencer. Le prophète Ézéchiel faisait partie de la communauté des exilés juifs, celle du premier exil de 597 avant Jésus-Christ. Il se trouvait avec 8’000 autres exilés à Babylone. La ville de Jérusalem était toujours intacte ainsi que la nation de Juda. Ces exilés étaient considérés par les habitants de Jérusalem comme frappés par le jugement de Dieu. Le prophète Ézéchiel, avec Daniel et ses amis, furent envoyés, eux aussi, en exil au pays des Chaldéens. Les Juifs restés à Jérusalem pensaient que leurs frères exilés se trouvaient sous une condamnation divine spécifique. Mais tel n’était pas le cas. Dieu les avait, en effet, écartés de Jérusalem pour leur épargner le jugement terrible qui allait tomber très prochainement sur cette ville dont le mal était devenu irrécupérable. D’une manière semblable quelque sept siècles plus tard, d’autres Juifs, eux aussi de fidèles et véritables Juifs – car ayant reconnu le Messie d’Israël, notre Seigneur Jésus-Christ, donc des chrétiens – furent, eux aussi, écartés de Jérusalem afin que leur soit épargné le jugement de Dieu qui tomba une fois encore sur cette ville en l’an 70 de notre ère par la main des légions de Rome.

Mais il n’était pas possible à Ézéchiel de comprendre le caractère miséricordieux de son exil, sans recevoir sur ce sujet de Dieu une révélation précise. C’est ainsi qu’au premier chapitre de notre livre, le prophète fait l’objet d’une des révélations les plus puissantes de toute la Bible. Non seulement fut-il en mesure de contempler ces êtres angéliques vivants, mystérieux et puissants, que sont les Cherubins, mais il lui fut également permis de voir ces roues prodigieuses, aussi hautes que le ciel, qui accompagnent ces êtres vivants dans chacun de leurs mouvements. Et par le phénomène extraordinaire des êtres vivants partout accompagnés par leurs roues, Dieu montre à Ézéchiel que c’est Lui, le Dieu souverain, qui gouverne non seulement les mouvements des sphères célestes, mais tous les événements de ce monde. Parmi ces événements terribles se trouvera non seulement ce premier exil des enfants de Juda à Babylone, mais un événement bien plus effroyable et qui sera l’objet principal de la prophétie d’Ézéchiel : la destruction de Jérusalem par Nebucadnetsar devenue maintenant inéluctable.

Dans ce premier chapitre, il est réservé à Ézéchiel une révélation plus merveilleuse encore : le ciel lui est ouvert. Il voit à travers ce firmament, translucide comme du cristal, qui sépare nos cieux créationnels, ceux de l’atmosphère terrestre et des étoiles, de ce que la Bible appelle, « le troisième ciel », c’est-à-dire celui de la demeure de Dieu et de ses anges. Les yeux du prophète sont ouverts par l’Esprit pour qu’il contemple les réalités ultimes. C’est alors qu’il voit ce qui ressemble au trône même de Dieu, et sur ce trône Celui qui y règne et qui lui paraît comme une figure d’homme. La grandeur de la vision le conduit à l’effondrement. C’est alors que l’Esprit de Dieu se pose sur lui pour le remettre sur ses pieds. C’est là qu’il recevra l’appel de sa vocation. Et cet appel est terrible, car il ne comporte qu’un seul message : les temps sont accomplis ; Jérusalem va être détruite ; il n’est plus possible au peuple infidèle d’échapper au jugement de Dieu.

Il me semblait, lorsque j’étais plus jeune, que c’était bien Jérémie le prophète de Dieu pour notre temps, pour une civilisation qui, l’ayant connue, avait rejeté la Parole divine. Mais depuis, les temps se sont singulièrement dégradés, la résistance des hommes à la miséricorde de Dieu est devenue si universelle en notre Occident apsotat que c’est plutôt le livre de la prophétie d’Ézéchiel qu’il nous convient d’ouvrir avec vous pour prendre la juste mesure de notre époque. Certes, la pertinence de ce témoignage de Jésus-Christ qu’est la Parole de la Prophétie (Apocalypse 19 : 10) s’est-il etendu à bien des régions de notre terre, mais je n’hésiterai pas à affirmer que c’est bien le prophète Ézéchiel qui nous donne le message dont nous avons besoin aujourd’hui en Occident. Il nous faut d’emblée dire au sujet d’Ézéchiel que ce qu’il lui fallait pour accomplir une vocation aussi redoutable, était de connaître le Dieu de la Bible d’une manière très particulière ; il lui fallait le connaître réellement, dans sa sainteté, sa toute-puissance et dans sa gloire. Ce qui est vrai aussi pour chacun de nous. Car le fait de connaître Dieu ne ressort pas d’une simple expérience psychologique. Connaître Dieu implique le fait d’entrer dans une réalité céleste plus réelle encore que n’est le fait de nous connaître nous-mêmes ou de connaître Dieu par la grandeur et la beauté de sa création.

Nous nous trouvons donc ce matin confrontés à la vocation du prophète Ézéchiel. Il lui faudra, pour assumer cette vocation, faire corps entièrement avec son message. Sa propre vie deviendra un exemple public, une image vivante du jugement que Dieu va faire tomber sur Jérusalem, la ville sainte. Sur les tréteaux de ce théâtre céleste, il sera lui-même le représentant de Dieu ; et son épouse, celle qui est les délices de ses yeux, représentera, Jérusalem. Pour manifester publiquement le rejet par Dieu de sa propre épouse, Jérusalem qui fut, elle aussi, les délices des yeux du Seigneur de toute la terre, Ézéchiel verra subitement mourir sa femme. La vie et les souffrances d’Ézéchiel devront faire corps avec le message qu’il apportera aux Juifs exilés à Babylone. Il s’agit d’une vocation difficile, celle d’un renoncement total. C’est ainsi qu’il deviendra lui-même un étranger au sein de son propre peuple. Car le message que Dieu confie à Ézéchiel est celui d’un jugement imminent, d’un jugement implacable, sans délai, car la patience de Dieu est épuisée. Elle est parvenue à son terme. Cette vocation, par son exercice fidèle, verra Ézéchiel ignoré, rejeté, incompris, méprisé, refusé par son propre peuple. Il lui faudra cependant parler à ce peuple, qu’on le comprenne ou qu’on ne le comprenne pas. Il devra chaque jour s’adresser à une maison de rebelles ; à ses frères qui ne sont pour le prophète que des scorpions et des épines. C’est une vocation qui ne contiendra rien de bon pour lui ; une vocation sans la moindre espérance de succès ni le fruit normalement promis au travail d’un évangéliste ou d’un pasteur fidèle. Il lui faudra endurcir son visage comme un diamant pour résister à l’obstination dans le mal de ses compatriotes juifs. C’est là, par excellence, le modèle de la vocation d’une sentinelle de Dieu.

Il y aura trois parties à notre prédication.

  • Premièrement : la vision renouvelée de la gloire de Dieu, Dieu fortifie son prophète en se révélant une fois encore à lui dans toute sa majesté. (Versets 12 à 15)
  • Deuxièmement : Ézéchiel est appelé à assumer la vocation d’une sentinelle de Dieu. (Versets 16-21)
  • Troisièmement : Ézéchiel entre dans sa vocation. (Versets 22-27)
  • La conclusion.

1. La vision renouvelée de Dieu, Dieu fortifie son prophète en se révélant à nouveau à lui (Versets 12 à 15)

L’Esprit m’enleva et j’entendis derrière moi le bruit d’une grande rumeur : bénie soit la gloire de l’Éternel du lieu de sa demeure. (Verset 12)

Ézéchiel se trouve au bord du Kedar, à Babylone. C’est en esprit, dans une nouvelle vision de la gloire de Dieu, que l’Esprit de Dieu, le transporte au lieu où demeure la gloire de l’Éternel. Il avait déjà vu, dans le ciel et à travers le cristal pur du firmament, cette patrie divine à partir de laquelle se manifeste partout dans l’univers la gloire et la puissance de l’Éternel : le trône de Dieu. Le lieu spécifique sur la terre où reposait la gloire de l’Éternel était le lieu très saint, dans le temple de Jérusalem. Ézéchiel entendit alors une grande rumeur, celle d’un fracas immense, d’un bruit énorme : la création tout entière, avec les anges et les saints qui sont dans la présence de Dieu, criait : Bénie soit la gloire de l’Éternel. Ézéchiel cependant se trouve en esprit à Jérusalem dans le temple de Salomon, là où, sur la terre, demeurait la gloire de Dieu. Mais là aussi se trouvait l’iniquité du peuple de Dieu.

Ézéchiel entendit alors un bruit d’ailes. Je lis :

J’entendis le bruit des ailes des animaux battant l’une contre l’autre, le bruit des roues auprès d’eux et le bruit d’une grande rumeur. (Verset 13)

C’est alors qu’Ézéchiel voit à nouveau les chérubins. Ces chérubins se trouvent dans le temple de Jérusalem, dans le lieu très-saint, leur figure (et leur réalité) couvrant de leurs ailes étendues l’arche de l’Éternel. Il s’agit bien des images sculptées des chérubins célestes, instruments divins pour le gouvernement de toute la création. Mais ces figures sont accompagnées ici de la présence des réalités célestes. Ézchiel reçut la vision de ces mêmes chérubins au premier chapitre. Et il entendit le bruit des êtres vivants dont les ailes immenses se frappaient l’une contre l’autre. Puis le prophète perçoit à nouveau le bruit des roues immenses qui tournent auprès des chérubins ; enfin lui parvient le bruit d’une grande rumeur. C’est seulement alors qu’il voit à nouveau la gloire de Dieu. Mais ce n’est pas tout ! Dans le temple de Dieu, il voit aussi alors, l’horreur : toutes les idoles que ce peuple infidèle y a placées. Et il entend le bruit des ailes et cette rumeur immense qui accompagne la présence de Dieu. Dieu n’a pas encore abandonné son temple. Cette séparation terrible aura lieu plus tard. Le déchirement ultime, la séparation de Dieu d’avec son peuple n’est pas encore consommé ; Dieu n’a pas encore envoyé à son épouse la lettre de divorce qui lui est due, en toute justice ; cet acte aura lieu immanquablement, mais plus tard ! Ce moment viendra ! Puis l’Esprit enleva le prophète et l’emporta loin de Jérusalem. Ézéchiel fut irrité et rempli de fureur au souvenir de toutes les horreurs qu’il venait de voir :

Un esprit m’enleva et m’emporta. J’allais, irrité et furieux, et la main de l’Éternel agissait sur moi avec puissance. (Verset 14)

Vous voyez, il a vu l’apostasie de Jérusalem ; étant habité par l’Esprit de Dieu, cet Esprit en lui était irrité et furieux, ce qui conduit le prophète a être lui-même rempli de la vive colère de Dieu contre son peuple infidèle.

Lors d’une vision précédente Ézéchiel avait reçu l’ordre de manger le rouleau d’un livre – il s’agissait de la Parole que Dieu lui adressait. Cette Parole avait été douce à sa bouche comme l’est le miel. Mais des deux côtés de ce livre n’était écrits que lamentations, cris et pleurs. C’est ici le moment où Ézéchiel entre lui-même dans le monde des lamentations prophétiques, car de ses propres yeux il a vu le péché de son peuple, du peuple du Saint d’Israël. Je pose ici quelques questions : Pleurons-nous, comme le fait ici Ézéchiel, sur les péchés du peuple de Dieu ? Parvenons-nous à nous souvenir – comme le fait ici Ézéchiel – que nous faisons, nous aussi, partie de ce peuple pécheur de Dieu ? Pleurons-nous comme le fait Ézéchiel sur nos propres péchés ? En venons-nous à être, comme lui, irrités et furieux, face aux péchés sans nombres des Églises chrétiennes ? Souvenons-nous des Béatitudes : Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Ceux qui pleurent sur leurs propres péchés et, comme le fera plus tard Daniel (Daniel 9) sur les péchés du peuple de Dieu ; sur les péchés des Églises ; sur le péché du monde ! Continuons notre lecture :

J’arrivais à Tel-Aviv chez les déportés qui demeuraient près du fleuve du Kebar et dans le lieu où ils demeuraient, là je demeurai sept jours accablé au milieu d’eux. (Verset 15)

Ézéchiel se trouve à nouveau parmi les déportés à Babylone. Il est rempli, non pas d’une simple tristesse, mais d’un accablement, d’une stupeur sans borne. Son étonnement face à toute l’horreur de ce qu’il a vu dans le temple de Jérusalem lui coupe la parole. Comment pouvait-il parler maintenant qu’il avait, de ses propres yeux, vu les abominations qui se pratiquaient dans le temple de l’Éternel ? Mais dans son cœur, il y a une autre lutte, elle tout aussi violente, car il lui faut maintenant assumer cette vocation de sentinelle que Dieu lui adresse. Notre prophète est un homme comme nous. Dieu use d’une expression particulière lorsqu’il s’adresse à lui. Il lui dit toujours: « fils d’homme », toi qui, à mes yeux, représentes les hommes. Cet homme, ce puissant prophète de Dieu, n’est d’aucune façon un surhomme. Pleinement humain, comme chacun de nous, il est un homme tout simple. Il lui faudra maintenant adresser à cette famille de rebelles les paroles que Dieu lui donnera, paroles terribles de jugement et de destruction, à cette famille de rebelles (Ézéchiel 2 : 5). Ces paroles terribles sont celles d’un homme qui aime tendrement son peuple, sa bien-aimée, la sainte cité de Jérusalem.

Au bout de sept jours, la Parole de Dieu me fut adressée en ces mots. (Verset 16)

Au bout d’un temps d’accablement de sept jours, Ézéchiel recevra la pleine charge de sa vocation prophétique de sentinelle de Dieu. Il est utile de remarquer les sept années qui s’écoulent entre son appel à la vocation prophètique et la destruction de Jérusalem, les années 593 à 586 avant Jésus-Christ, années où il exercera ce ministère surhumain. Cette semaine, ces sept jours d’accablement qu’Ézéchiel vient de vivre semblent bien être une prémonition des sept années de sa charge de sentinelle de Dieu. Il s’agira, en tous points, d’un ministère humainement insupportable.

2. L’appel d’Ézéchiel à la vocation de sentinelle de Dieu (Versets 16-21)

Venons-en maintenant à notre deuxième point : la vocation d’Ézéchiel comme sentinelle de Dieu. Le nom d’« Ézéchiel » signifie en hébreu, « Dieu fortifie » ou « Dieu rend fort ». Voici ce que Dieu lui dit :

Fils d’homme, je t’établis comme sentinelle sur la maison d’Israël, tu écouteras la parole qui sortira de ma bouche et tu les avertiras de ma part. (Verset 17)

C’est Dieu qui établit le prophète dans sa fonction. Ce n’est pas par sa propre décision qu’Ézéchiel devient prophète ; ce n’est pas donc par le choix d’Israël ; ce n’est pas par l’effet d’une élection dans l’Église de Jésus-Christ ou suite à une quelconque tradition humaine, que le prophète entre dans sa vocation prophétique. Car c’est Dieu Lui-même qui établit Ézéchiel dans la vocation de sentinelle. Une sentinelle est un soldat placé sur les murailles de la ville dont la tâche est de veiller afin d’avertir ses concitoyens, les habitants de la cité, du danger de l’approche de l’ennemi. Il faut ici noter une distinction : Ézéchiel n’est pas appelé à être une sentinelle pour la maison d’Israël, c’est-à-dire, en sa faveur, afin d’en assurer la protection, mais à être une sentinelle pour Dieu, sur la maison d’Israël elle-même afin de l’avertir de la part de Dieu des conséquences inéluctables de ses méfaits.

Il est important pour nous de retenir ce point capital : le prophète est d’abord une sentinelle pour Dieu ; un veilleur dont la tâche se rapporte d’abord à Dieu. Il doit examiner le comportement d’Israël pour reconnaître, à la lumière de la Loi-Parole de Dieu, ses péchés, les dénoncer en face et l’avertir des dangers terribles qu’il encourt en offensant par son endurcissement le Dieu de l’Alliance. Ce peuple prendra le risque que ce dernier en vienne à rompre l’alliance avec son peuple. L’ennemi que dénonce le prophète n’est donc pas d’abord l’étranger, les Chaldéens par exemple. Une telle tâche prophétique était encore celle d’un Jérémie, par exemple, car sous son ministère il restait encore un temps de repentance et de retour à Dieu. Mais maintenant, avec l’appel d’Ézéchiel, ce temps du repentir est dépassé, il est terminé. La sentinelle placée par Dieu sur les murailles de Jérusalem va être obligée de dire à ce peuple irrémédiablement endurci dans son péché que Dieu n’a plus d’autre sentiment envers lui que celui de sa juste et nécessaire colère. Ainsi Israël ne doit pas craindre avant tout les Chaldéens, mais Dieu Lui-même.

Voilà ce que le prophète doit dire au peuple d’Israël : il doit écouter la parole qui sort de la bouche de l’Éternel et l’annoncer, telle qu’elle est, au peuple. Il en va de même pour nous. Il nous faut aujourd’hui écouter la parole qui sort de la bouche de l’Éternel, non pas par illumination divine et directe, mais à travers le ministère inspiré d’Ézéchiel. Cette parole inspirée, et donc infaillible d’Ézéchiel, doit être fidèlement transmise, expliquée et appliquée par celui qui vous parle. C’est cette prédication fidèle au texte de la Bible qui doit – de manière prophétique – aujourd’hui encore, avertir les chrétiens de la part de Dieu.

Jean Calvin découpait la tache du ministère pastoral en deux parties : d’abord le pasteur doit être le berger du troupeau, le pasteur des brebis. Il doit les soigner, les nourrir, les édifier, les consoler, les instruire. C’est là sa première tâche. Mais il en a une seconde, d’une importance égale. Ce bon berger doit être l’ennemi des loups et des renards. Ces loups et ces renards, provenant autant de l’intérieur que de l’extérieur de l’Église, il faut les frapper et réduire à l’impuissance la menace qu’ils représentent, cela afin que le troupeau de Jésus-Christ soit protégé du Malin. Il en va de même aujourd’hui. Les temps n’ont pas changé ; c’est toujours la même chose ; il faut lutter contre les renards et les loups. Le pasteur est bien celui qui nourrit le troupeau, mais il doit aussi le protéger du danger ; ces deux tâches, distinctes, mais complémentaires, sont indispensables à tout ministère pastoral complet et équilibré. La première tâche du berger est de nourrir les brebis, mais il doit veiller aussi à protéger ses ouailles.

Pour Ézéchiel les choses vont différemment. Il n’a pas à s’occuper à nourrir le peuple, car il est appelé – en ce temps effroyablement mauvais – à être l’instrument par lequel Dieu frappera son peuple. Il fait partie, certes, lui-même de ce reste fidèle par lequel Dieu va faire perdurer son alliance. Il n’est pas seul, car il y en a d’autres ; un Jérémie, un Daniel et ses amis, et d’autres encore que nous ne connaissons pas. Nous découvrirons plus tard, lors du retour d’Israël en terre sainte, un fruit lointain au ministère d’Ézéchiel : la restauration d’Israël après la purification de l’exil. Dans les versets qui suivent, nous allons découvrir quatre cas qui nous permettront d’observer le prophète en action. Chacun de ces cas a un caractère juridique et est formulé dans le langage propre au droit : Quand tu fais ceci, alors il t’arrivera cela. Il s’agit également d’un langage catégorique : Si tu fais cela, tu vivras ; si tu fais le contraire, tu mourras. Ce langage juridique s’exprime au singulier, car c’est à travers ce singulier que le prophète – donc Dieu – s’adresse au corps tout entier de la nation d’Israël ; aujourd’hui aux Églises.

Premier cas

Dans le premier de nos quatre cas, nous lisons :

Quand je dirai au méchant : Oui tu mourras ! si tu ne l’avertis pas, si tu ne parles pas pour avertir le méchant (de se détourner) de sa mauvaise voie pour lui sauver la vie, ce méchant mourra dans son injustice, mais je te réclamerai son sang. (Verset 18.)

La situation est claire : il y a un méchant : c’est Israël, et Dieu dit au peuple : Tu vas mourir, comme il le dit également à notre civilisation impie : Tu vas mourir. La tâche du prophète est d’avertir le peuple. Il lui faut à tout prix l’avertir ; c’est là son obligation. Quelque difficile que puisse être cette tâche, l’Église doit avertir la nation. Elle doit trouver le moyen d’avertir le pays. Et lorsque l’Église, dans sa responsabilité prophétique, reçoit une réponse favorable aux exhortations qu’elle adresse aux dirigeants de la patrie, quel encouragement ! Il s’agira peut-être d’une porte que Dieu ouvre pour que l’Église parle à la nation tout entière ! Mais ce qui est important avant tout c’est que le message soit proclamé, qu’il soit entendu ou non, peu importe.

L’Église de Jésus-Christ n’est pas une institution religieuse timorée qui se cache craintivement dans le ghetto qu’elle s’est construite ; qui fuit le monde ; qui craint l’opinion et les menaces du monde. Ce n’est pas là sa vocation. L’Église chrétienne ne doit jamais être une « Église du silence », une Église qui se tait devant les péchés et les misères de ce monde perdu. L’Église est, de par sa nature même, lumière du monde ; par sa sainteté, sel de la terre. Il lui faut faire rayonner la lumière divine de la vérité qui l’habite afin d’éclairer les ténèbres d’un monde mauvais. Mais il faut aussi que le sel de la sainteté qui l’habite soit répandu dans le monde afin de maintenir à la terre sa saveur afin d’empêcher ainsi la pourriture de la détruire. Malheureusement cet ordre de la création est sauvagement combattu aujourd’hui.

On voit bien que la tâche du prophète, la tâche prophétique de l’Église est d’avertir le méchant. Alors le prophète doit proclamer au méchant – mais aussi à la nation méchante qui, par la Providence, se trouve aujourd’hui placée devant lui – la parole qu’il a reçue de l’Éternel. Il doit la proclamer hardiment et clairement, quel qu’en puisse en être le prix qu’il lui faudra payer. Mais s’il se détourne de sa vocation de détourner le méchant de sa mauvaise voie – Dieu le garde de le faire ! – si l’Église se détourne de ce devoir péremptoire – et n’ose pas assumer son mandat prophétique – le méchant mourra certainement, mais Dieu réclamera au prophète défaillant le sang du méchant que, par sa faute, l’Église n’aura pas averti des dangers qu’il encourt. Le fait de réclamer ou de redemander le sang du méchant signifie être directement et personnellement responsable de sa mort. Combien grande est la responsabilité qui incombe alors à l’Église de Jésus-Christ en un temps telle que le nôtre ! Cette tache de l’Église, à laquelle la vocation prophétique de Dieu l’appelle – et que lui confie son Seigneur – ne peut pas être l’effet de son libre choix ; car Dieu Lui-même la conduit à proclamer le témoignage de Jésus qui n’est autre que l’esprit de la prophétie.

Le témoignage de Jésus est l’esprit de la prophétie. (Apocalypse 19 : 10)

Deuxième cas

Par rapport au deuxième cas, nous lisons :

Mais si toi tu avertis le méchant et qu’il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa mauvaise voie, il mourra dans son injustice et toi tu sauveras ta vie. (Verset 19.)

Vous voyez, ce n’est pas au prophète de changer le cœur, ce n’est pas à celui qui proclame le témoignage de Jésus de compter les conversions, ce n’est pas à lui d’établir des statistiques, de faire le compte des têtes sauvées ! Sa tache est d’être fidèle dans la charge qui est la sienne. Si l’on n’écoute pas son message, Dieu jugera ses mains pures du sang du méchant et il ne mourra pas. Si l’Église fait cela, elle aura accompli son devoir et recevra pleinement sa récompense, même à travers les larmes de la persécution et le sang du martyr.

Troisième cas

Au sujet du troisième cas, nous lisons :

Si un juste se détourne de sa justice et fait ce qui est pervers [c’est Dieu qui parle], je mettrai un piège devant lui et il mourra, si tu ne l’as pas averti, il mourra dans son péché, on ne se rappellera pas des actes de justice qu’il a fait et je te réclamerai son sang. (Verset 20)

Il s’agit certes ici d’un juste ; mais il ne s’agit pas d’un « justifié », de cet élu qui est, dès la fondation du monde, inscrit sur le livre de vie de l’Agneau. Un chrétien véritablement justifié ne peut pas perdre son salut. Mais on demandait à Calvin : « Qui est un élu ? Qui est un justifié ? » Il répondait de manière invariable : Celui qui persévère jusqu’à la fin. Car, nous dit l’Ecclésiaste, la fin d’une chose est plus importante que son commencement :

Mieux vaut l’aboutissement d’une affaire que son commencement ; Mieux vaut un esprit patient qu’un esprit hautain. (Ecclésiaste 7 : 8.)

Et nous lisons encore dans le Nouveau Testament :

Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu, considérez l’issue [la fin] de leur vie et imitez leur foi. (Hébreux 13 : 7)

Même pour ce qui concerne nos conducteurs spirituels, il est prudent de considérer attentivement leur fin. Il ne suffit pas de bien commencer, il faut persévérer ; il faut terminer en gloire ! Seul celui qui persévère entrera pleinement dans le royaume de Dieu.

Considérons maintenant ce qui en est du juste qui tombe et qui ne se relève point. Il s’agit d’un homme qui a toutes les apparences d’un juste et qui a accompli de nombreuses œuvres de justice. Le mot hébreu utilisé ici par l’Ecclésiaste est tsedek, qui signifie une vie conforme aux commandements de Dieu. Il ne s’agit donc pas de quelqu’un qui est visiblement un hypocrite. Il s’agit d’un homme qui, tout en faisant des œuvres justes, n’a pas su persévérer, il s’est détourné de sa justice première et s’est lancé dans des actions mauvaises. Il montre en fait par là que, s’il a goûté des grâces du royaume de Dieu, il n’y est pas véritablement entré. Ce n’est pas un homme régénéré. De tels cas existent et cela devrait nous faire tous trembler devant Dieu pour qu’il nous accorde la grâce de marcher fidèlement jusqu’à la fin, dans une réelle communion avec Lui, dans cette communion de l’Église, là où nous pouvons nous exhorter mutuellement chaque jour dans la sainteté. C’est par la grâce de Dieu qu’il donne des anciens pour qu’ils puissent surveiller l’Église. Cette même grâce de Dieu donne à l’Église de garder un regard vigilant sur ses anciens, afin que nous marchions tous dans la fidélité, cela jusqu’à la fin de nos jours.

Ainsi il s’agit de ce juste qui, ayant abandonné la justice qu’il pratiquait d’abord, en vient à faire ce qui est pervers. C’est alors que Dieu le met Lui-même devant un piège. Il s’agit d’une pierre d’achoppement. C’est ce dont parle le Nouveau Testament lorsqu’il dit que Jésus-Christ était Lui-même devenu une pierre d’achoppement pour Israël. Aujourd’hui, Jésus-Christ est bel et bien devenu une pierre d’achoppement pour notre monde. Le choix que propose aux hommes la proclamation de l’Évangile – ce témoignage de Jésus qui est l’esprit de la prophétie – est redoutable ! Que Dieu, dans sa miséricorde, fasse qu’Il ne le soit pas pour nous aussi ! Que le Christ ne deviennne pas cette pierre d’achoppement qu’il fut pour la plupart des Juifs de son temps ! Qu’il ne nous abandonne pas à la tentation, mais qu’il nous délivre, dans sa bienveillance infinie, du Malin ! Mais plutôt, que, par la grâce qu’il nous offre, nous trouvions en Lui cette pierre de l’angle sur laquelle l’édifice tout entier de notre vie chrétienne se construira, cela pour notre bonheur éternel, l’édification de l’Église et la seule gloire de Dieu. Le Notre Père ne nous enseigne-t-il pas à prier :

Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi, à ceux qui nous ont offensés. Ne nous abandonne [ou, ne nous livre pas] à la tentation, Mais délivre-nous du malin. Car c’est à toi qu’appartiennent dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. (Matthieu 6 : 12-13)

Dieu nous éprouve pour voir ce qui se trouve au fond de notre cœur. Ainsi, lorsque nous passons par l’épreuve, comprenons que c’est Dieu qui nous sonde pour révéler où nous en sommes véritablement ! C’est pour cette raison que dans l’épreuve nous devons rester, quelque difficile que cela puisse être, pleins de confiance en Dieu. Il nous faut ici faire très attention. Trop souvent nous murmurons, mais repentons-nous promptement d’une telle incrédulité, pour à nouveau mettre toute notre confiance en la bienveillante fidélité de Dieu. Car il est puissant pour délivrer ses enfants de l’épreuve et il le fera certainement. Mais cette délivrance nous parviendra seulement après que l’épreuve ait accompli en nous la tâche qui est la sienne, celle de nous sanctifier et de nous conduire à l’état de ce que la Bible appelle celui d’un « homme fait ». Il ne s’agit certes pas d’un état sans péché, mais celui de chrétiens pleinement adultes dans la foi, mûrs, capables de surmonter les choses difficiles de la vie chrétienne, cela en vainqueurs et pour la seule gloire de Dieu. Cet homme juste qui se détourne de sa justice et que le prophète n’aura pas averti mourra certainement dans son péché et on ne se rappellera plus de ses œuvres anciennes de justice. Dieu cependant réclamera son sang au prophète. La tâche d’Ézéchiel est difficile, mais combien l’est aussi celle de l’Église. Que le Seigneur nous vienne à tous en aide.

Quatrième cas

Que nous dit notre texte du quatrième cas :

Mais si toi tu avertis le juste pour que le juste ne pèche pas, et s’il ne pèche pas, oui il vivra parce qu’il a été averti et toi tu sauveras ta vie. (Verset 21)

Nous voyons qu’il ne s’agit plus de celui qui se détourne pour toujours de sa justice, mais du juste véritable qui, s’il tombe se relève et vit, par la grâce de Dieu et la parole du prophète. Les justes que nous sommes, par la grâce de Dieu, le sont devenus par cette seule justification qui est entièrement œuvre de Jésus-Christ. Justes que nous sommes, nous avons bien des tentations, nous avons grandement besoin d’aide, d’exhortation, d’encouragements et d’avertissements. Car nous sommes faibles et nos ennemis sont puissants. Parfois nous oublions que notre force se trouve en Christ et nous tombons ; nous essayons trop souvent de nous débattre contre l’épreuve par nos seules forces. C’est alors que le prophète doit avertir et affermir le « juste » pour qu’il ne pèche pas. Faisons bien attention ! Ne péchons pas ! Portons nos regards sur les enseignements de la Loi de Dieu afin de mieux comprendre la nature terrible du péché et la gloire qui se trouve dans l’obéissance parfaite de Jésus-Christ dans tous les détails de sa vie humaine à toute la Loi de Dieu ! Prêtons une attention plus soutenue à la Personne et à l’œuvre de Jésus-Christ afin de contempler le lieu en Christ de notre justice véritable, justice qui nous est imputée par la grâce du Saint-Esprit et par laquelle nous pouvons joyeusement obéir à tous les commandements de Dieu ! Oui il ne péchera pas, il vivra. Pour le prophète, il n’y aura pas de récompense particulière, car nous sommes tous des ouvriers qui n’accomplissons que notre devoir et que Dieu emploie par pure grâce. Ézéchiel aura fait ce qu’il avait à faire, car il est, lui aussi, un serviteur sans mérite, mais Il sauvera sa vie.

3. L’entrée d’Ézéchiel dans sa vocation (Versets 22-27)

Dans la troisième et dernière partie de cette prédication, nous jetterons nos regards sur une vision nouvelle accordée à Ézéchiel. Ayant reçu un ordre pareil – celui d’être la sentinelle de son peuple, fidèle à son poste – il était absolument indispensable que le prophète reçoive de nouvelles forces. Et comment être fortifié spirituellement si nous ne sommes pas mis en contact, par la foi et de manière réelle, surnaturellement tangible, avec l’invisible, avec Dieu Lui-même. Rappelons que l’invisible dont nous parlons ici n’est pas à opposer au visible, car le visible dans lequel nous vivons tous se trouve lui-même inséré dans la trame de l’invisible divin – de la Providence divine – qui nous environne de toutes parts. Nous sommes entourés par l’action des anges ; ce fut là la première leçon que Dieu donna à Ézéchiel. Nous sommes participants de la communion des saints, de l’Église visible et invisible. Certes, il ne peut y avoir de communication entre les saints dans le ciel et nous. Puis, avec la fermeture du canon apostolique nous savons que la prophètie biblique est complète et que le temps des prophéties nouvelles est terminé. Elles « seront abolies », écrit Paul aux Corinthiens (I Corinthiens, 13 : 8) car ce qui est « parfait », (ou complet) – la totalité de la révélation canonique – est arrivé avec la révélation du livre de l’Apocalypse. Mais nous appartenons au même corps de Jésus-Christ, comme le sont aussi tous les saints qui nous ont précédés dans le ciel. Nous sommes ainsi en communion d’Esprit avec Ézéchiel, bien qu’il ne puisse nous parler autrement qu’à travers la parole infaillible que Dieu lui inspira d’écrire et dont nous étudions une partie ce matin.

Souvenons-nous ceoendant que nous avons un grand besoin d’une intimité avec Dieu. Je ne fais aucunement ici l’apologie d’expériences mystiques bizarres, mais n’oublions pas que, selon l’apôtre Pierre, nous sommes, par la foi et par l’obéissance qu’elle inspire, participants de la nature divine par notre union au corps de Jésus-Christ (II Pierre 1 : 3-11). Nous sommes, dès à présent, assis à la droite de Dieu, en Jésus-Christ, dans le ciel. Nous posons bien nos pieds sur la terre, car c’est là que nous sommes appelés à être fidèles. Mais dans cette marche terrestre, n’oublions jamais la réalité de l’au-delà. Il s’agit d’une continuité dont nous ne pouvons pas voir la jointure ; cette union du monde visible à celui qui est invisible nous la contemplons par la foi. Parfois, comme ce fut le cas pour l’apôtre Paul monté au troisième ciel (comme le fit aussi l’apôtre Jean), ou pour Ézéchiel dans ses nombreuses visions, nous pouvons voir ce lien entre le visible et l’invisible par les yeux de l’Esprit en méditant ce que nous en révèle la Parole de Dieu. Dieu peut, bien évidemment, toujours agir comme il lui semble bon pour accomplir les desseins de sa grâce ! Et ce n’est pas un péché, bien au contraire, que d’être parfois ainsi illuminés, bien que de telles expériences ne sont pas indispensables à notre vie chrétienne courante.

Là encore la main de l’Éternel, fut sur moi et il me dit : lève-toi, vas dans la vallée et là je te parlerai. (Verset 22)

Ézéchiel se trouve à Tel-Aviv avec les déportés, sur les bords du Kebar exilé dans l’Empire babylonien. Il a entendu et bien reçu le message céleste où Dieu lui ordonnait : Sois une sentinelle ! Puis, après sept jours d’accablement, Dieu lui parle à nouveau et lui dit : Va dans cette grande vallée où je m’étais, dans toute ma gloire, révélé à toi. Dieu cherche ainsi à se montrer à nouveau à lui. C’est alors qu’il se rend dans la grande plaine babylonienne :

Il sortit dans la vallée et voici que la gloire de l’Éternel s’y tenait telle que je l’avais vu près du fleuve de Kebar. (Verset 22)

Notre Seigneur Jésus-Christ eut Lui-même, à Gethsémané, grand besoin du secours des anges venus du ciel le fortifier. Et nous, n’aurions-nous aucun besoin d’un tel réconfort ? Ézéchiel, écrasé par cette vision de Dieu, tombe à nouveau, la face contre terre, terrassé par la puissance de la vision et courbé dans un esprit d’adoration. L’Esprit entre en lui une nouvelle fois et le fait tenir sur ses pieds. (Verset 24). C’est alors que l’Éternel s’adresse à lui, lui donnant des ordres. Ce sont des ordres étranges, qui nous paraissent bizarres. Car Dieu lui avait dit : Va, proclame mes paroles à mon peuple. Maintenant, il lui ordonne : Va, enferme-toi dans ta maison. Sépare-toi de ce peuple mauvais, ferme la porte de ta demeure et n’aie aucun rapport avec eux. Et la révélation ajoute :

Et toi, fils d’homme, voici qu’ils mettront sur toi des cordes avec lesquelles ils te lieront, tu ne sortiras pas au milieu d’eux. (Verset 25)

Mais ce n’est pas seulement sur l’ordre de Dieu qu’il va devoir s’enfermer dans sa maison, c’est le peuple lui-même qui va l’y attacher, et le réduire à une impuissance complète. Dans le temps de l’apostasie, ce peuple qui se prétend être le peuple du Dieu d’Israël, va lui-même empêcher le prophète d’agir. Ce peuple, prétendument de Dieu, va lui fermer toutes les portes. C’est bien le signe certain que son message frappe juste, dans le mil, touche au cœur même du mal : il n’est pas entendu ! Il ne peut pas être entendu tant la distance entre Dieu et son peuple, entre Ezéchiel et ses concitoyens juifs en exil est devenu infranchissable.

Regardez ce qui se passe dans notre monde frappé d’une apostasie pareille à celle d’Israël d’alors[2]. Les portes de la communication publique ne sont-elles pas, elles aussi, fermées à la vérité ? Ne sont-elles pas ouvertes toutes grandes pour toutes sortes d’ordures inimaginables, pour d’innombrables contre-vérités, pour toute espèce de propagande idéologique mensongère, pour les falsifications académiques dans tous les domaines ? De temps à autre on laisse passer, en un petit filet, quelques bribes de la vérité, du simple bon sens, plus rarement encore, de la Parole de Dieu. Voyez comme ce monde si hostile à Dieu – et l’Église en voie d’apostasie qui lui ressemble ! – a attaché le prophète avec des cordes et l’empêche de parler, l’empêche des faire entendre la Parole que Dieu lui confie. C’est alors que vient l’ordre de Dieu : Mets-toi à l’écart, car seulement celui qui se trouve à l’écart des bruits de ce monde entendra ma voix. Mais ne te fais pas d’illusion ! c’est ce peuple lui-même – le peuple des chrétiens ! – qui va t’attacher les mains et les pieds de telle sorte que tu ne pourras sortir au milieu d’eux. Il ne lui faut donc d’aucune façon aller au-devant de ces apostats. Mais, n’est-ce pas là le ministère même d’Ézéchiel ? Comment va-t-il pouvoir leur parler ? Dieu ne lui a-t-il pas dit : Parle. Mais maintenant le Dieu d’Ézéchiel lui dit une chose des plus étranges :

Je collerai ta langue à ton palais pour que tu sois muet et que tu ne puisses pas les reprendre, car c’est une famille de rebelles. (Verset 26)

Nous nous trouvons ici face à la chose la pire, la plus effroyable qu’il puisse arriver, à n’importe quel peuple, à n’importe quelle nation, à n’importe quelle Église : la venue d’un désert de la parole, désert établi par Dieu Lui-même. Lorsque Dieu interdit (ou empêche) à ses prophètes de parler, d’exposer librement le contenu de sens vrai de la Parole de Dieu ! C’est bien en ce moment-là que Dieu parle le plus fort, car c’est ainsi qu’il refuse de jeter ses perles au troupeau de pourceaux incrédules, menteurs, impies, dévergondés et moqueurs qu’est devenue cette contrefaçon d’une Église prise dans l’apostasie qui le renie. Ce silence de Dieu est la chose la plus terrible que l’histoire humaine puisse connaître. Pourquoi Dieu rentre-t-Il ainsi en Lui-même ? pourquoi refuse-t-Il de parler aux hommes et aux nations ? Sa réponse résonne à travers ces pages du début de la prophétie d’Ézéchiel comme un glas funèbre :

Parce que c’est une famille de rebelles.

Nous retournons ainsi au thème de la famille. Ce n’est pas « une famille de rebelles » que nous devons être en Église. Ce n’est pas une communauté de rebelles que nous devons être en famille. Nous devons être une famille de fidèles, une Église de fidèles. Ceci n’est possible qu’au moyen de la réalité de la Personne céleste, à la fois divine et humaine, de Jésus-Christ dont nous témoignons en prenant la cène, en proclamant ensemble notre communion avec le Seigneur, cela par la foi et par l’action miraculeuse du Saint-Esprit. ; communion avec le Fils de Dieu fait chair qui nous unit au Père par le Saint-Esprit. La chose la plus extraordinaire est que ce silence imposé par Dieu (et par la communauté de rebelles qu’était devenu Israël) à Ézéchiel dura sept longues années. Il ne put que le rompre au moment même où la ville de Jérusalem fut prise et le Temple de Dieu détruit. Jusqu’à ce moment fatidique, Ézéchiel ne put parler que sur l’ordre explicite et formel de Dieu et cela uniquement par des révélations données d’en haut. C’est seulement à partir de ce moment terrible – celui de la destruction de toute l’espérance terrestre d’Israël – qu’il commencera à exprimer un message d’espérance.

Conclusion

Gloire à Dieu ! Un tel jugement divin est nécessaire à la survie du monde, mais, disons-le aussi, pour l’Église elle-même. C’est bien ce que nous dit l’apôtre Pierre – son propos se rapportant d’abord à la maison de Dieu, au Temple de Jérusalem, qui sera détruit en l’an 70 de notre ère – puis, par analogie, à l’Église de Jésus-Christ :

C’est le moment où le jugement va commencer par la maison de Dieu. Or, si c’est par nous qu’il débute, quelle sera la fin de ceux qui n’obéissent pas à l’Évangile de Dieu ? Et si le juste est sauvé difficilement, que deviendra celui qui est impie et pécheur ? Ainsi, que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu, remettent leur âme au fidèle Créateur en faisant le bien. (I Pierre 4 : 17)

Et Paul nous le dit, lui aussi, à sa manière pour l’Église de Jésus-Christ :

Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. Mais par ses jugements le Seigneur nous corrige, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde. (I Corinthiens 11 : 31-32)

L’Église est une, sainte, catholique, apostolique. Veillons à ce qu’elle soit sainte ; veillons d’abord sur nous-mêmes ; puis veillons les uns sur les autres avec discernement, force, charité et bonté.

Mais, même dans ce temps de silence, Ézéchiel prononcera des paroles, celles que Dieu, ouvrant sa bouche, les y mettra Lui-même (Verset 27).

Mais quand je te parlerai, j’ouvrirai ta bouche pour que tu leur dises : ainsi parle l’Éternel.

Ces paroles ne seront pas prononcées en vue de leur conversion, mais pour qu’ils ne disent pas qu’ils n’étaient pas prévenus et pour leur montrer une sentinelle restée fidèle à Dieu. Ainsi, dans un monde privée de Dieu, l’honneur de Dieu sera sauf[3].

[…] que celui qui écoute, écoute, que celui qui ne prend pas garde, ne prenne pas garde. C’est une famille de rebelles. (Verset 27)

Car ceux qui écoutent écoutent pour leur perte, car ils ne veulent pas se repentir, ils ne veulent pas croire, ils ne veulent pas obéir, ils ne veulent pas être fidèles. Et ceux qui n’écoutent pas sont plus perdus encore. Terminons en lisant un texte prophétique tiré du livre extraordinaire d’Ézéchiel :

Et toi, fils d’homme, dis à la maison d’Israël : Vous dites : Nos crimes et nos péchés sont sur nous, et c’est à cause d’eux que nous sommes frappés de langueur ; comment pourrions-nous vivre ? Dis-leur : Je suis vivant ! – oracle du Seigneur l’Éternel –, ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. Revenez, revenez de vos mauvaises voies. Pourquoi devriez-vous mourir, maison d’Israël. (Ézéchiel 33 : 10 à 11)[4]

Amen
  1. Prédication donnée à Église Évangélique de Padoue, le dimanche 12 septembre 2004, reprise, revue et fortement développée, dans l’Église réformée baptiste de Lausanne, le dimanche 3 novembre 2019.
  2. Note du 17 octobre 2019. Voyez ce qui arrivé au journaliste juif, d’origine nord-africaine, Éric Zemmour, lâché en pâture à toute la meute de chacals médiatiques et politiques de l’Hexagone pour avoir exprimé quelques vérités « incorrectes » dans Le Figaro ! « Interdit de parole », est le mot d’ordre politique généralisé chez nos voisins français. Voyez : Guy Millière, « Ce que révèle le déferlement de haine contre Eric Zemmour » https://www.dreuz.info/2019/10/06/ce-que-revele-le-deferlement-de-haine-contre-eric-zemmour/ Dreuz.Info, 6 octobre 2019.Voyez aussi Éric Zemmour lui-même : https://www.youtube.com/watch?v=ShnG7yThD7o Mais il nous faut aussi nous souvenir que cette politique du silence imposé règne depuis des décennies dans la plupart des milieux chrétiens, même chez ceux qui se prétendent les plus bibliques ! Ceci expliquerait, du moins en partie, le silence des plus étranges de l’ensemble de l’Église chrétienne face au déferlement sur notre monde de tant d’impiétés, d’iniquités et d’injustices.
  3. À la fin de sa vie, mon éditeur, le patron des Éditons L’Âge d’Homme, Vladimir Dimitrijévic, me disait, en constatant le peu de vente des ouvrages de la collection Messages que j’y dirigeait : « En fait, il s’agit d’un témoignage ». Il avait certainement raison.
  4. Voici l’appréciation d’un ami. le professeur Douglas F. Kelly, de cette prédication : « I have just read - with much appreciation - your sermon on Ezekiel 3. I think that you have faithfully and clearly expounded what this chapter means across the years, and for today. It certainly needs to be preached over and over. You make many good points : such as weeping over the sins of God's people, and the inevitability of judgment if we do not repent ; also, God's mercy when we turn back to him ; and not least, the strangeness of a silent and fearful church. May God help us ! »