BERTHOUD Jean-Marc - Réflexion biblique et rhétorique grecque : Différence entre versions

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Réflexions suscitées par le petit livre écrit en 1973 par Rousas John Rushdoony :  
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<div align="center">'''Le néoplatonisme.'''
La fuite hors de tout ce qui est humain.  
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'''La fuite hors de tout ce qui est humain.''' <br />
Une étude sur l’influence du néoplatonisme sur la Foi chrétienne.
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'''Une étude sur l’influence du néoplatonisme sur la Foi chrétienne.'''
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''The Craig Press, Nutley, 1973'' .</div>
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Ce petit livre, petit par la taille, mais non pour sa portée, examine une opposition qui est propre à toute la théologie moderne héritière du dualisme kantien, fruit lointain du néoplatonisme. En quelque dix chapitres plus deux petites annexes : « Néoplatonisme et féminisme » et « Néoplatonisme et économie », Rushdoony nous livre un aperçu approfondi d’une hérésie qui a accompagné toute l’histoire chrétienne comme son ombre destructrice. <br />
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Partant d’un examen du néoplatonisme comme tel, l’auteur passe du concept de l’homme comme une pure idée à celui d’un idéal sans passion et privé d’émotion, aux implications d’une telle philosophie pour la psychologie humaine. Puis, dans deux chapitres consacrés au poète puritain américain du XVIIe siècle, Michael Wigglesworth, Rushdoony montre les conséquences de cet idéal désincarné dans la réalité de la vie d’un homme. Ce petit livre se termine par deux chapitres consacrés aux rapports entre Puritanisme et néoplatonisme ainsi que sur l’implication d’une telle idéologie docétiste désincarnée – rejetant la matière et le corps – pour l’homme moderne. <br />
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Nous sommes toujours frappés par la manière dont Rushdoony arrive, en quelques mots bien choisis, à résumer avec une grande clarté des réalités complexes. Écoutons d’emblée quelques extraits de son Introduction pour donner au lecteur l’envie de pénétrer plus loin dans la lecture de ce petit livre. Parlant de la signification de l’histoire pour les études de théologie, Rousas Rushdoony écrit :
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:''Tandis que toute étude théologique devrait être armée d’une solidité à la fois intellectuelle et exégétique, elle doit aussi avoir un caractère pratique : se rapporter au champ de bataille de la pensée et de l’action des hommes. Une étude théologique est donc aussi un acte d’exorcisme intellectuel, un effort pour chasser les mauvais esprits qui animent une pensée hérétique, donc débilitante, qui affaiblit et parvient même à paralyser la vie des hommes et leur compréhension de la Parole de Dieu (p. 1).''<br />
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Parlant de la nature du péché, Rushdoony écrit encore : <br />
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:''Selon l’Écriture, ce n’est pas la chair de l’homme, sa seule nature corporelle qui tomba par la chute d’Adam, mais l’homme tout entier. La doctrine de la dépravation totale de l’homme signifie que l’étendue de la chute est totale, que tous les aspects de l’être de l’homme sont marqués comme étant entachés par le péché, et que la source du mal se trouve pour lui dans son « cœur », donc dans son intelligence, dans sa nature et dans son être. Chercher un refuge dans l’esprit pour échapper à la chair n’est rien d’autre que chercher la sainteté dans la capitale même du péché. Car se fut – et c’est toujours – le désir de l’homme d’être comme Dieu, de devenir son propre dieu, déterminant pour soi-même le bien et le mal, ce qui est l’essence même du péché originel (Genèse 3 : 5) (pp. 2-3).'' <br />
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Rushdoony conclut son introduction par ces mots :  
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:''Les sources de l’ascétisme avaient de profondes racines dans les principes mêmes du monde païen. Et ces principes se trouvent eux-mêmes imbriqués dans la philosophie néoplatonicienne, c’est de là qu’elles pénétrèrent dans l’Église chrétienne. Selon Porphyre (Vita Plotini I), le philosophe païen Plotin éprouvait de la honte d’avoir un corps. La sexualité morbide et sadique issue de l’ascétisme avait sa contrepartie dans le paganisme, étant tout aussi morbide et masochiste que celle du monde romain profane. Elles avaient toutes deux leur origine dans ce point de vue philosophique idéaliste néoplatonicien. Une bonne compréhension du néoplatonisme est, en conséquence, une nécessité urgente pour parvenir à une saine intelligence de certains problèmes chroniques de notre civilisation occidentale (p. 5).''<br />
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Rushdoony ne se contente donc pas seulement d’une simple analyse théorique, philosophique et théologique des effets du néoplatonisme, cette négation de la réalité du monde et du corps humain si proche de la pensée gnostique. Mais il s’attache (et c’est là sans doute la partie la plus originale et utile de ce petit livre) à examiner les conséquences pratiques pour le chrétien dans divers domaines – principalement ceux de la psychologie et de la politique – d’une adhésion à la fois dualiste et piétiste à la spiritualité néoplatonicienne. Il nous fournit même une illustration concrète, comme d’un médaillon, dans la personne du théologien et poète puritain américain, Michael Wigglesworth (1631-1705) chez qui nous percevons très clairement le caractère destructeur de ce refus du corps et du rejet du monde matériel. <br />
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Mais nous ne poursuivrons pas cette lecture commentée de notre livre, laissant au lecteur le plaisir de le découvrir par lui-même. Dans la suite de cette introduction, nous allons plutôt tenter de reprendre et de poursuivre la réflexion de Rousas John Rushdoony – quelque quarante-cinq ans plus tard – en attirant l’attention du lecteur sur certaines conséquences, autres que celles évoquées par lui, du néoplatonisme sur la culture et la civilisation de l’Occident, ceci tout d’abord en ce qui concerne la philosophie idéaliste d’Emmanuel Kant. Puis, nous essayerons de montrer le caractère foncièrement néoplatonicien et dualiste – si opposé à l’ordre d’une création ordonnée à notre intelligence concrète et à notre sensibilité pleinement humaine – de l’entreprise technologique et scientifique moderne, aventure bien ambiguë, tout à la fois si bénéfique, mais porteuse aussi de si grands dangers. <br />
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Parlons donc d’abord d’Emmanuel Kant. Ce dernier en est venu, dans sa quête d’une philosophie fondée sur l’adhésion inconditionnelle au cosmos hypothétique issu des nouvelles sciences, à diviser la réalité, selon le schéma du dualisme néoplatonicien, mais inversé, entre le ''noumène'' divin qui est incommunicable et les ''phénomènes'' perçus au travers du prisme nécessaire des sciences mathématiques. Car ces dernières représentent pour Kant la seule forme de connaissance intellectuelle véritablement fiable. Elles sont bien aptes à saisir par la raison scientifique un aspect de la réalité, mais toujours dans une orientation quantitative, de manière fragmentaire, hypothétique et rationnellement synthétique, mais jamais absolue<ref>Sur le plan économique les sources de cette pensée se trouvent dans la théorie de la main cachée d’Adam Smith et pour l’ordre juridique et sociologique dans l’utilitarisme forcené de Jeremy Bentham. Didier Erne précise :<br />
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''« Le péché intellectuel d'Adam Smith est la création d'une science économique scientifiquement séparée des autres domaines de la pensée. Au lieu de parler d'une science économie politique, on abstrait l'économie de son contexte créationnel. L'homo economicus n’est qu’une abstraction. La main cachée est une perversion de la providence et le calcul économique est une perversion de la bonne gestion de l'homme de la création. En fait, de parler de la main cachée est l’équivalent de dire Xmas pour Christmas: la providence est biffée. Le néoplatonisme et les mathématiques constituent la théologie et le jargon théologique de cette religion sans Dieu et sans raison véritable. »'' (Communication du 18 décembre 2018.)</ref>.<br />
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En fait la pensée de Kant ne fait que reprendre pour son propre compte l’esprit des Lumières. La structure dualiste néoplatonicienne de Kant n’est en fait qu’une rationalisation dont le but est d’exclure le Dieu de la Bible. Comme jeune étudiant à l’école piétiste où il fit ses premières études à Königsberg, Kant rejeta la révélation chrétienne et passa toute sa vie à justifier ce rejet. Pour lui, le dualisme néoplatonicien ''renversé'' n’a été qu’une construction intellectuelle qui donnait une justification rationnelle à cette folie<ref>Je remercie Didier Erne pour ces précisions et pour la recommandation de deux livres importants, Peter Gay, ''The Enlightenment. An Interpretation'', Volume I. ''The Rise of Modern Paganism'' (1966) ; Volume II. T''he Science of Freedom'' (1969), W. W. Norton, New York et Gary Dorrien, ''Kantian Reason and Hegelian Spirit'', Wiley Blackwell, 2015. </ref>. Pour bien comprendre les implications d’un tel choix idéologique, il s’agit de considérer les implications pour l’esprit des Lumières, à la fois binaire et anti-sensible, d’une telle opposition moderne (devenue classique) entre :
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* Une histoire religieuse (biblique) ''mythique'', légendaire et enrobée de « faits » pseudo-historiques 
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* et une autre histoire qui serait, elle seule, « réelle » : une histoire à la fois profane, sécularisée et en opposition entière aux récits ''mythiques'' de la Bible. Cette histoire serait constituée de faits factuellement repérables à la fois raisonnables, datables et statistiquement mesurables de manière « scientifique », mais dont le sens absolu « nouménal » ne pourrait que nous échapper.
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Mais une telle opposition dualiste, foncièrement néoplatonicienne, entre deux domaines de la pensée, est évidemment plus ancienne que Kant. Elle remonte au moins à la tentative subjectiviste du cogito cartésien et à l’invention par les sciences nouvelles de la mathématisation de la nature. Le grand poète-critique anglo-américain, T. S. Eliot ne datait pas la rupture du noumène et des phénomènes de la fin du XVIIIe, siècle, mais de la révolution scientifique du début du XVIIe, formulant la portée véritable de cette révolution ainsi : The opposition of sense and sensibility : l’opposition du sens (l’intelligence du seul mesurable quantitatif, la mathématisation du monde aux sens (la sensibilité humaine).
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'''Notes'''
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<small><references/></small>
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[[Catégorie:Articles réformés]]
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[[Catégorie:BERTHOUD Jean-Marc]]

Version du 22 décembre 2018 à 14:53

Le néoplatonisme.

La fuite hors de tout ce qui est humain.
Une étude sur l’influence du néoplatonisme sur la Foi chrétienne.

The Craig Press, Nutley, 1973 .

Ce petit livre, petit par la taille, mais non pour sa portée, examine une opposition qui est propre à toute la théologie moderne héritière du dualisme kantien, fruit lointain du néoplatonisme. En quelque dix chapitres plus deux petites annexes : « Néoplatonisme et féminisme » et « Néoplatonisme et économie », Rushdoony nous livre un aperçu approfondi d’une hérésie qui a accompagné toute l’histoire chrétienne comme son ombre destructrice.

Partant d’un examen du néoplatonisme comme tel, l’auteur passe du concept de l’homme comme une pure idée à celui d’un idéal sans passion et privé d’émotion, aux implications d’une telle philosophie pour la psychologie humaine. Puis, dans deux chapitres consacrés au poète puritain américain du XVIIe siècle, Michael Wigglesworth, Rushdoony montre les conséquences de cet idéal désincarné dans la réalité de la vie d’un homme. Ce petit livre se termine par deux chapitres consacrés aux rapports entre Puritanisme et néoplatonisme ainsi que sur l’implication d’une telle idéologie docétiste désincarnée – rejetant la matière et le corps – pour l’homme moderne.

Nous sommes toujours frappés par la manière dont Rushdoony arrive, en quelques mots bien choisis, à résumer avec une grande clarté des réalités complexes. Écoutons d’emblée quelques extraits de son Introduction pour donner au lecteur l’envie de pénétrer plus loin dans la lecture de ce petit livre. Parlant de la signification de l’histoire pour les études de théologie, Rousas Rushdoony écrit :

Tandis que toute étude théologique devrait être armée d’une solidité à la fois intellectuelle et exégétique, elle doit aussi avoir un caractère pratique : se rapporter au champ de bataille de la pensée et de l’action des hommes. Une étude théologique est donc aussi un acte d’exorcisme intellectuel, un effort pour chasser les mauvais esprits qui animent une pensée hérétique, donc débilitante, qui affaiblit et parvient même à paralyser la vie des hommes et leur compréhension de la Parole de Dieu (p. 1).

Parlant de la nature du péché, Rushdoony écrit encore :

Selon l’Écriture, ce n’est pas la chair de l’homme, sa seule nature corporelle qui tomba par la chute d’Adam, mais l’homme tout entier. La doctrine de la dépravation totale de l’homme signifie que l’étendue de la chute est totale, que tous les aspects de l’être de l’homme sont marqués comme étant entachés par le péché, et que la source du mal se trouve pour lui dans son « cœur », donc dans son intelligence, dans sa nature et dans son être. Chercher un refuge dans l’esprit pour échapper à la chair n’est rien d’autre que chercher la sainteté dans la capitale même du péché. Car se fut – et c’est toujours – le désir de l’homme d’être comme Dieu, de devenir son propre dieu, déterminant pour soi-même le bien et le mal, ce qui est l’essence même du péché originel (Genèse 3 : 5) (pp. 2-3).

Rushdoony conclut son introduction par ces mots :

Les sources de l’ascétisme avaient de profondes racines dans les principes mêmes du monde païen. Et ces principes se trouvent eux-mêmes imbriqués dans la philosophie néoplatonicienne, c’est de là qu’elles pénétrèrent dans l’Église chrétienne. Selon Porphyre (Vita Plotini I), le philosophe païen Plotin éprouvait de la honte d’avoir un corps. La sexualité morbide et sadique issue de l’ascétisme avait sa contrepartie dans le paganisme, étant tout aussi morbide et masochiste que celle du monde romain profane. Elles avaient toutes deux leur origine dans ce point de vue philosophique idéaliste néoplatonicien. Une bonne compréhension du néoplatonisme est, en conséquence, une nécessité urgente pour parvenir à une saine intelligence de certains problèmes chroniques de notre civilisation occidentale (p. 5).

Rushdoony ne se contente donc pas seulement d’une simple analyse théorique, philosophique et théologique des effets du néoplatonisme, cette négation de la réalité du monde et du corps humain si proche de la pensée gnostique. Mais il s’attache (et c’est là sans doute la partie la plus originale et utile de ce petit livre) à examiner les conséquences pratiques pour le chrétien dans divers domaines – principalement ceux de la psychologie et de la politique – d’une adhésion à la fois dualiste et piétiste à la spiritualité néoplatonicienne. Il nous fournit même une illustration concrète, comme d’un médaillon, dans la personne du théologien et poète puritain américain, Michael Wigglesworth (1631-1705) chez qui nous percevons très clairement le caractère destructeur de ce refus du corps et du rejet du monde matériel.

Mais nous ne poursuivrons pas cette lecture commentée de notre livre, laissant au lecteur le plaisir de le découvrir par lui-même. Dans la suite de cette introduction, nous allons plutôt tenter de reprendre et de poursuivre la réflexion de Rousas John Rushdoony – quelque quarante-cinq ans plus tard – en attirant l’attention du lecteur sur certaines conséquences, autres que celles évoquées par lui, du néoplatonisme sur la culture et la civilisation de l’Occident, ceci tout d’abord en ce qui concerne la philosophie idéaliste d’Emmanuel Kant. Puis, nous essayerons de montrer le caractère foncièrement néoplatonicien et dualiste – si opposé à l’ordre d’une création ordonnée à notre intelligence concrète et à notre sensibilité pleinement humaine – de l’entreprise technologique et scientifique moderne, aventure bien ambiguë, tout à la fois si bénéfique, mais porteuse aussi de si grands dangers.

Parlons donc d’abord d’Emmanuel Kant. Ce dernier en est venu, dans sa quête d’une philosophie fondée sur l’adhésion inconditionnelle au cosmos hypothétique issu des nouvelles sciences, à diviser la réalité, selon le schéma du dualisme néoplatonicien, mais inversé, entre le noumène divin qui est incommunicable et les phénomènes perçus au travers du prisme nécessaire des sciences mathématiques. Car ces dernières représentent pour Kant la seule forme de connaissance intellectuelle véritablement fiable. Elles sont bien aptes à saisir par la raison scientifique un aspect de la réalité, mais toujours dans une orientation quantitative, de manière fragmentaire, hypothétique et rationnellement synthétique, mais jamais absolue[1].

En fait la pensée de Kant ne fait que reprendre pour son propre compte l’esprit des Lumières. La structure dualiste néoplatonicienne de Kant n’est en fait qu’une rationalisation dont le but est d’exclure le Dieu de la Bible. Comme jeune étudiant à l’école piétiste où il fit ses premières études à Königsberg, Kant rejeta la révélation chrétienne et passa toute sa vie à justifier ce rejet. Pour lui, le dualisme néoplatonicien renversé n’a été qu’une construction intellectuelle qui donnait une justification rationnelle à cette folie[2]. Pour bien comprendre les implications d’un tel choix idéologique, il s’agit de considérer les implications pour l’esprit des Lumières, à la fois binaire et anti-sensible, d’une telle opposition moderne (devenue classique) entre :

  • Une histoire religieuse (biblique) mythique, légendaire et enrobée de « faits » pseudo-historiques
  • et une autre histoire qui serait, elle seule, « réelle » : une histoire à la fois profane, sécularisée et en opposition entière aux récits mythiques de la Bible. Cette histoire serait constituée de faits factuellement repérables à la fois raisonnables, datables et statistiquement mesurables de manière « scientifique », mais dont le sens absolu « nouménal » ne pourrait que nous échapper.

Mais une telle opposition dualiste, foncièrement néoplatonicienne, entre deux domaines de la pensée, est évidemment plus ancienne que Kant. Elle remonte au moins à la tentative subjectiviste du cogito cartésien et à l’invention par les sciences nouvelles de la mathématisation de la nature. Le grand poète-critique anglo-américain, T. S. Eliot ne datait pas la rupture du noumène et des phénomènes de la fin du XVIIIe, siècle, mais de la révolution scientifique du début du XVIIe, formulant la portée véritable de cette révolution ainsi : The opposition of sense and sensibility : l’opposition du sens (l’intelligence du seul mesurable quantitatif, la mathématisation du monde aux sens (la sensibilité humaine).


Notes

  1. Sur le plan économique les sources de cette pensée se trouvent dans la théorie de la main cachée d’Adam Smith et pour l’ordre juridique et sociologique dans l’utilitarisme forcené de Jeremy Bentham. Didier Erne précise :
    « Le péché intellectuel d'Adam Smith est la création d'une science économique scientifiquement séparée des autres domaines de la pensée. Au lieu de parler d'une science économie politique, on abstrait l'économie de son contexte créationnel. L'homo economicus n’est qu’une abstraction. La main cachée est une perversion de la providence et le calcul économique est une perversion de la bonne gestion de l'homme de la création. En fait, de parler de la main cachée est l’équivalent de dire Xmas pour Christmas: la providence est biffée. Le néoplatonisme et les mathématiques constituent la théologie et le jargon théologique de cette religion sans Dieu et sans raison véritable. » (Communication du 18 décembre 2018.)
  2. Je remercie Didier Erne pour ces précisions et pour la recommandation de deux livres importants, Peter Gay, The Enlightenment. An Interpretation, Volume I. The Rise of Modern Paganism (1966) ; Volume II. The Science of Freedom (1969), W. W. Norton, New York et Gary Dorrien, Kantian Reason and Hegelian Spirit, Wiley Blackwell, 2015.