MERLE D'AUBIGNÉ - Histoire de la Réformation du seizième siècle (Tome III - Livre 12 - Chapitre 5)

De Calvinisme
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Ennemis de la Réforme - Louise - Duprat - Concordat à Bologne - Opposition du parlement et de l'université - La Sorbonne - Beda - Son caractère - Sa tyrannie - Berquin, le plus savant des nobles - Les meneurs de la Sorbonne - Hérésie des trois Madeleines Luther condamné à Paris - La Sorbonne s'adresse au roi - Lefèvre quitte Paris pour Meaux

Ainsi l'Évangile faisait déjà en France d'illustres conquêtes. Lefèvre, Briçonnet, Farel, Marguerite se livraient avec joie, dans Paris, au mouvement qui commençait à ébranler le monde. François Ier lui-même semblait alors plus attiré par l'éclat des lettres, que repoussé par la sévérité de l'Évangile. Les amis de la Parole de Dieu entretenaient les plus douces espérances; ils croyaient que la doctrine céleste se répandrait sans obstacle dans leur patrie, quand une opposition redoutable se forma à la Sorbonne et à la cour. La France, qui devait s'illustrer dans la catholicité romaine, pendant près de trois siècles, par ses persécutions, s'éleva contre la Réforme avec une impitoyable rigueur. Si le dix-septième siècle fut celui d'une sanglante victoire, le seizième fut celui d'une lutte cruelle. Nulle part peut-être les chrétiens réformés ne trouvèrent, sur les lieux mêmes où ils arboraient l'Évangile, de plus impitoyables adversaires. En Allemagne, c'était dans d'autres États que les ennemis se dressaient en leur colère; en Suisse, c'était dans d'autres cantons; mais en France, c'était face à face. Une femme dissolue et un ministre avide ouvrirent alors la liste étendue des ennemis de la Réformation.

Louise de Savoie, mère du roi et de Marguerite, connue par ses galanteries, absolue en ses volontés, et entourée d'une cour de dames d'honneur dont la licence commença à la cour de France une longue suite d'immoralités et de scandales, devait se ranger naturellement contre la Parole de Dieu; elle était d'autant plus à craindre, qu'elle conserva toujours une influence presque sans bornes sur son fils. Mais l'Évangile trouva un adversaire plus redoutable encore dans le favori de Louise, Antoine Duprat, qu'elle fit nom mer chancelier du royaume. Cet homme, qu'un historien contemporain appelle le plus vicieux de tous les bipèdes I, était encore plus avare que Louise n'était dissolue. S'étant d'abord enrichi aux dépens de la justice, il voulut plus tard s'enrichir aux dépens de la religion, et entra dans les ordres pour s'emparer des plus riches bénéfices.

La luxure et l'avarice caractérisaient ainsi ces deux personnages, qui, dévoués l'un et l'autre an pape, cherchèrent à couvrir les scandales de leur vie du sang des hérétiques a.

L'un de leurs premiers actes fut de livrer le royaume à la domination ecclésiastique du pape. Le roi, après la bataille de Marignan, se rencontra avec Léon X à Bologne, et là fut conclu le fameux concordat, en vertu duquel ces deux princes partagèrent entre eux les dépouilles de l'Église. Ils enlevèrent aux conciles la suprématie, pour la donner au pape; et aux églises la nomination aux évêchés et aux bénéfices, pour la donner au roi. Puis François Ier, tenant la queue de la robe du pontife, parut dans l'église cathédrale de Bologne, pour ratifier cette négociation. Il sentait l'injustice du concordat, et, se tournant vers Duprat, il lui dit à l'oreille : « Il y en a assez pour nous damner « tous deux. » Mais que lui importait son salut? C'était l'argent et l'alliance du pape qu'il lui fallait.

Le parlement opposa au concordat une vigoureuse résistance. Le roi fit attendre plusieurs semaines à Amboise ses députés; et les ayant fait venir un jour, au moment bu il sortait de table : « Il y a un roi en France, leur dit-il, et je n'entends « pas qu'il s'y forme, comme à Venise, un sénat. » Puis il leur ordonna de partir avant le coucher du soleil. La liberté évangélique n'avait rien à espérer d'un tel prince. Trois jours après, le grand chambellan, la Trémouille, parut en parlement et ordonna que le concordat fût enregistré.

Alors l'Université s'ébranla. Le 18 mars 1518, une procession solennelle, à laquelle assistèrent tous les étudiants et bacheliers avec leurs chapes, vint dans l'église de Sainte-Catherine des Écoliers, demander à Dieu la conservation des libertés de l'Église et du royaume. « On voyait collèges fermez, escholliers armez aller parla ville en grosses «troupes, menacer et parfois maltraicter gros « personnages, qui par le commandement du roy « faisoient publier et exécuter le dict concordata.» L'Université finit pourtant par tolérer l'exécution de ce pacte, mais sans jamais révoquer les actes par lesquels elle avait manifesté son opposition ; et dès lors «le roi, dit l'ambassadeur de Venise, « Correro, commença à distribuer libéralement des évêchés sur la demande des dames de la cour, « et à donner des abbayes à ses soldats ; en sorte « qu'on taisait à la cour de France commerce d'évêchés et d'abbayes, comme à Venise de poivre « et de cannelle . »

Tandis que Louise et Duprat se préparaient à détruire l'Évangile, par la destruction des libertés de l'Eglise gallicane elle-même, un parti fanatique et puissant se formait d'autre part contre la Bible. La vérité chrétienne a toujours eu deux grands adversaires, la dissolution du monde et le fanatisme des prêtres. La scolastique Sorbonne et une cour impudique devaient se donner la main pour marcher contre les confesseurs de Jésus- Christ. Les incrédules saducéens et les pharisiens hypocrites furent, aux premiers jours de l'Église, les ennemis les plus ardents du christianisme; et ils le sont dans tous les siècles. Les ténèbres de l'École vomirent bientôt contre l'Évangile ses plus impitoyables adversaires. A leur tête se trouvait Noël Bédier, appelé communément Beda, Picard d'origine et syndic de la Sorbonne, qu'on a nommé le plus grand clabaudeur et l'esprit le plus factieux de son temps. Élevé dans les arides sentences de la scolastique, ayant grandi au milieu des thèses et des antithèses de la Sorbonne, vénérant chacune des distinctions de l'École, bien plus encore que la Parole de Dieu, il était transporté de colère contre ceux dont la bouche audacieuse osait proférer d'autres doctrines. Doué d'un esprit inquiet, ne pouvant se donner aucun repos, ayant toujours besoin de poursuites nouvelles, il harcelait tous ceux qui se trouvaient près de lui; le trouble était son élément ; il semblait fait pour créer des tempêtes, et quand il n'avait pas d'adversaires, il se jetait sur ses amis. Charlatan impétueux, il faisait retentir la ville et l'Université de déclamations ignares et violentes contre les lettres, contre les innovations de ce temps et contre tous ceux qui n'étaient pas, à son gré, assez ardents à les réprimer. Plusieurs riaient en l'entendant, mais d'autres ajoutaient foi aux paroles du fougueux orateur, et la violence de son caractère lui assurait dans la Sorbonne une domination tyrannique. Il lui fallait toujours quelque ennemi à combattre, quelque victime à traîner à l'échafaud; aussi s'était-il créé des hérétiques avant qu'il y en eût, et avait-il demandé qu'on brûlât Merlin, vicaire général de Paris, pour avoir essayé de justifier Origène. Mais, quand il vit paraître les nouveaux docteurs, il bondit comme la bête féroce qui aperçoit tout à coup près d'elle une proie facile à dévorer. « Il y a dans un seul Beda trois milliers « de moines, » disait le prudent Erasme.

Cependant ses excès mêmes nuisaient à sa cause. « Eh quoi! » disaient les hommes les plus sages du siècle, « est-ce sur un tel Atlas que l'Église romaine « reposerait? D'où vient l'incendie, si ce n'est des « folies de Beda? »

En effet, cette même parole qui terrorisait les esprits faibles, révoltait les âmes généreuses. A la cour de François Ier se trouvait un gentilhomme du pays d'Artois, nommé Louis de Berquin, âgé alors d'environ trente ans, et qui ne se maria jamais. La pureté de sa vie ', ses connaissances profondes qui le firent appeler « le plus savant des « nobles, » la franchise de son caractère, les soins tendres qu'il donnait aux pauvres, le dévouement sans bornes qu'il portait à ses amis, le distinguaient entre ses égaux . Les rites de l'Église, les jeûnes, les fêtes, les messes, n'avaient pas de plus strict observateur ; il montrait surtout une grande horreur pour tout ce qu'on appelait hérésie. C'était chose merveilleuse que de voir tant de dévotion à la cour.

Il semblait que rien ne pût faire pencher un tel homme du côté de la Réformation ; il y avait pourtant un ou deux traits dans son caractère qui devaient l'amener à l'Evangile ; il avait horreur de toute dissimulation, et comme il n'avait jamais voulu faire tort à qui que ce fût, il ne pouvait non plus souffrir que l'on fît injure à personne. Or, la tyrannie de Beda et d'autres fanatiques, leurs tracasseries et leurs persécutions indignaient son âme généreuse; et comme il ne faisait rien à demi, on le vit bientôt partout où il allait, à la ville, à la cour,« voire entre les plus apparents du royaume, » jeter feu et flammes contre la tyrannie de ces docteurs et attaquer «jusque dans leurs trous, dit Théodore de Bèze, ces odieux frelons qui étaient « alors la terreur du monde . »

Ce était pas assez; l'opposition à l'injustice amena Berquin à rechercher la vérité. Il voulut connaître cette Écriture sainte tant aimée des hommes contre qui s'agitaient Beda et ses suppôts ; et à peine eut-il commencé à la lire, qu'elle lui gagna le cœur. Berquin se rapprocha aussitôt de Marguerite, de Briçonnet, de Lefèvre, de tous ceux qui aimaient la Parole, et il goûta dans leurs entretiens les jouissances les plus pures. Il sentit qu'il y avait autre chose à faire que de s'opposer à la Sorbonne, et il eût voulu communiquer à toute la France les convictions de son âme. Il se mit donc à écrire et à traduire en français plusieurs livres chrétiens. Il lui semblait que chacun devait reconnaître et embrasser la vérité, aussi promptement qu'il l'avait fait lui-même. Cette impétuosité que Beda avait mise au service des traditions humaines, Berquin la mettait au service de la Parole de Dieu. Plus jeune que le syndic de la Sorbonne, moins prudent, moins habile, il avait pour lui le noble entraînement de la vérité. C'étaient deux puissants lutteurs qui devaient faire effort à qui renverserait l'autre. Mais Berquin se proposait autre chose que de jeter Beda par terre. Il eût voulu répandre des flots de vérité sur tout son peuple. Aussi Théodore de Bèze dit-il que la France eût peut-être trouvé dans Berquin un autre Luther, si lui-même eût trouvé dans François 1er un autre électeur.

De nombreux obstacles devaient entraver ses efforts. Le fanatisme rencontre toujours des sectateurs ; c'est un feu qui gagne de proche en proche. Les moines et les prêtres ignorants se rangèrent à la suite du syndic de la Sorbonne. L'esprit de corps régnait dans cette compagnie, conduite par quelques hommes intrigants et fanatiques qui savaient habilement profiter de la nullité ou de la vanité de leurs collègues, pour les entraîner dans leurs haines. A chaque séance, on voyait ces meneurs prendre la parole, dominer les esprits par leur violence, et réduire au silence les hommes faibles ou modérés. A peine avaient-ils fait une proposition, qu'ils s'écriaient d'un ton menaçant : « Ici l'on verra qui sont ceux qui appartiennent à « la faction de Luther a. » Quelqu'un énonçait-il un sentiment équitable, un frémissement saisissait Beda, Lecouturier, Duchesne et toute leur bande; ils s'écriaient tous à la fois : « Il est pire que Luther!...» Le succès couronnait cette manœuvre; les esprits timides qui aiment mieux vivre en paix que de disputer, ceux qui sont prêts à abandonner leur sentiment propre pour leur avantage particulier, ceux qui ne comprennent pas les questions les plus simples, ceux enfin que les clameurs des autres parviennent toujours à faire sortir d'eux-mêmes, étaient entraînés par Beda et ses acolytes. Les uns restaient muets, d'autres poussaient des cris, tous se montraient soumis à cette puissance qu'un esprit superbe et tyrannique exerce sur des âmes vulgaires. Tel était l'état de cette compagnie, que l'on regardait comme si vénérable, et qui fut alors l'ennemi le plus passionné du christianisme évangélique. Il suffirait souvent de jeter un coup d'œil dans les corps les plus célèbres pour estimer à son juste prix la guerre qu'ils font à la vérité.

Ainsi l'université qui, sous Louis XII, avait applaudi aux velléités d'indépendance d'Allmain, se replongeait tout à coup, sous Duprat et Louise de Savoie, dans le fanatisme et la servilité. Si l'on excepte les jansénistes et quelques autres docteurs, on ne trouve jamais une noble et véritable indépendance dans le clergé gallican. Il n'a jamais fait qu'osciller entre la servilité envers la cour et la servilité envers le pape. Si, sous Louis XII ou sous Louis XIV, il a quelque apparence de liberté, c'est que son maître de Paris est en lutte avec son maître de Rome. Ainsi s'explique la transformation que nous venons de signaler. L'université et l'épiscopat cessèrent de se rappeler leurs droits et leurs devoirs, dès que le roi cessa de le leur commander.

Depuis longtemps Beda était irrité contre Lefèvre; l'éclat de l'enseignement du docteur picard irritait son compatriote et froissait son orgueil; il eût voulu lui fermer la bouche. Déjà une fois Beda avait attaqué le docteur d'Étaples, et, peu habile encore à discerner les doctrines évangéliques, il avait saisi son collègue sur un point qui, quelque étrange que cela puisse nous paraître, faillit faire monter Lefèvre sur l'échafaud. Ce docteur avait avancé que Marie, sœur de Lazare, Marie-Madeleine et la pécheresse dont saint Luc parle au chapitre septième de son Évangile, étaient trois personnes distinctes. Les Pères grecs les avaient distinguées, mais les Pères latins les avaient confondues. Cette terrible hérésie des trois Madeleines mit en mouvement Beda et toute son armée ; la chrétienté eu fut émue; Fisher, évêque de Rochester, l'un des prélats les plus distingués de ce siècle, écrivit contre Lefèvre, et toute l'Église se déclara alors contre une opinion maintenant admise par tons les catholiques-romains. Déjà Lefèvre, condamné par la Sorbonne, était poursuivi par le parlement comme hérétique, quand François Ier, charmé de trouver cette occasion de porter un coup à la Sorbonne et d'humilier la moinerie, l'arracha des mains de ses persécuteurs.

Beda, indigné de ce qu'on lui avait enlevé sa victime, résolut de mieux viser une seconde fois. Le nom de Luther commençait à retentir en France. Le réformateur, après la dispute de Leipzig avec le docteur Eck, avait consenti à reconnaître pour juges les universités d'Erfurt et de Paris. Le zèle que l'université avait déployé contre le concordat lui faisait sans doute espérer de trouver dans son sein des juges impartiaux. Mais les temps avaient changé, et plus la faculté avait montré de décision contre les empiétements de Rome, plus elle avait à cœur d'établir son orthodoxie. Beda la trouva donc toute disposée à entrer dans ses vues.

Dès le 20 janvier 1520, le questeur de la nation de France acheta vingt exemplaires de la conférence de Luther avec le docteur Eck, pour les distribuer aux membres de la compagnie qui devaient rendre compte de cette affaire. On mit plus d'un an à l'examen. La Réformation d'Allemagne commençait à faire en France une immense sensation. Les universités, qui étaient alors des institutions d'une vraie catholicité, où l'on accourait de tous les pays de la chrétienté, mettaient l'Allemagne, la France, la Suisse, l'Angleterre, dans des rapports bien plus prompts et plus intimes, quant à la théologie et à la philosophie, que ceux qui existent à cette heure. Le retentissement qu'avait à Paris l'œuvre de Luther fortifiait les mains des Lefèvre, des Briçonnet, des Farel. Chacune de ses victoires animait leur courage. Plusieurs des docteurs de la Sorbonne étaient frappés des vérités admirables qu'ils trouvaient dans les écrits du moine de Wittemberg. Il y avait déjà des confessions pleines de franchise, mais aussi de terribles résistances. «Toute l'Europe, dit Crévier, « était dans l'attente de ce que déciderait l’université de Paris. » La lutte semblait douteuse. Enfin Beda l'emporta; en avril 1521, l'université ordonna qu'on livrât publiquement aux flammes les écrits de Luther, et qu'on contraignît l'auteur à une rétractation.

Ce n'était pas assez. En effet, les disciples de Luther avaient passé le Rhin encore plus promptement que ses écrits. «En peu de temps, dit le jésuite Maimbourg, l'université se trouva remplie d'étrangers, qui, parce qu'ils savaient un peu d'hébreu et assez de grec, acquirent de la réputation, s'insinuèrent dans les maisons des personnes de qualité, et se donnèrent une insolente liberté d'interpréter la Bible. » La faculté nomma donc une députation pour faire des remontrances au roi.

François Ier, se souciant peu des querelles des théologiens, continuait le cours de ses plaisirs ; et, conduisant ses gentilshommes et les dames de la cour de sa mère et de sa sœur de château en château, il s'y livrait à toutes sortes de désordres, loin des regards importuns des bourgeois de sa capitale. Il parcourait ainsi la Bretagne, l'Anjou, la Guyenne, l'Angoumois, le Poitou, se faisant servir dans des villages et dans des forêts, comme s'il eût été à Paris, au château des Tournelles. C'étaient des tournois, des combats, des mascarades, des somptuosités, des tables couvertes de vivres, dont celles de Lucullus, dit Brantôme, n'approchèrent jamais.

Il interrompit cependant un moment le cours de ses plaisirs pour recevoir les graves députés de la Sorbonne; mais il ne vit que dos savants dans ceux que la faculté lui signalait comme des hérétiques. Un prince qui se vante d'avoir mis les rois de France hors de page, baisserait-il la tête devant quelques fanatiques docteurs? « Je ne veux « point, répondit-il, qu'on inquiète ces gens-là. « Persécuter ceux qui nous enseignent, serait « empêcher les habiles gens de venir dans notre pays.»

La députation quitta le roi pleine de colère. Que va-t-il arriver? Le mal croît de jour en jour; déjà on appelle les opinions hérétiques « sentiments de beaux esprits; » la flamme dévastatrice se glisse dans les recoins les plus secrets; bientôt l'incendie éclatera, et l'édifice de la foi s'écroulera dans la France entière avec fracas.

Beda et les siens, n'ayant pu obtenir du roi les échafauds, cherchèrent des persécutions plus cachées. Il n'y avait sortes de vexations que l'on ne fit subir aux docteurs évangéliques. C'étaient toujours de nouveaux rapports et de nouvelles dénonciations. Le vieux Lefèvre, tourmenté par ces zélateurs ignorants, soupirait après le repos. Le pieux Briçonnet, qui ne cessait de donner au docteur d'Étaples des marques de sa vénération, lui offrit un asile. Lefèvre quitta Paris et se rendit à Meaux. C'était une première victoire remportée sur l'Évangile, et l'on vit dès lors que si le parti ne peut réussir à mettre de sou côté la puissance civile, il a une secrète et fanatique police, au moyen de laquelle il sait atteindre sûrement son but.