MERLE D'AUBIGNÉ - Histoire de la Réformation du seizième siècle (Tome V - Livre 18 - Chapitre 8)

De Calvinisme
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Pendant que le cardinal préparait par l'intrigue ses égoïstes projets, Tyndale poursuivait dans l'humilité la grande pensée de donner à l'Angleterre les Écritures de Dieu.

Après avoir dit un triste adieu au manoir de Sodbury, l'helléniste était parti pour Londres; c'était vers la fin de 1522, ou au commencement de 1523. Il avait quitté l'Université, puis la maison de son protecteur; sa carrière errante commençait alors; mais un voile épais lui en dérobait les douleurs. Tyndale, simple, sobre, hardi, généreux, ne craignant aucune fatigue ni aucun péril, inflexible dans le devoir, oint de l'Esprit de Dieu, rempli d'amour pour ses frères, affranchi des traditions humaines, soumis à Dieu seul et n'aimant que Jésus-Christ, plein d'imagination, prompt à la repartie, d'une éloquence rapide, Tyndale eût pu briller au premier rang; mais il préférait une vie cachée dans quelque pauvre réduit, pourvu qu'il pût donner à son peuple les oracles de Dieu. Où trouver cette tranquille retraite? Voilà ce qu'il se demandait en cheminant solitaire sur la route de la métropole. Cuthbert Tonstall, homme d'Etat et de lettres, plus encore qu'homme d'Eglise, « le premier des Anglais dans la littérature grecque « et latine, » avait dit Érasme, occupait alors le siège épiscopal de Londres. L'éloge du savant hollandais revint à l'esprit de Tyndale. C'est le Testament grec d'Érasme qui m'a conduit a Jésus-Christ, se dit-il, pourquoi la maison de l'ami d'Érasme ne m'offrirait-elle pas un asile pour le traduire... Enfin, il arriva à Londres, et inconnu dans cette grande cité, il en traversa les rues, ému tour à tour par la crainte et par l'espérance.

Recommandé par sir John Walsh à sir Henri Guilford, contrôleur des grâces du roi, et par celui-ci à quelques prêtres, Tyndale commença presque aussitôt à prêcher, surtout à Saint-Dunstan, et il porta ainsi la vérité bannie des bords de la Severn, au centre de la capitale. La Parole de Dieu était pour lui la base du salut, et la grâce de Dieu en était l'essence; son esprit original présentait d'une manière saillante la vérité qu'il annonçait. « C'est le sang « de Christ, et non les œuvres, qui ouvre le ciel, » disait-il plus tard. «Mais que dis-je?...ajoutait-il, je me trompe... « Oui, si vous le voulez, c'est par vos bonnes œuvres que « vous serez sauvés. — Toutefois comprenez-moi bien, non « par celles que vous avez faites, mais par celles que Christ « a faites pour vous. Car Christ est à vous, et toutes ses « œuvres sont vôtres. Vous ne pouvez être damnés, que - a Christ ne le soit avec vous; et Christ ne peut être sauvé « que vous ne le soyez avec lui ... » Cette vue si claire de la justification par la foi met Tyndale au rang des réformateurs. Il ne s'est pas assis au banc des évêques, et n'a pas porté la chape de satin; mais il est monté sur l'échafaud et a été revêtu d'un manteau de flammes. Dans le service d'un Sauveur mort sur une croix, cette dernière distinction vaut mieux que la première.

Cependant sa grande affaire était sa traduction; il en parla autour de lui, et quelques-uns s'opposèrent à son projet. « Les enseignements des docteurs, disaient des « marchands de la Cité, peuvent seuls faire comprendre « les Écritures. — C'est-à-dire, répondait Tyndale, que « c'est avec le drap qu'il faut mesurer l’aune. Voyez, — «continuait-il, employant un argument ad hominem; — « voilà dans votre boutique vingt pièces d'étoiles de diverses dimensions? — Mesurez-vous l'aune avec ces

« pièces ou ces pièces avec l'aune?... La règle universelle, « c'est l'Écriture. » Cette comparaison se gravait aisément dans l'esprit des petits marchands de Londres.

Voulant réaliser son projet, Tyndale aspirait à devenir chapelain de l'évêque ' ; son ambition était plus modeste que celle de Wolsey. L'helléniste avait des titres qui devaient plaire au plus savant des Anglais dans la littérature grecque ; Tonstall et Tyndale lisaient et aimaient les mêmes auteurs. Le précepteur résolut de faire plaider sa cause par l'élégant et harmonieux disciple de Radicus et de Gorgias. « Voici une oraison d'Isocrate que j'ai traduite de grec en latin, disait-il à sir Henri Guilford; je désirerais « devenir chapelain de Monseigneur de Londres : voudriez-vous lui en faire hommage? Isocrate doit être une excellente recommandation auprès d'un humaniste; veuillez «toutefois y ajouter la vôtre. » Guilford parla à l'évêque lui remit l'oraison, et Tonstall répondit avec cette bienveillance qu'il avait pour tout le monde, « Votre affaire est « en bon chemin, dit le contrôleur à Tyndale, écrivez une « lettre à Monseigneur, et portez-la-lui vous-même. »

Ainsi les espérances de Tyndale commençaient à se réaliser. Il écrivit de son mieux son épître, puis, se recommandant à Dieu, s'achemina vers le palais épiscopal. Il connaissait heureusement l'un des officiers de l'évoque, William Hebilthwayte ; ce fut à lui qu'il remit sa lettre, Hebilthwayte la porta à Monseigneur, et Tyndale attendit. Le cœur lui battait; trouverait-il enfin cet asile tant désiré? La réponse de l'évêque pouvait décider de sa vie. Si la porte s'ouvre, si le traducteur des Écritures s'établit dans le palais épiscopal, pourquoi son patron de Londres ne recevrait-il pas la vérité comme son patron de Sodbury? et dans ce cas, quel avenir pour l'Église et pour le royaume.

La Réformation heurtait alors à la porte de la hiérarchie d'Angleterre, et celle-ci allait dire son oui ou son non. Après quelques moments d'attente, Hebilthwayte reparut. Je vais, dit-il, vous conduire auprès de Monseigneur. » Tyndale se crut au comble de ses désirs.

L'évêque était trop bienveillant pour refuser audience à un homme qui arrivait chez lui avec la triple recommandation d'Isocrate, du contrôleur des grâces et de l'ancien compagnon d'armes du roi. Il reçut Tyndale avec une certaine bonté, mélangée pourtant d'un peu de froideur, comme un homme dont la connaissance pourrait le compromettre. Tyndale ayant exposé sa demande : « Hélas! « ma maison est pleine, se hâta de répondre l'évêque, j'ai « plus de gens que je n'en puis employer. » Tyndale fut renversé par cette réponse. L'évêque de Londres était un homme savant, mais sans consistance et sans courage, qui donnait sa main droite aux amis des lettres et de l'Évangile, et sa main gauche aux amis des prêtres; puis tâchait de marcher avec tous les deux. Mais quand il lui fallait choisir entre ces deux partis. les intérêts cléricaux l'emportaient; il ne manquait pas autour de lui d'évêques, de prêtres ou de laïques, dont les clameurs l'intimidaient. Après avoir fait quelques pas en avant, il recula donc brusquement. Tyndale osa pourtant hasarder un mot. Mais le prélat devenait toujours plus froid. Les humanistes, qui se moquaient de l'ignorance des moines, tremblaient pourtant de toucher à un système ecclésiastique qui leur prodiguait de riches sinécures; ils acceptaient les idées nouvelles en théorie, mais non en pratique; ils voulaient bien les discuter dans leurs repas, mais non les publier du haut des chaires; et couvrant d'applaudissements le Testament grec, ils le déchiraient s'il était en langue vulgaire. «Cherchez bien dans Londres, dit froidement Tonstall au pauvre prêtre, et vous ne manquerez pas d'y trouver une occupation convenable. » Ce fut tout ce que Tyndale put obtenir. Hebilthwayte le reconduisit jusqu'à la porte, et l'helléniste s'éloigna tristement.

Ses espérances étaient donc déçues. Chassé des bords de la Severn, sans asile dans la capitale, que va devenir la traduction des Écritures? «Hélas! disait-il, je m'étais donc « trompé !... il n'y a rien à attendre des évêques... Christ « fut souffleté devant l'évêque ; saint Paul fut frappé devant l'évêque... et l'évêque vient aussi de me renvoyer!» Son abattement ne dura pas; il y avait du ressort dans cette âme. J'ai faim de la Parole de Dieu, dit-il, et je « veux la traduire; quoi qu'on dise et quoi que l'on fasse, « Dieu ne me laissera pas périr. Il n'a pas fait une bouche « sans l'aliment dont elle a besoin, ni un corps sans l'habit dont il doit être vêtu. »

Cette confiance ne fut pas trompée. Un laïque devait donner à Tyndale ce qu'un évêque lui refusait. Parmi ses auditeurs de Saint-Dunstan se trouvait un riche marchand, nommé Humphrey Monmouth, qui avait visité Rome, et à qui le pape s'était empressé de donner (ainsi qu'à sa compagnie) certaines curiosités romaines, des indulgences a culpa et a pœna. Chaque année des navires, faisant voile de Londres, portaient aux pays étrangers les objets que Monmouth avait fait manufacturer en Angleterre. Ancien auditeur du doyen Colet, à Saint-Paul, connaissant depuis 1515 la Parole de Dieu, Monmouth, l'un des hommes les plus doux, les plus serviables de la Grande-Bretagne, tenait table ouverte pour les amis des lettres et de l'Évangile, et sa chambre leur offrait les publications les plus récentes. En revêtant Jésus-Christ, Monmouth s'était appliqué particulièrement à revêtir sa charité; il assistait largement de sa bourse les gens de lettres et les prêtres ; il donnait quarante livres sterling au chapelain de l'évêque de Londres, autant à celui du roi, au provincial des Augustins et à d'autres encore. Latimer, qui s'assit quelquefois à sa table, raconta un jour en chaire une anecdote qui caractérise les amis de la Réformation en Angleterre. Parmi ceux qui mangeaient habituellement à la table de Monmouth, se trouvait un de ses plus chétifs voisins, zélé catholique-romain, auquel son hôte généreux prêtait souvent de l'argent. Un jour que le pieux marchand exaltait l'Écriture et blâmait la papauté, le voisin pâlit, se leva et sortit : « Je ne remettrai pas les pieds dans cette maison, « dit-il à ses amis, et je n'emprunterai plus un schelling à cet homme! » Puis il se rendit chez l'évêque et dénonça son bienfaiteur. Monmouth lui pardonna et chercha à le ramener; mais le voisin se détournait toujours de son chemin. Une fois cependant ils se rencontrèrent dans une rue si étroite qu'il ne put lui échapper. « Je passerai sans « le regarder, » dit en détournant la tête le catholique- romain. Mais Monmouth alla droit a lui, le prit par la main, lui dit avec affection : « Voisin, quel mal vous ai-je fait? » et il continua à lui parler avec tant d'amour, que le pauvre homme tomba à genoux, tout en larmes, et lui demanda pardon. Tel était l'esprit qui animait, dès le commencement, en Angleterre, l'œuvre de la Réformation ; elle était agréable à Dieu et elle trouvait grâce auprès du peuple.

Monmouth, édifié des sermons de Tyndale, s'informa de ses moyens d'existence. « Je n'en ai point, répondit « le précepteur, mais j'espère entrer au service de l'évêque; » c'était avant sa visite à Tonstall. Quand Tyndale se vit déçu de son espoir, il se rendit chez Monmouth et lui raconta tout. « Venez, dit le riche marchand, demeurez chez moi, et travaillez. » Dieu faisait à Tyndale selon sa foi. Simple, frugal, tout à son travail, il étudiait nuit et jour, et voulant prendre garde que son esprit ne fût appesanti par les jouissances de la vie, il se refusait aux délicatesses de la table de son patron, et ne prenait que du bouilli et de la petite bière. Il paraît même qu'il poussait un peu loin la simplicité de ses vêtements. Il répandait dans la maison de son hôte, par sa conversation et par ses œuvres, la douce lumière des vertus chrétiennes, et chaque jour Monmouth l'aimait davantage.

Tyndale avançait dans son travail, quand Jean Fryth, le mathématicien de King's College à Cambridge, arriva à Londres ; il est probable que Tyndale, sentant le besoin d'un collaborateur, l'avait appelé. Unis comme Luther et Melanchthon, les deux amis eurent ensemble de précieux entreliens. « Je veux consacrer ma vie à l'Église de Jésus- « Christ, disait Fryth. Pour être homme de bien, il faut « donner une grande partie de soi-même à ses parents, « une plus grande à sa patrie ; mais la plus grande de toiltes à l'Église-du Seigneur. » — « Il faut, disaient-ils tous « deux, que le peuple connaisse la Parole de Dieu. L'interprétation immédiate de l'Évangile, sans conciles et sans « papes, suffit pour créer dans les cœurs la foi qui sauve. » Ils s'enfermaient donc dans la petite chambre de Monmouth; ils traduisaient, chapitre après chapitre, du grec en bon anglais. L'évêque de Londres ignorait l'œuvre qui se faisait à quelques pas de lui, et tout réussissait au gré de Tyndale, lorsqu'un événement imprévu vint l'interrompre.

Le persécuteur des chrétiens de Lincoln, Longland, ne renfermait pas son activité dans les limites de son diocèse; il assiégeait à la fois, de ses cruelles instances, le roi, le cardinal et la reine, s'appuyant de Wolsey auprès de Henri, et de Henri auprès de Wolsey. « Sa Majesté, écrivait-il au cardinal, montre dans cette sainte querelle au- a tant de bonté que de ferveur... Cependant... qu'il vous plaise de l'exciter à renverser les ennemis de Dieu. » Puis le confesseur s'adressant au roi, lui disait pour le stimuler : «Le cardinal va fulminer la grande excommunication contre tous ceux qui possèdent les œuvres de « Luther et de ses partisans, et faire signer aux libraires « un engagement, par-devant les cours de justice, de ne « point vendre de livres hérétiques. — Merveilleux ! répondait malicieusement Henri VIII; on craindra, je pense, « l'engagement juridique plus que l'excommunication cléricale. » Toutefois, l'excommunication cléricale devait avoir des conséquences très positives; quiconque persévérerait dans sa faute, allait être poursuivi jusqu'au feu. Enfin le confesseur s'adressait à la reine : «Nous ne pouvons être sûrs de contenir la presse, lui disait-il. Ces « malheureux livres nous arrivent d'Allemagne, de France, « des Pays-Bas ; et même ils s'impriment au milieu de « nous. Il nous faut. Madame, former des hommes habiles, « capables de disputer sur les points contestés, en sorte « que les laïques, frappés d'un côté par des arguments « bien développés, et effrayés de l'autre par l'échafaud, « soient retenus dans l'obéissance. » Le bûcher devait être, selon l'évêque, le complément de la science romaine. L'idée essentielle du jésuitisme se trouve déjà dans cette conception du confesseur du Henri VIII; ce système est le développement naturel du catholicisme romain.

Tonstall, excité par Longland, et désireux de se montrer aussi saint homme d'Église, qu'il avait été auparavant habile homme d'État et élégant homme de lettres, Tonstall, l'ami d'Érasme, se mit à persécuter. Il eût craint de répandre le sang, comme l'avait fait Longland ; mais il est certains procédés qui torturent l'esprit et non le corps, et dont des hommes plus modérés n'hésitent pas à faire usage. John Higgins, Henri Chambers, Thomas Eglestone, un prêtre nommé Edmond Spilman, et d'autres chrétiens de Londres, lisaient quelques parties de l'Évangile en anglais, et disaient même tout haut : « Luther a plus de « science dans son petit doigt que tous les docteurs de « l'Angleterre. » L'évêque fit saisir ces rebelles, les flatta, les épouvanta, les menaça d'une mort cruelle (qu'il ne leur eût sans doute pas infligée), et par ces habiles pratiques les réduisit au silence.

Tyndale, témoin de cette persécution, craignit que le bûcher ne vînt interrompre son travail. Si l'on menace de mort ceux qui lisent quelques fragments des Écritures, que ne fera-t-on pas à celui qui les traduit en entier? Ses amis le supplièrent de se soustraire aux poursuites des évêques. « Ah ! s'écria-t-il, il n'y a donc de place nulle « part pour traduire l'Écriture !... Ce n'est pas seulement « la maison de l'évêque de Londres qui se ferme pour « moi ; c'est, hélas! toute l'Angleterre! »

Il accomplit alors un grand sacrifice. Puisqu'il n'y a pas de place dans son pays pour traduire la Parole divine, il ira en chercher une parmi les peuples du continent. Ces peuples lui sont inconnus, il est vrai; il est sans ressources; peut-être même la persécution et la mort l'attendent-elles... N'importe! Il se passera toujours quelque temps avant qu'on sache ce qu'il fait, et peut-être aura-t-il pu traduire la Bible. Il porte donc ses regards vers l'Allemagne. « Ce n'est pas, disait-il, une vie tranquille que Dieu nous destine ici-bas. S'il nous invite à la paix de la part de Jésus- « Christ, il nous appelle à la guerre de la part du monde.» Il se trouvait alors dans les eaux de la Tamise un navire en chargement pour Hambourg. Monmouth donna dix livres sterling à Tyndale pour son voyage; d'autres amis lui en donnèrent autant; il laissa la moitié de cette somme entre les mains de son bienfaiteur pour subvenir aux besoins à venir, et s'apprêta à quitter Londres, où il avait passé une année. Repoussé par ses compatriotes, persécuté par le clergé, n'ayant avec lui que son Nouveau Testament et ses dix livres sterling, il se rendit au navire, secoua la poussière de ses pieds, selon le précepte de son Maître, et cette poussière retomba sur les prêtres de l'Angleterre. Il s'irritait contre cette hiérarchie que Rome, aux jours du pape Grégoire le Grand et du missionnaire Augustin, avait envoyée à son peuple. Il s'indignait, dit le chroniqueur,, contre ces moines grossiers, ces prêtres avides et ces somptueux prélats, qui faisaient à Dieu une guerre impie. « Quel commerce que celui des prêtres ! di- «i sait-il plus tard dans l'un de ses écrits; il leur faut de a l'argent pour tout : de l'argent pour baptême, de l'argent pour relevailles, pour noces, pour sépultures, pour images, confréries, pénitences, messes, cloches, orgues, « calices, chapes, surplis, aiguières, encensoirs, et toutes «sortes d'ornements.... Pauvres brebis!.... Le recteur « coupe, le vicaire tond, le desservant rase, le moine racle, « le vendeur d'indulgences rogne... il ne vous manque plus « qu'un boucher qui vous écorche et vous enlève la peau... Il ne vous fera pas longtemps défaut... Pourquoi vos prélats sont habillés de rouge? Parce qu'ils sont prêts à verser le sang de quiconque s'enquiert de la Parole de Dieu. Fléau des États, dévastateur des « royaumes, les prêtres leur enlèvent non-seulement la sainte Écriture, mais encore la prospérité et la paix. En « majorité dans les conseils des peuples, ils ne tolèrent « aucun laïque dans les leurs; régnant sur tous, ils n'obéissent à personne; en faisant tout concourir à leur grandeur, ils conspirent contre tous les royaumes... » Nul royaume plus que l'Angleterre ne devait connaître les conspirations de la papauté dont parlait Tyndale ; mais aussi nul ne devait plus qu'elle s'émanciper irrévocablement de son pouvoir.

Cependant Tyndale s'éloignait des rivages de sa patrie, et en portant ses regards vers des contrées nouvelles, il renaissait à l'espoir. Il allait être libre, et faire servir sa liberté à délivrer la Parole de Dieu, si longtemps captive. « Les prêtres, disait-il un jour, voulant empêcher la résurrection de Jésus-Christ, entourèrent son sépulcre de leurs haches d'armes; ils font de même maintenant pour retenir les Écritures. Mais le temps du Seigneur est arrivé, et rien ne peut empêcher que la Parole de Dieu, comme autrefois Jésus-Christ lui-même, ne sorte enfin de la tombe. » En effet, le pauvre homme, qu'un navire portait alors vers l'Allemagne, allait, des rives même de l'Elbe, renvoyer à son peuple l'Évangile éternel.