PICTET - Traité contre l'indifférence des religions (Chapitre 5)

De Calvinisme
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Contre ceux qui croient que la Providence ne se mêle point des affaires de la religion

Il y en a d'autres, qui n'osent pas entièrement nier qu'iil y a une Providence, mais qui croient qu'elle ne se mêle que des choses de la plus grande importance, comme des royaumes, des empires et des républiques, sans s'informer de la créance des habitants du monde et qu'il lui est fort indifférent quoi que les hommes croient.
On n'aura pas de peine à réfuter ce sentiment. Premièrement, c'est une erreur de croire que la Providence ne gouverne pas les petites choses aussi bien que les grandes, car pourquoi ne croirions-nos pas que Dieu conduit et gouverne tout ce qu'il conserve et tout ce qu'il a fait? Est-ce parce qu'il est indigne de Dieu de prendre soin des plus petits insectes? Mais pourquoi le serait-il, puis qu'il a bien voulu les tirer du néant? N'a-t-on pas au contraire sujet d'admirer un Être souverain, qui ayant toutes les créatures dans l'étendue de son empire, les fait subsister toutes par sa parole et les soutient par sa vertu? Croit-on que Dieu s'abaisserait trio en le faisant? Mais si le soleil éclaire les plus bas lieux sans qu'on puisse dire qu'il s'abaisse, pourquoi ne veut-on pas que Dieu agisse sur les plus petites de ses créatures, sans rien perdre de sa grandeur et de sa majesté.
Enfin, dire-t-on, qu'il est impossible que Dieu conduise et règle toutes choses, mais peut-on ignorer que la connaissance et la puissance de Dieu sont infinies et qu'il n'a qu'à vouloir pour faire tout et pour conduire tout. Ce qui nos indifférents raisonnent si mal, c'est qu'ils se font une idée de Dieu comme d'un homme, dont les lumières sont très bornées, les forces très petites et qui ne pouvant vaquer à tout, est contraint de s'appliquer à un certain nombre d'objets.
D'ailleurs ils s'imaginent, que parce que nous méprisons toutes les petites choses qui ne nous sont pas utiles, il en doit 'être de même de Dieu et ils ne conçoivent pas, que si Dieu ne prenait soin que des créature qui lui sont utiles, ou que de celles qui ont quelque proportion avec lui, toutes les créature, celles-là même que nous estimons le plus, ne pouvant rien ajouter, ni rien être à sa gloire et à sa félicité et étant toutes infiniment au dessous de lui, il pourrait les mépriser toutes également.
Mais sans entre davantage dans la discussion de cette question, ne faut-il pas s'aveugler volontairement, pour oser mettre ce qui concerne le culte qu'on doit rendre à la divinité entre les choses de petite importance. Y en a-t-il aucune, qui soit plus importante que celle qui regarde le souverain Être qu'il faut adorer? Et y a-t-oé de la vraisemblance que Dieu règle et gouverne les empires et les républiques et qu'il laisse aux hommes la liberté de le servir comme il leur plaît? Comme s'il lui était indifférent d'être adoré, par exemple sous la forme des plus vils animaux, comme les païens peignaient quelques-uns de leurs dieux. Est-il possible qu'on ait des pensées si extravagantes du plus parfait de tous les êtres? Où est le roi si négligeant qui abandonne à ses sujets la liberté d'agir à leur fantaisie dans ses affaire, dans ses armées et dans ses finances et qui laisse é leu discrétion de servir selon leurs caprices? Comment donc se peut-il que des gens qui se piquent d'esprit, osent dire de Dieu,m le plus sage de tous les être, ce qu'on n'oserait dire d'un simple mortel.
D'ailleurs, s'il est vrai que Dieu n'a point de soin des choses qui regardent la religion, d'où vient que ceux qui sont dans cette pensée rendent quelques hommages à la divinité? Pourquoi la prient-ils quelquefois, puis que Dieu ne prend point garde à ce qu'ils font et qu'ainsi il ne serait se fâcher qu'on néglige son culte? Leurs actions s'accordent mal avec leur créance et font croire à ceux qui les voient, qu'ils sont dans d'autres sentiments. Aussi on rapporte un bon mot d'un certain Dioclès qui voyant Épicure dans un temple s'écria:Quelle fête, quel spectacle pour moi, de voir Épicure dans un temple? Tous mes soupçons s'évanouissent, la piété reprend sa place et je ne vis jamais mieux la grandeur de Jupiter, que depuis que je vois Épicure à genoux. Certainement si cette opinion que nous venons de réfuter était véritable, il ne faudrait plus rendre de culte à la divinité. Il est vrai qu'Épicure disait, que l'excellence de la nature divine méritait par elle-m^me qu'on lui rendit quelque honneur. Quoi qu'elle ne se mêla pas plus du monde que s'il n'y en avait point et quoi qu'on n'en espérât rien, mais il ne parlait ainsi que pou s'accommoder aux sentiments communs, car enfin le dieu de ce philosophe était dans son système une pièce ors d'œuvre, que l'on pouvait supposer m'y être point sans y faire aucun changement. Il est certain que s'il avait agi et parlé conformément à ses véritables opinions, il aurait dire nettement, que la piété était une chose inutile et il n'aurait jamais fait aucun acte de religion. Cicéro l'avait bien compris dans le 1. livre de la nature des dieux. "Il y a des gens, dit-il, et il y en a eu, qui ont cru que les dieux ne se mêlaient point des choses humaines, mais si ce sentiment est vrai, que deviendra la piété?"