PICTET - Traité contre l'indifférence des religions (Préface)

De Calvinisme
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Il y a tant de gens aujourd’hui, qui croient, que toutes les religions sont indifférentes, qu'on ne doit pas être surpris, si on écrit sur cette matière; mais on ne saurait s'empêcher de faire remarquer, qu’il y a cinq sortes de personnes, qui soutiennent cette indifférence.

  1. Il y en a, qui le sont par libertinage et par qu'ils aiment naturellement l’indépendance. Ils ne veulent point reconnaître de maître au dessus d’eux, afin de pouvoir dire, croire et faire tout ce qu'il leur plaît, sans craindre d’en rendre compte un jour.
  2. Les autres le sont par vanité afin de passer pour des esprits du premier ordre qui ne donnent point dans des opinions communes et ces gens dans le commencement ne sont pas fort convaincus de ce qu'ils disent; mais à force de publier leurs opinions singulières, ils se les persuadent à la fin et ils se placent fièrement au rang des gens désabusés en regardant avec pitié tout le reste du monde qui s'épouvante de l’avenir.
  3. Il y en a qui le sont par paresse parce qu’ils ne veulent pas se donner la peine d'examiner les religions; ainsi ils se laissent facilement surprendre aux raisons des nos prétendus esprits fortes trouvant que par ce moyen ils se délivrent des soins qu'il faudrait prendre pour ce grand examen
  4. Les autres soutiennent cette opinion, parce ils la trouvent très commode pour conserver leur richesses et dignité qu'ils aiment plus que la vérité et que toute autre chose.
  5. Enfin il y en a qui le sont non qu'ils croient que toutes les Religions soient indifférentes, mais parce qu'ils ont des sentiments particuliers sur la Religion qu'ils ne osent pas semer qu’auparavant ils n’aient insinué qu’il est fort indiffèrent quoi on croie afin qu’on ne les inquiète point sur leurs opinions.

Ce qu’il y de plus affligeant ; c’est que ces esprits gâtés corrompent fort les autres et ils n’ont pas beaucoup de peine.

  1. Parce que naturellement, nous aimons la liberté
  2. Parce que nous sommes tout remplis d’orgueil et qu’il n’y a rien qui nous plaise tant que d’être distingué des autres
  3. Parce que le travail nous déplaît et que nous n’aimons point ce qui nous fatigue
  4. Parce que nous n’avons que trop d’attachement pour nos biens et que nous avons beaucoup de peine à nous priver des douceurs et des commodités de la vie.

On n’oublie rien pour surprendre les âmes pieuses, qui cherchent à faire leur salut. On prend de dire par tout, qu’il ne faut étudier que la Morale Chrétienne et qu’il ne faut prêcher que la Morale. On dit que nous avons besoin d’être corrigé et d’être censuré. On dit que la plupart des hommes savent assez bien la volonté de Dieu, mais que peu la pratiquent. Tout le monde en convient, mais la vue de ceux qui tiennent ce discours est d’insinuer adroitement, qu’on n’a que faire de se tourmenter sur ce qu’il faut croire et qu’il faut seulement bien vivre. C’est ainsi qu’on prépare les gens insensiblement à croire que toutes les religions sont indifférentes. Il faut avouer cependant, que ceux qui sont dans ce sentiment ne sont pas également gâtés, mais ils le sont assez pour nous faire déplorer le malheur de ce siècle. C’est pour munir les fidèles contre leurs séductions qu’on a entrepris ce traité et pour tâcher de ramener les égarés. C’est là l’unique but qu’on s’est proposé et nullement celui de se faire auteur. On conjure tous ceux qui liront ce petit ouvrage de faire un peu d’effort sur eux-mêmes et de le lire avec application. On les prie de le lire, non avec un esprit libertin qui vaille de tout, mais avec le désir de chercher la vérité et avec le même esprit qu’ils étudient les sciences humaines. Qu’ils considèrent :

  1. Qu’il n’est pas ici question d’une affaire de petite importance, puis qu’il s’agit d’être éternellement malheureux, s’ils se corrompent, comme on le fera voir dans ce livre.
  2. Qu’ils ne doivent pas rejeter tous ce qu’on dira, sous prétexte qu’ils trouveront des raison qui ne leur paraîtront pas convaincantes, car quand il n’y aurait qu’une seule bonne raison dans chaque matière, c’est assez pour être obligé à revenir de leur égarements
  3. Qu’ils ne doivent pas mépriser des arguments, sou prétexte qu’ils les ont entendu plusieurs fois, mais qu’ils doivent les examiner avec soin et en se dépouillant de leurs malheureux préjugé.
  4. Enfin que ce n’est pas assez de trouver quelque petite défaite pour repousser les raison qu’on apporte, parce qu’il n’y a rien de si facile que d’opposer quelque petits sophismes à de bons arguments, mais qu’il faut assure sa propre conscience. Je prie Dieu de tous mon cœur, qu’il bénisse mes faibles efforts.